OUGANDA: Les puces chiques, une menace négligée pour l’éducation primaire

KAMPALA, 3 nov (IPS) – Jowaali Dhikusoka, 12 ans, s’assied au bord de la route, tout seul et ennuyé. Il ne joue pas beaucoup avec les autres enfants de son village parce qu’il a du mal à marcher.

Les mains et les pieds de Dhikusoka sont infestés par des puces chiques, communément appelées puces en Ouganda, qui le démangent et lui causent beaucoup de douleur.

Les puces sont aussi la raison pour laquelle Jowaali a abandonné l’école primaire dans le village de Mafubira, région de Busoga à l’est de l’Ouganda. En dehors de la douleur et de la démangeaison constante, ses mains sont si sérieusement infectées par les puces chiques qu’il ne peut même pas tenir un crayon.

Jowaali est l’un des centaines d’enfants et d’adultes de la région rurale de Busoga en Ouganda qui souffrent d’une épidémie de puce chique qui s’est propagée dans cette région en proie à la pauvreté à cause de la mauvaise condition d’hygiène et d’assainissement.

Une maladie negligee Les chiques, aussi connues sous le nom de puces se développent sur des terrains sales, sablonneux, surtout là où les gens partagent leurs propriétés avec les animaux domestiques. Les puces se nourrissent principalement des animaux à sang chaud, mais quand elles sont pleines, les puces femelles s’enfouissent aussi dans la peau humaine.

Selon le ministère national de l’Education, 20 pour cent seulement des élèves qui s’inscrivent pour l’éducation primaire terminent la septième année, le plus haut niveau de l’éducation primaire en Ouganda. Bien que le ministère n’ait pas de statistiques sur le nombre des enfants qui abandonnent l’école à cause des puces, il reconnaît que les puces chiques un facteur clé du problème des zones rurales.

Certains experts de l’éducation pensent que l’épidémie de la puce chique est en train, en réalité, d’empêcher le pays d’atteindre l’Objectif 2 du millénaire pour le développement qui est d’atteindre l’éducation primaire pour tous d’ici à 2015.

Bien que les puces soient un problème répandu et récurrent dans les régions rurales de l’Ouganda, le ministère de la Santé du pays est seulement passé à l’action avec une campagne pour l’éradication des puces chiques mi-octobre. Le cabinet a instruit les ministères de la Santé, des Finances, de l’Egalité des sexes et du Gouvernement local à travailler ensemble pour promouvoir l’éducation sur l’hygiène et l’assainissement ainsi que sur le traitement des individus affectés.

Les nouvelles mesures en place Le ministre des soins de santé primaires, James Kakooza, déclare que le gouvernement a mis de côté 177.000 dollars pour la campagne contre la puce et le traitement d’urgence de plus de 600 personnes à Busoga, après quoi, davantage d’argent sera débloqué pour le traitement d’un plus grand nombre de personnes infestées par ces parasites.

La campagne a été lancée après un tollé général lorsque l’épidémie a causé des décès à Busoga et à Burgiri en septembre. Les infections à la puce peuvent conduire à une inflammation, à une ulcération, à une fibrose, à une lymphangite et à une gangrène graves. Un bébé de trois mois est mort dans le village de Mufumi à Burgiri, un autre district à l’est de l’Ouganda, par exemple; en outre, neuf autres habitants du village ont dû être admis à l’hôpital.

Nasitanzio Akisa, un conseiller municipal de la commune de Nabijingo dans le district de Burgiri, accuse les autorités d’être responsables de la gravité de l’épidémie. Il déclare que la prévention de la puce a été négligée bien que ce soit un problème saisonnier qui culmine à chaque saison chaude, sèche, quand il y a beaucoup de poussière.

“Ce problème peut être résolu en pulvérisant les insecticides sur les propriétés, mais le ministère de la Santé a été réticent à mettre cela en oeuvre”, dit–elle.

Un retard inexcusable Salaamu Musumba, un membre du parti de l’opposition 'Forum for Democratic Change in Busoga'(Forum pour un changement démocratique à Busoga), s’est plaint à IPS: “Il n’y a aucune excuse pour que nous, habitants de Busoga, puissions être des hôtes pour des puces. Les puces ont augmenté au cours du régime actuel”.

Même les autorités du gouvernement reconnaissent que les infestations peuvent être prévenues et guéries assez facilement.

“La question des puces est une question d’assainissement. Nous sommes en train de dire aux gens de ne pas dormir par terre, de ne pas partager les maisons avec les poulets, les chèvres et les porcs”, explique Rebecca Kadaga, vice-présidente du parlement et membre du parlement pour la circonscription électorale des femmes du District de Kamuli, à Busoga.

“Nous demandons également aux gouvernements locaux des districts affectés d’instituer par un arrêté municipal l’hygiène du ménage pour assurer le badigeonnage hebdomadaire des planchers et des murs avec la bouse de vache et la terre de fourmilière, surtout pour les maisons non cimentées. Et les autorités locales doivent l’appliquer”, ajoute-t-elle.

Pour maîtriser l’épidémie, le gouvernement est également en train de coopérer avec l’organisation mondiale d’aide aux enfants, Plan international. Les enfants sont plus affectés pars les puces, parce qu’ils jouent sur des sols poussiéreux et leur peau tendre fournit une entrée facile aux puces.

Plan est en train de distribuer de vaporisateur à usage intérieur pour tuer les puces ainsi qu’une solution de permanganate de potassium qui tue les chiques tout en traitant les plaies. “Nous sommes déterminés à nous débarrasser de ce problème car certains des enfants que nous avons traités sont déjà retournés à l’école”, déclare le coordonnateur de programme à Plan, Sam Echodu.

Le taux élevé d’abandon scolaire n’est pas seulement dû à la peine et à l’inconfort que causent les puces, mais aussi à la forte stigmatisation des infections à la chique.

Derick Ntalo, huit ans, originaire du district de Mayuge à l’est de l’Ouganda, est l’un des nombreux élèves infectés par la chique, qui refuse d’aller à l’école parce qu’il se sent discriminé par ses pairs. “L’enseignant et les autres enfants se moquent de moi”, dit-il pour expliquer la raison pour laquelle il a abandonné la troisième année il y a huit mois.

Le conseiller municipal Charles Mukiibi confirme que l’absentéisme dans les écoles est élevé à cause de la stigmatisation liée à l’épidémie: “Les enfants sont embêtés parce qu’ils ne cessent de gratter leurs mains et leurs pieds en classe et ne peuvent pas se concentrer”.

Il pense que la plupart des enfants fréquenteraient l’école primaire à l’est de l’Ouganda, si le ministère de la Santé arrivait à maîtriser l’épidémie.