SENEGAL: La prévalence du VIH/SIDA à l'école reste une grande inconnue

DAKAR, 31 août (IPS) – L’administration scolaire du Sénégal décide de muter Dramane Gambeye*, un instituteur, dans une ville de l’intérieur du pays, en raison de sa séropositivité, au milieu de l’année scolaire, en mars 2005.

Les autorités ne supportaient plus les nombreuses absences de Gambeye, qui était directeur d’école dans un village et chargé de coordonner les activités d’une association de 24 enseignants séropositifs dans une région du centre du Sénégal. Dépisté au VIH/SIDA en 2002, Gambeye découvre sa séropositivité. Affecté en ville, il a la chance de suivre régulièrement son traitement psychosocial et ses analyses biomédicales. Gambeye, 52 ans, négocie avec le ministère de l’Education l’affectation de ses compagnons d’infortune dans les grandes villes, près des hôpitaux. “Le ministre de l’Education a décidé cette année de nous affecter dans les villes et à des postes où les tâches seront moins contraignantes”, a-t-il dit à IPS. Gambeye est parti fouiller les registres des hôpitaux régionaux, avec l’aide des médecins, pour retrouver les adresses d’enseignants ayant reçu un traitement contre le VIH/SIDA. Le Comité sénégalais des syndicats de l’enseignement pour la lutte pour l’éducation pour tous et contre le SIDA (COSSEL-EPT-SIDA) a conduit ce travail “en coulisses”, selon son coordonnateur Mor Mbengue, un inspecteur de l’éducation. Le COSSEL-EPT-SIDA, créé en 2002, a identifié 35 enseignants séropositifs dans cinq régions du Sénégal en 2008; puis sept dans quatre autres, en 2009, soit 42 au total. Il parraine l’association des enseignants séropositifs. Pour combattre “l’auto-stigmatisation” des enseignants séropositifs, Gambeye parle parfois de sa séropositivité, comme lors de la 15ème Conférence internationale sur le SIDA en Afrique, en 2008 à Dakar, la capitale sénégalaise. Selon le ministère de la Santé, 0,7 pour cent de la population sénégalaise est infecté actuellement par le VIH/SIDA, contre un pour cent, quelques années auparavant. Les médicaments anti-rétroviraux (ARV) sont gratuits au Sénégal depuis 2003. Le dépistage au VIH/SIDA est libre et gratuit aussi. Cependant, les patients paient eux-mêmes les frais pour les analyses biomédicales. “Nous n’avons jusqu’ici reçu aucun appui des pouvoirs publics, ni financier ni technique”, relève Insa Diallo, un membre du Syndicat unique et démocratique des enseignants du Sénégal, qui constitue, avec quatre autres syndicats, le COSSEL-EPT-SIDA. Cette association conseille aux enseignants séropositifs de suivre régulièrement leurs traitements médicaux que “certains avaient même abandonnés”, indique Mbengue à IPS. “En réalité, tout le système éducatif est pris en charge par le plan que le ministère de l’Education propose, pour financement, au secrétariat exécutif du Comité national de lutte contre le SIDA (CNLS)”, affirme Kankou Coulibaly, une administratrice économique et sociale. Les enseignants se font rarement dépister, malgré la gratuité du service. Cette année, neuf élèves, dont sept filles, ont été dépistés positifs au VIH/SIDA, dans la région de Kolda (sud du pays), a indiqué Djiby Guissé, coordonnateur de l’Inspection médicale des écoles à Kolda. “Nous n’avons pas encore identifié des enseignants séropositifs à Kolda. Des traitements psychosociaux et des médicaments ARV sont assurés à ces élèves, qui sont traités dans la confidentialité la plus totale. Leur état sérologique est un secret pour leurs camarades, de même pour les enseignants”, ajoute Guissé à IPS. Selon Mbengue, le taux de séropositivité dans les écoles sénégalaises reste une grande inconnue. “On n’a jamais fait un travail d’identification des personnes vivant avec le VIH/SIDA dans les écoles”. “La prévalence du VIH/SIDA étant faible dans le pays, les autorités du secteur de l’éducation, avec le ministère de la Santé et le CNLS, ont jugé inutile de mener une étude pour déterminer la prévalence du VIH/SIDA chez les enseignants”, a affirmé Dr Ousmane Sembène, chef de la Division du contrôle médical et scolaire. Le COSSEL-EPT-SIDA revendique la formation, à la problématique du SIDA, de 3.146 enseignants formateurs qui ont formé, à leur tour, plus de 3.000 élèves et instituteurs, à travers des ateliers et séminaires, depuis sa création. Il dit avoir imprimé et distribué quelque 10.000 manuels didactiques sur le VIH/SIDA. Par ailleurs, les inspections de l’éducation élaborent et mettent en œuvre des programmes d’enseignement sur le SIDA. “Nous avons, avec l’appui de l’UNICEF, conçu une 'Méthodologie du maître pour l'introduction à l'école des compétences en santé'”, a expliqué à IPS, Demba Guèye, inspecteur de l’éducation à Tambacounda, dans l’est du Sénégal. Ce manuel, selon Guèye, permet aux enseignants de doter les élèves de compétences par lesquelles ils arrivent à “résoudre les problèmes de santé liés aux IST (infections sexuellement transmissibles) et au VIH/SIDA dans leur milieu”. Selon la Direction de la planification et de la réforme de l’éducation (DPRE), de 2002 à 2009, plus de 22.000 enseignants du cours élémentaire – sur un total de 47.685 – ont reçu une formation sur le VIH/SIDA, contre 3.000 professeurs du cycle moyen sur un effectif de 15.289 personnes. La DPRE indique également que 48.762 élèves et étudiants ont été sensibilisés sur les IST et le VIH/SIDA depuis 2002. *Le nom a été modifié pour protéger l’identité de la personne.