JOHANNESBURG, 24 sep (IPS) – La restructuration controversée de l’accord sur le partage des recettes de l’union douanière la plus ancienne du monde pourrait amener au moins deux de ses membres d’Afrique australe à tomber dans la situation des “Etats faillis” et conduire aussi à des crises macroéconomiques au niveau de leurs voisins de la sous région.
Même avant la célébration du centenaire de sa création en avril 2010, l’Union douanière d’Afrique australe (SACU) a été secouée à cause des négociations d’un prétendu accord de partenariat économique (APE), l’un des six que l’Union européenne (UE) est en train de négocier actuellement avec les Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
La pression venant des négociations des APE et la diminution des recettes douanières du fait de la crise financière et économique mondiale ont poussé le groupe à reconsidérer certaines de ses politiques fondatrices.
Les questions ont été élevées au niveau présidentiel. Les chefs d’Etat des cinq pays membres de la SACU – l’Afrique du Sud, le Botswana, le Lesotho, la Namibie et le Swaziland – se réunissent sur une base semi-régulière pour la première fois afin d’essayer de résoudre ces questions. Ils doivent se réunir à nouveau en octobre.
Les tensions qui ont suivi ont amené les experts à douter de l’avenir de l’union et sa désintégration possible.
“L’UE s’appuie sur la porte de la SACU et elle s’écroule presque. Elle montre combien elle était faible pour commencer avec elle”, soutient Peter Draper, responsable au développement dans le programme sur le commerce à l’Institut sud-africain des affaires internationales (SAIIA). SAIIA est une institution de recherche sur les affaires internationales.
Mais Matthew Stern, directeur général d’un cabinet-conseil appelé 'Development Network Africa' (Réseau Afrique de développement), pense que la SACU durera.
“La SACU a connu tant de différends, cependant elle continue toujours. Quand on en vient aux dures réalités de la région, la plupart des Etats membres ne peuvent pas survivre économiquement sans cet arrangement, donc ils doivent le faire fonctionner”, pense Stern.
Mais cela est un aspect du problème. Les plus petits Etats membres de la SACU sont tellement dépendants des transferts de recettes de l’union douanière que la réévaluation de cet accord pourrait se révéler désastreuse. Et c’est cela qui est sur le tapis.
La formule sous-tendant l’accord sur le partage des recettes – le calcul économique qui détermine la part importante de tarif d’importation qu’obtient chaque pays – est en étude.
En tant que plaque tournante économique de la sous-région, l’Afrique du Sud représente plus de 90 pour cent des recettes totales mobilisées à partir des tarifs d’importation. Ces recettes sont partagées au sein des membres de la SACU. Par conséquent, avec l’arrangement actuel, l’Afrique du Sud donne d’importantes sommes d’argent à ses voisins beaucoup plus pauvres.
Au milieu des signes d’instabilité politique en Afrique du Sud, avec des citoyens engagés dans de violentes protestations concernant le manque de fourniture de service par le gouvernement et avec les Africains du reste du continent de plus en plus visés par des attaques xénophobes au cours de la dernière décennie, le gouvernement s’est senti obligé d’expliquer pourquoi il donne de l’argent à ses voisins.
Draper décrit l’arrangement sur le partage des recettes comme un “système de transfert de budget” qu’il considère comme la fourniture d’appui budgétaire sans reddition de comptes.
Stern, qui a aidé à rédiger l’actuelle formule, pense que la crise économique mondiale a donné de l’élan aux pays pour qu’ils clarifient les questions sur le partage des recettes.
“Pendant que les pays sont en train de profiter de l’essor de la douane, ç’aurait été difficile d’amener quiconque d’entre eux autour d’une table mais le Botswana, le Lesotho, la Namibie et le Swaziland sont en train de connaître de graves problèmes fiscaux actuellement”, explique Stern.
Entre 2003 et 2008, les paiements via l’accord sur le partage des recettes ont triplé pour le Botswana, le Lesotho, la Namibie, et le Swaziland. Au cours des deux dernières années, ils ont été réduits de moitié.
Le Botswana a demandé un milliard de dollars de prêt à la Banque africaine de développement et le Swaziland et le Lesotho sont en train de demander tous deux de l’assistance à l’institution financière basée à Washington, le Fonds monétaire international.
Selon l’estimation de Stern, les paiements de la SACU en 2008-2009 constituent 70 pour cent du budget national du Swaziland et 55 pour cent de celui du Lesotho. Ceci a maintenant chuté à environ 30 pour cent pour le Swaziland.
“C’est 40 pour cent perdu en un an pour les recettes totales du gouvernement”, souligne Stern. “Aucun pays ne peut faire face à cette échelle de volatilité de recettes”.
Il y a également des implications plus générales pour la coopération régionale.
Roman Grynberg, chargé principal de recherche à l’organisation non gouvernementale, l’Institut d’analyse de la politique de développement du Botswana (BIDPA), décrit l’arrangement sur le partage des recettes comme “l’éléphant dans la salle de l’intégration régionale en Afrique australe”.
Il pense que, sans une réforme, la SACU mais aussi la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) ne peuvent évoluer: “Trouver une formule fonctionnelle est une condition préalable pour l’intégration régionale”.
Mais, si une restructuration fondamentale n’est pas faite avec prudence et considération et avec une longue période de transition, la région aura deux autres “pays faillis” et de grandes crises macroéconomiques en Namibie et au Botswana, prévient Grynberg.
Zodwa Mabuza, directrice générale de la Fédération des employeurs du Swaziland et de la chambre du commerce, est d’accord. Elle estime qu’un changement dans l’accord sur le partage des recettes aurait des implications désastreuses.
“Si on retire le soutien sans aucun filet de sécurité, ça créerait fondamentalement un 'Etat failli'”, affirme Mabuza.
L’union douanière a également un effet profond sur la façon dont les cinq pays mènent les affaires entre eux, sur les principaux déterminants de facilitation du commerce, tels que l’accès à la frontière et la stabilité qui vient avec l’appartenance à une zone monétaire commune.
“Quoi qu’il arrive à la SACU, la facilité de faire des affaires doit être assurée”, insiste Mabuza. “Nous ne voulons pas créer une autre Beitbridge où les camions attendent des jours (à la frontière entre l’Afrique du Sud et le Zimbabwe). La facilitation du commerce est primordiale”.
Mabuza décrit la situation économique dans la petite monarchie swazi comme désespérée. “Si ceci continue, le gouvernement ne sera pas en mesure de fournir des services tels que la santé et l’éducation”, déclare-t-elle.
Grynberg en convient. Il déclare qu’il est temps pour une réflexion attentive. “Quand vous avez eu 100 ans de création, aussi ancienne qu’elle puisse être, et vous arrachez la brique de fond, vous ne pouvez pas vous attendre à ce que tout soit bien en place”.

