KIGALI, 19 oct (IPS) – Malgré la disponibilité d'un vaccin, 1,3 million de personnes à travers le monde sont décédées de tuberculose en 2008, selon l'Organisation mondiale de la santé. La plupart d'entre elles vivaient en Afrique et en Asie du sud-est.
Administré aux nourrissons à travers le monde en développement et dans certains pays du monde développé, le vaccin Bacille de Calmette et Guérin (BCG), qui a été inventé il y a près de 90 ans, offre une certaine protection contre la tuberculose pédiatrique. Cependant, il offre seulement une protection variable contre la tuberculose pulmonaire et aucune du tout contre les autres types de tuberculose. Pour changer cela, 'Aeras Global TB Vaccine Foundation', une organisation de recherche à but non lucratif, essaie de trouver un remplaçant pour le BCG. Le nouveau vaccin, appelé AERAS-422, est une version moderne du BCG qui, on l’espère, offrira une protection à long terme contre toutes les formes de tuberculose. Il est sur le point de subir les premiers essais médicaux aux Etats-Unis. Par ailleurs, Aeras soutient également, en collaboration avec la société biopharmaceutique néerlandaise, Crucell, la recherche sur quatre candidats vaccins de lutte contre la tuberculose conçus comme vaccins de rappel qui peuvent être administrés aux enfants ou adolescents qui ont reçu une première vaccination de BCG pour nourrissons à la naissance. Anthony Hawkridge, un chercheur principal à la Fondation Aeras, affirme que les essais cliniques du vaccin de rappel ont maintenant atteint la Phase IIB et commenceront bientôt chez les nourrissons à Kisumu, au Kenya. D’autres sites d'essai seront Worcester, en Afrique du Sud, et Kampala, en Ouganda, ainsi que Bangalore, en Inde. La Phase IIB est spécifiquement conçue pour étudier l'efficacité – la façon dont le médicament fonctionne à la dose prescrite. Voici des extraits de son entretien avec IPS.
Q: Pourquoi avez-vous choisi de mener les essais de la Phase IIB du vaccin de rappel en Afrique et en Inde? R: Les essais cliniques de la dernière phase, tels que IIB et III, au cours desquels on vérifie effectivement si le vaccin protège contre la tuberculose, ne peuvent se faire que dans les régions du monde où il y a beaucoup de cas de tuberculose, où les volontaires sont susceptibles d’être exposés à la tuberculose dans leurs maisons, leurs écoles, leurs lieux de travail, leurs villages, ainsi de suite. Q: Le vaccin BCG actuellement disponible présente plusieurs inconvénients: il ne protège pas totalement les enfants contre la tuberculose, il ne protège pas non plus les adultes déjà infectés par la tuberculose. En outre, la protection n'est pas à vie. Comment est-ce que le nouveau vaccin changera cela? R: Nous espérons qu'au moins un des nouveaux candidats vaccins se révèlera être plus efficace dans la prévention de la tuberculose, non seulement chez les nourrissons, mais chez toutes les tranches d'âge et au sein des populations variées, telles que les personnes infectées par le VIH. Nous espérons que cette protection sera durable, mais tant que nous n’avons pas fait les essais, que le produit n’est pas agréé, et qu’un grand nombre de personnes ne l’ont pas utilisé, nous ne le saurons pas. Nous avons des données obtenues des études faites sur des animaux et de la phase des premiers essais cliniques, mais il n'est pas possible d'extrapoler à partir de cela et dire que les nouveaux vaccins seront à coup sûr efficaces. Nous pouvons seulement espérer qu'ils le seront. Q: Quels sont les résultats escomptés de la Phase IIB des essais? R: Il est difficile de quantifier les résultats. Il est extrêmement difficile de développer des vaccins contre la tuberculose. Même si un candidat vaccin se révèle être sans danger, bien toléré et immunogène [capable de provoquer une réponse immunitaire] dans les premières études, il peut simplement échouer à la dernière étape et peut ne pas montrer une protection importante. Ou il peut y avoir un problème de sécurité imprévu qui n'a pas été vu dans les premiers essais, comme cela s'est produit avec l'un des premiers vaccins contre le rotavirus. Toutefois, nous sommes très optimistes du fait qu'il y a tellement de candidats apparemment bons qui arrivent. Et nous avons bon espoir qu'au moins un d'entre eux “ira jusqu'au bout”. Q: Quelles sont les normes éthiques que vous avez définies pour protéger les enfants qui participent aux essais? R: Les sponsors et les enquêteurs procèdent aux essais selon ce qu'on appelle les Bonnes pratiques cliniques (GCP). Il s'agit d'un ensemble de normes internationales pour la recherche clinique, et une partie de ce qu'ils font est de s'assurer que les participants aux essais sont protégés. Une chose qu'ils précisent est que tout protocole d'essai est examiné par un comité d'éthique en matière de recherche, compétent et indépendant, dont le travail est de s'assurer que les droits et la sécurité des participants aux essais sont dûment pris en compte. Mais, finalement, c'est de la responsabilité de l'investigateur principal de l'essai de s'assurer que la recherche est effectuée selon les normes les plus élevées, internationalement acceptées. Q: Si les essais avancent bien, quand espérez-vous que le nouveau vaccin sera disponible? R: Bien, depuis des années, nous disons 2015 à 2016. Je n'ai pas participé à la récente conférence sur le vaccin contre la tuberculose organisée en Estonie, mais je crois que les experts disent maintenant que cela peut prendre un peu plus de temps, peut-être jusqu'en 2020. Etant donné que le premier essai de la Phase IIB [qui se déroulera au Kenya] n'a pas encore démarré entièrement et nécessite deux années de suivi, et qu’il faut encore une Phase III, qui mettra au moins trois ans pour être conduite, il m’est incapable de voir l’agrément d’un produit avant 2017. Peut-être que 2020 est plus réaliste. Q: Quel impact espérez-vous que le nouveau vaccin aura sur l’incidence de la tuberculose en Afrique? R: Cela dépendra de l'efficacité du vaccin, mais sans un meilleur vaccin contre la tuberculose, il sera difficile de vaincre l'épidémie de tuberculose en Afrique.

