WINDHOEK, 25 août (IPS) – Les dirigeants d’Afrique australe ont saisi l’occasion du 30ème sommet des chefs de gouvernement de la Communauté d’Afrique australe (SADC) pour se rallier aux saisies de terre opérées par le président zimbabwéen Robert Mugabe, dans une démarche qui compromet le régionalisme.
Au même moment, ils déplorent leur propre échec à mettre en œuvre leurs décisions sur l’intégration économique régionale.
Mugabe a prononcé le discours liminaire lors de la célébration du 30ème anniversaire de la SADC le 17 août dans la capitale namibienne. “Lorsque j’étais un jeune homme enseignant au Ghana, la culture du cacao était importante. Le cacao allait en Suisse et des chocolats – si bien emballés – revenaient”, s’est souvenu le président zimbabwéen.
Lors du sommet des chefs d’Etat qui a précédé la célébration, l’on n’a pas reproché à Mugabe le fait d’ignorer la décision du tribunal de la SADC de 2008 selon laquelle la terre doit être retournée à 78 fermiers blancs. Le sommet a plutôt décidé de revoir le “rôle, les fonctions et les attributions” de la cour régionale.
Lors de son allocution, Mugabe s’est interrogé sur l’incapacité du continent à ajouter de la valeur à ses exportations: “Comment est-ce que nous ne pouvons même pas fabriquer un chocolat nous-mêmes aujourd’hui?”.
Mugabe s’est également plaint de la nature “divisionniste” des accords de partenariat économique (APE): “Nous avons besoin d’une coordination meilleure et plus efficace entre les diverses communautés régionales pour éviter davantage toute fragmentation et nous assurer que nous négocions en position de force”.
Le Zimbabwe, cependant, a été l’un des premiers pays de la région à avoir signé de façon bilatérale un APE intérimaire avec les Européens.
L’ancien président zambien Kenneth Kaunda a rappelé l’histoire de la SADC: l’existence même du bloc régional vient de l’élan pour réduire la dépendance économique à l’égard de l’Afrique du Sud de l’apartheid d’alors. Il a également fait appel à la valeur ajoutée locale et à l’intégration des configurations commerciales régionales.
“Notre destin est de réaliser notre objectif de longue date pour une communauté économique continentale où il y aura la libre circulation des personnes, des biens et des services à travers les frontières artificielles existantes”, a déclaré Kaunda dans un discours lors de la célébration commémorative qui a suscité de l’émotion parmi les représentants.
Cependant, si quelque chose est devenu clair à Windhoek, c’était que le processus d’intégration économique régionale a stagné. “Il reste le défi d’atteindre les objectifs fixés, étant donné les nombreuses questions importantes”, a reconnu le président entrant de la SADC, le président namibien Hifikepunye Pohamba, concernant l’union douanière régionale envisagée, qui était supposée être lancée en 2010.
“Le défaut d’application de nos décisions a le réel risque de remettre en cause nos engagements et peut engendrer du cynisme et de la frustration au sein du peuple de notre région”, a commenté plus loin Pohamba.
Cela signifie que la SADC doit recommencer son travail pour concevoir un programme plus réaliste de mise en place d’une union monétaire et d’une monnaie commune. “La recommandation de la commission de la convergence macroéconomique aux chefs d’Etat sur l’union douanière est d’avoir un programme clair d’ici à décembre 2011”, a déclaré à IPS le ministre namibien des Finances, Saara Kuugongelwa-Amadhila, en marge du sommet.
“Nous avons besoin de bien identifier les paramètres d’une union douanière de la SADC. Ensuite, nous devons considérer la négociation de politiques communes pour la région. L’intégration économique doit se réaliser, parce que reculer n’est pas une option. Nous devons partager les avantages du commerce international ou nous serons marginalisés à jamais en tant que région”.
Selon Kuugongelwa-Amadhila, l’Union douanière de l’Afrique australe (SACU), qui comprend l’Afrique du Sud, la Namibie, le Lesotho, le Swaziland et le Botswana, pourrait servir de garantie pour l’Union douanière plus élargie à la SADC. “Les enseignements tirés de la SACU peuvent être utilisés pour la mise en place d’une structure de la SADC, mais il y a encore des aspects de l’actuelle structure de la SACU qui méritent de l’attention”.
La secrétaire exécutive de la SACU, Tswelopele Moremi, a également réitéré que la SACU pourrait fonctionner comme une composante de l’union douanière régionale plus large. Bien que la SACU ait déjà du mal à s’y faire avec une éventuelle intégration du Mozambique en vertu du régime de l’APE, Moremi est convaincue qu’il est possible d’élargir l’union. “Cela peut arriver tant que de bons critères d’adhésion sont tracés”, a-t-elle déclaré à IPS.
Alors que les experts en commerce de la société civile mettent en garde contre l’optimisme dans les négociations de l’APE, Moremi est convaincue que le bloc régional ne s’effondrerait pas sur des accords commerciaux controversés. “La question des APE a été surestimée. Le pire semble être derrière nous”, a-t-elle soutenu.
La commémoration des 30 ans d’existence de l’organisation régionale a été riche en beaux discours de lutte anti-coloniale et en messages d’autosatisfaction. Mais une vision commune sur la façon de passer de la perception historiquement forte de la paix et de la sécurité de la SADC à la réalisation du projet d’intégration économique est demeurée insaisissable.
Bien que Pohamba ait, dans son discours, exhorté les Etats membres à faire diligence avec la phase de baisse des tarifs, tel que le prescrit l’introduction de la zone de libre échange (ZLE) de la SADC en 2008, aucun ultimatum concernant cela n’a été donné dans la déclaration finale des chefs d’Etat sortie tard le 17 août.
L’appel lancé par Pohamba pour accélérer la libéralisation des services dans six secteurs prioritaires, tel que convenu dans le protocole de 2009 de la SADC sur les services commerciaux, n’a pas été non plus suivi.
Les dirigeants ont, cependant, décidé de mettre en place un groupe de travail spécial pour examiner les complications techniques de l’établissement d’une union douanière, de tenir un sommet spécial sur le développement économique et passer vers une ZLE tripartite comprenant la SADC, le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) et la Communauté d’Afrique orientale.
A Kampala en 2008, les chefs d’Etats ont décidé sur un accord tripartite de répondre au chevauchement des adhésions des pays des blocs commerciaux régionaux. Mais les observateurs ont soulevé des questions autour de l’accord puisque plusieurs pays de la région n’ont pas encore réussi à faire les ajustements nécessaires après la mise en place de la ZLE de la SADC en 2008.
Les blocs commerciaux rencontrent aussi des difficultés dans la formulation d’une position commune sur les négociations commerciales problématiques de l’APE avec l’UE.

