FREETOWN, 27 oct (IPS) – Marie Musa, 37 ans, est anéantie. Après un accouchement prématuré par cette mère de quatre enfants, son bébé, un garçon, est mort quelques heures plus tard parce que l’hôpital n’avait pas assez de couveuses pour sauver l’enfant.
Musa, une poissonnière vivant dans le quartier pauvre de Susan’s Bay, à l’est de Freetown, la capitale de la Sierra Leone, se plaint amèrement du manque sévère de ressources à la maternité Princess Christian, le principal centre de santé public de Freetown: “Personne ne pouvait rien faire pour aider mon bébé”.
Aminata Sesay, une des infirmières de l’hôpital, explique que le personnel a fait tout ce qui était en son pouvoir, mais que sans couveuse, il ne pouvait rien faire pour sauver l’enfant. “Il devait être mis dans une couveuse, et il n’y avait aucune de disponible”, dit-elle, en haussant les épaules.
L’hôpital a seulement trois couveuses, et elles étaient déjà toutes occupées ce jour là. Le centre a besoin d’au moins dix couveuses pour répondre à la demande, estime l’infirmière.
Les ressources de la maternité Princess Christian sont sous pression continue. Ses 140 lits sont toujours pleins et les femmes sont habituellement renvoyées tôt pour faire de la place à de nouvelles admissions.
Manque de ressources En août, le même mois où le bébé de Musa est mort à l’hôpital, James Bamie Davies, commissaire au service des douanes et des impôts indirects de la Direction nationale des recettes (NRA) de la Sierra Leone, a annoncé dans le journal officiel du gouvernement une vente aux enchères d’appareils médicaux, y compris huit couveuses.
Selon le commissaire, les couveuses étaient un don privé au ministère de la Santé par un émigré sierra léonais travaillant comme directeur des soins infirmiers à l’Université d’Emory à Atlanta, aux Etats-Unis. Mais après leur arrivée, le ministère de la Santé n’avait pas réussi à les sortir du quai.
Le chargé de l’information publique de la NRA, John Baimba Sesay, a déclaré à IPS que les couveuses ont été mises aux enchères conformément à la loi douanière qui stipule que lorsque les marchandises ne sont pas dédouanées par les agents dans les 30 jours, elles doivent être mises aux enchères.
Seules les protestations publiques, ayant suivi l’annonce de la vente aux enchères dans le journal officiel, ont amené le ministère de la Santé et de l’Assainissement à passer à l’acte et à récupérer les marchandises.
Dr Samuel Kargbo, directeur du programme de santé de la reproduction et de l’enfant du ministère de la Santé et de l’Assainissement, admet que la non disponibilité d’équipement et d’infrastructures ainsi que la bureaucratie intensive au sein de son département ont entravé la fourniture de soins de santé dans tout le pays.
Cela a également agi contre les avantages de la gratuité des services de soins de santé publique pour les enfants de moins de cinq ans ainsi que pour les femmes enceintes et allaitantes, que le gouvernement a lancée le 27 avril pour essayer de réduire les taux élevés de mortalité infantile dans le pays.
Mortalité infantile élevée Un enfant sur cinq meurt avant l’âge de cinq ans en Sierra Leone et une femme sur huit meurt pendant l’accouchement, selon l’indice de développement humain de 2008 des Nations Unies.
Dans les cinq mois qui ont suivi l’introduction des nouveaux services, les centres de santé publics ont connu des défis critiques dans l’application de la nouvelle politique, car ils manquent de personnel de santé qualifié, surtout les gynécologues et les infirmiers, note Kargbo, ajoutant que la plupart des hôpitaux dans tout le pays n’ont pas d’eau courante, ni d’électricité ni de groupes électrogènes.
Selon le ministère national de la Santé, la Sierra Leone qui dispose d’une population de 5,7 millions d’habitants, a seulement huit gynécologues obstétriciens employés dans le système de santé publique et environ le même nombre dans le secteur privé de la santé.
Il y a eu également de sérieuses allégations de la part des organisations de la société civile, selon lesquelles on demande à certains patients de payer pour ces services, même s’ils sont gratuits.
Aminata Sesay a déclaré à IPS que, pour améliorer leurs salaires, certains agents de santé essaient d’extorquer de l’argent aux femmes en travail qui n’ont d’autre choix que de payer si elles veulent être assistées.
Le gouvernement a considérablement augmenté les salaires des infirmiers – de 35 dollars par mois à 130 dollars par mois – après une grève nationale en mai, mais les agents de santé déclarent que ceci reste insuffisant pour leur survie et pour la justification des longues heures pendant lesquelles ils sont censés travailler.
“Le coût d’un sac de riz est de 30 dollars environ et, considérant la cherté de la vie et le règlement des factures des services publics, je pense que nous avons besoin de 500 dollars par mois”, se plaint Sesay.
Premiers succès Malgré sa critique verbale sur le système de santé publique, Kargbo souligne que la Sierra Leone est en train de se remettre encore de ses 12 années de guerre civile qui a pris fin seulement en 2003. “Il s’agit d’un processus graduel et nous avons commencé à connaître quelques succès au cours des cinq mois suivant le début de la gratuité des soins de santé”, note-t-il.
“Nous avons remarqué une augmentation de plus de 80 pour cent de l’usage des centres de santé, alors que c’était à 30 pour cent avant l’introduction de la politique de gratuité des soins de santé”, explique Kargbo plus loin, déclarant que 10 pour cent seulement des femmes étaient habituées à accoucher dans un établissement hospitalier.
Il a promis que le ministère de la Santé se penchera sur l’application rapide de la nouvelle politique sanitaire dans tout le pays et qu’il surveillera la qualité des soins: “Nous avons établi un mécanisme pour répondre aux plaintes et nous avons une équipe de suivi pour voir si l’application de la politique sur les soins de santé avance sans problèmes”.
Les données recueillies dans les 12 districts du pays au cours des cinq derniers mois montrent une baisse générale des taux de mortalité maternelle et infantile, selon Abass Kamara, chargé des relations publiques au ministère de la Santé. Le district de Port Loko au nord de la Sierra Leone, par exemple, a compté un seul décès maternel par mois depuis l’introduction de la gratuité des services de santé, contre huit décès maternel en moyenne par mois avant, déclare-t-il.
Kamara a l’espoir que ceux-ci sont les premiers signes d’une amélioration continue des taux de mortalité maternelle et infantile en Sierra Leone: “Les choses commencent à s’améliorer”.
Mayalie Bangura, 34 ans, une enseignante qui a perdu son premier enfant pendant l’accouchement, est l’une des mères récemment bénéficiaires de la nouvelle politique, quand elle était enceinte de son second bébé. “Après la rupture de la poche des eaux, mes voisins m’ont transportée d’urgence à la clinique Satellite de Freetown. Les infirmiers m’ont aidé pendant le travail, ils m’ont fait une transfusion sanguine et ils m’ont donné d’autres médicaments”, se rappelle-t-elle.
Bangura déclare: “Après une semaine, j’étais forte de nouveau et j’étais renvoyée avec mon bébé, un garçon, en bonne santé. Je ne pouvais pas croire que je n’avais pas à dépenser un seul sou. Avant, ça m’aurait coûté plus de 800.000 leones [200 dollars]”.

