PORT LOUIS, 1 nov (IPS) – Lorsque la police débarque un matin à Dubreuil, dans le centre de l’Ile Maurice, pour détruire au bulldozer les bicoques érigées par plusieurs familles sur les terres de l’Etat, personne n’imaginait l’ampleur du drame humain qui se cachait derrière chacune de ces maisons de fortune.
Le logement social a été le point faible de plusieurs gouvernements à Maurice. Par exemple, seuls 550, sur les 5.000 logements sociaux annoncés, ont été construits sous le dernier mandat du gouvernement. Cette fois, il parle de la construction de 10.000 logements d’ici à 2015.
Officiellement, il y a 323 familles de squatters à reloger. Cette situation a été propice à l’expansion des «vrais faux» squatters sur les terrains de l’Etat. Certains sont déjà propriétaires de maisons, mais profitent des failles dans le système pour obtenir gratuitement un autre lopin de terre. D’autres, plus aisés, ont jeté leur dévolu sur des logements sociaux construits dans certaines régions du littoral pour les transformer en résidence secondaire. Mais dans tout cela, personne ne semble se soucier du sort des démunis sans toit, qui ont été forcés d’occuper les terres de l’Etat, se développant en une communauté. A Dubreuil, il y avait 100 familles; et ce sont des policiers de différentes unités qui ont procédé à leur évacuation. Des bulldozers ont ensuite pris le relais pour démolir leurs habitations en tôle. Une enquête a permis d’établir qu’il y avait 41 cas de squatters réels. Vingt-six familles ont été temporairement logées dans une usine désaffectée de Dubreuil et 17 autres, dont les maisons avaient été épargnées par les bulldozers, vivent dans des conditions de grande pauvreté.
Après deux mariages et quatre enfants, Marie Raymonde Rioux, 47 ans, est consciente de ses actes, et c’est volontairement qu’elle a décidé de construire une maison de fortune à Dubreuil il y a quelques mois. «C’était la seule condition pour que mon compagnon accepte de venir vivre avec moi et notre dernier enfant», explique cette femme qui, pour cela, s’est résolue à vivre sans eau et sans électricité. Elle savait qu’un jour ou l’autre, les autorités viendraient écraser sa case. Mais c’était le seul moyen pour elle de connaître un peu de bonheur, affirme-t-elle. Son cas n’est pas isolé. Les histoires de ménage, de familles vivant à 12 ou 14 dans un deux-pièces sont nombreuses parmi les squatters de Dubreuil. Plusieurs des protagonistes concernés sont de jeunes couples. N’ayant pas les moyens d’habiter ailleurs que chez leurs parents ou beaux-parents, ils se retrouvent coincés dans des appartements sociaux construits par la 'National Housing Development Corporation' où ils ont grandi. C’est le cas de Mahendra et Meenakshi Ramdin. Il a 30 ans et elle en a 24. Ils se sont mariés en février dernier, ont vécu quelque temps à l’étroit chez les parents de Mahendra, avant de se décider à aller squatter. D’autres ont attendu le moment des élections générales en mai dernier pour passer à l’action. Les autorités sont généralement plus clémentes durant ces périodes, ou sont trop occupées pour s’en rendre compte. Saroja, une ancienne squatteuse du nord de l’île et mère de sept enfants, explique que c’est sa situation de squatteuse de longue date qui lui a permis d’attirer l’attention des autorités. «C’est à ce moment-là qu’ils ont pris conscience de notre existence. Les travailleurs sociaux et les politiciens se sont alors occupés de nous. Nous avons pu nous en sortir», ajoute-t-elle. Le Protocole de la SADC sur le genre et le développement prévoit la participation égale des femmes dans la formulation et l’application de politiques économiques. Les mesures préconisées sont, entre autres, l’accès égal à la propriété, aux ressources et à l’emploi.
Maurice n’est toutefois pas signataire de ce protocole et dans le cas du squat, seule une solution à long terme conviendrait à ce problème. Ces familles n’auront jamais les 100.000 roupies (environ 3.135 dollars), demandées comme dépôt initial pour l’acquisition d’un logement. Selon Mary Jolicoeur, coordinatrice de la maison Coeur Ecoute, une organisation à l’écoute des personnes ayant un problème de logement, basée à Barkly, à la périphérie de la ville de Beau-Bassin/Rose-Hill, «ce problème perdure tout simplement parce que la plupart des études menées sur le logement à Maurice ne sont pas faites comme il le faut». «Dans certaines cités, par exemple, plusieurs familles vivent dans un trois-pièces. Ce sont ces mêmes personnes qui, lorsque l’opportunité se présente, iront squatter. Il y a un réel problème de promiscuité dans certaines régions de l’île et la situation n’ira pas en s’arrangeant si les autorités continuent à feindre d’ignorer le problème», ajoute-t-elle.
Le ministre de l’Intégration sociale, Xavier-Luc Duval, estime que la seule solution serait de construire 10.000 logements. «Nous ne pouvons y déroger».
«Le gouvernement doit revoir sa politique de logement. Il lui faut continuer à construire des logements sociaux. Et cette construction, de même que l’allocation de ces logements par la suite, doivent être faites en toute transparence», déclare Jolicoeur. La balle est désormais dans le camp du gouvernement. *(Jimmy Jean-Louis est journaliste à Maurice et a écrit cet article pour 'Gender Links', une ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre Gender Links et IPS).

