AFRIQUE: La faim s’intensifie mais les transferts de fonds améliorent la situation

JOHANNESBURG, 25 oct (IPS) – La faim chronique s’intensifie en Afrique, malgré l’engagement mondial à atteindre cet Objectif du millénaire pour le développement et à réduire de moitié la faim dans le monde d’ici à 2015.

Ce point de vue est celui du Programme régional de lutte contre la faim et la vulnérabilité (RHVP) qui a déclaré le 13 octobre que 75 pour cent des ultra pauvres du monde, ceux qui vivent avec moins de 50 cents par jour, sont en Afrique.

La faim dans le monde et l’évolution des divers programmes de protection sociale en Afrique et à travers le monde ont fait partie du dialogue organisé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) sur la politique internationale pour la croissance inclusive, et tenu à Johannesburg du 11 au 13 octobre. La rencontre a regroupé des experts de 28 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine pour l’évènement relatif à l’apprentissage sud-sud sur la protection sociale à long terme pour la croissance inclusive.

Les pays ont échangé des informations sur les différents programmes de protection sociale qu’ils sont en train de mettre en œuvre. Et des réactions ont été données par les pays africains sur les progrès réalisés depuis mars 2006 lorsque les dirigeants de 13 pays africains se sont réunis en Zambie pour discuter des moyens de trouver des budgets pour la mise en place de programmes nationaux de protection.

La Déclaration de Livingstone signifie que les gouvernements doivent proposer les moyens de protéger les populations vulnérables de leurs pays en leur fournissant la protection sociale; elle stipule aussi que la sécurité sociale est un droit. Certains gouvernements ont été réticents à mettre en œuvre des programmes nationaux de sécurité sociale en raison des problèmes d’accessibilité; cependant, d’autres ont déjà commencé et connu des avantages importants. Dans de nombreux cas, l’argent a été utilisé par les bénéficiaires non seulement pour leur survie, mais également pour l’amélioration de leur qualité de vie. Par exemple, en Zambie et au Botswana, les bénéficiaires des programmes de transfert de fonds ont aussi commencé à renvoyer leurs enfants à l’école; et au Kenya, la santé des enfants a été suivie.

En 2006, le district de Chipata en Zambie a établi le système de transfert de fonds de Chiata qui profite à 1.101 ménages.

Alfred Chibinga de 'CARE International', une organisation qui travaille pour la défense des droits des plus pauvres dans le monde, a déclaré qu’avant l’introduction du système de Chiata, la plupart des pauvres, surtout les enfants, mendiaient dans les rues pour survivre.

Ces enfants étaient trop pauvres pour aller à l’école. Ils n’avaient pas assez d’argent pour la nourriture, à plus forte raison pour payer les frais de scolarité et les fournitures scolaires telles que les uniformes, a déclaré Chibinga. Mais depuis la mise en œuvre du programme, les avantages ont été variés.

Chaque ménage reçoit entre 10 et 12,50 dollars par mois. Les ménages ayant des enfants en âge d’aller à l’école reçoivent un montant supplémentaire de 2,50 dollars pour les fournitures scolaires.

“Avec l’arrivée du transfert de fonds sociaux, nous avons connu une augmentation du nombre de ces enfants ayant repris l’école, et leurs uniformes sont en bon état. Certains d’entre eux n’avaient pas d’uniformes et ils en ont maintenant, et leurs visages ont l’air plus radieux”, a déclaré Chibinga.

Le programme de transfert de fonds de Chiata a également élevé les niveaux nutritionnels des ménages. Maintenant, 12 pour cent de plus des ménages consomment des protéines par jour. Les familles vulnérables sont identifiées par la communauté et sont ensuite enregistrées pour recevoir cette subvention.

Le programme de sécurité sociale du Botswana a été mis en oeuvre il y a 11 ans par le ministère du Gouvernement local au profit des orphelins de moins de 18 ans. On fournit aux enfants orphelins un bon alimentaire d’une valeur de 69 à 107 dollars par mois.

Au lieu d’aliment réel, on donne aux bénéficiaires une carte qu’ils passent au pressographe dans les épiceries pour obtenir leurs colis.

Le pays a également un système d’alimentation scolaire qui fournit un repas par jour aux enfants des écoles primaires et secondaires. Ces programmes visent à réduire la malnutrition et le retard de croissance chez l’enfant, tout en renforçant l’apprentissage.

Papadi Nguvuava, sous-commissaire au ministère des Prestations sociales, déclare qu’au cours de la dernière décennie ces programmes ont eu un impact positif sur le nombre d’enfants allant à l’école.

“Le taux de fréquentation scolaire a été amélioré à cause de l’alimentation à l’école. Certains enfants quittaient l’école parce qu’ils n’avaient pas de quoi manger, ils étaient donc obligés d’aller se débrouiller”, a-t-elle déclaré.

Nguavuava a déclaré qu’au fil des années, le gouvernement a constaté que les orphelins bénéficiaires de la sécurité sociale ne sont plus stigmatisés. “Pour les orphelins, nous avons réduit la stigmatisation parce que maintenant ils ressemblent à tous les autres enfants”.

Le Kenya a aussi réagi concernant les progrès de l’un de ses systèmes. En 2004, le 'ministry of gender, children and social development' (ministère du Genre, de l’Enfant et du développement social) du Kenya a mis en œuvre un transfert de fonds pour les orphelins et les enfants vulnérables (OEV). Actuellement, les bénéficiaires reçoivent 37 dollars tous les deux mois.

Cependant, il y a des conditions liées à la subvention. Chaque enfant jusqu’à un an doit fréquenter un établissement de santé tous les deux mois pour l’immunisation.

Les enfants âgés de un à cinq ans doivent être emmenés tous les six mois dans un centre de santé pour le contrôle de croissance et les suppléments de vitamine A; Ceux de six à 17 ans doivent fréquenter l’école primaire et ne doivent pas être absents pendant plus de trois jours dans un mois. Ceci assure que les bénéficiaires sont en bonne santé et qu’ils reçoivent une éducation.

Jacqueline Odour, secrétaire des affaires liées aux enfants au ministère du Genre, des enfants et du développement social, déclare qu’actuellement 85.000 ménages bénéficient du transfert de fonds.

“D’ici à fin juin l’année prochaine, nous devrions couvrir environ 122.000 ménages”, a-t-elle déclaré. Le pays a 2,4 millions d’orphelins.

Emmie Chanika, de la Commission des libertés civiles, déclare que la protection sociale peut sembler coûteuse mais qu’elle est beaucoup moins chère que de faire face à des catastrophes de pauvreté et de faim extrêmes.