NAIROBI, 13 août (IPS) – Precious Nabwire a failli mourir en donnant naissance à son quatrième enfant. Si les gynécologues du Kenya ont leur manière, un médicament pour maîtriser le saignement après accouchement sera autorisé, offrant une protection plus grande à des dizaines de milliers de femmes confrontées à un danger similaire.
Sa fille – appelée Chausiku, “née dans la nuit”, en l'honneur de son arrivée peu après minuit – est née dans la maison de Nabwire. “Le travail a commencé dans la nuit et se rendre à la Maternité de Pumwani était hors de question parce que je devrais utiliser un taxi et cela aurait coûté la coquette somme de 1.000 shillings kenyans (12,50 dollars US)”, raconte Nabwire. Elle a envoyé les gens chercher une accoucheuse traditionnelle qui vivait à proximité. Nabwire était sûre que l’accouchement se ferait en douceur comme les trois premiers. “Je me trompais. Le travail, comme je le prévoyais, a duré un peu de temps, mais le placenta n'est pas sorti. J'ai commencé à avoir des douleurs atroces, mais l'accoucheuse traditionnelle m'a rassurée qu’une fois le placenta sorti, elles disparaîtraient”, déclare Nabwire. Quelque 20 minutes plus tard, elle se tordait de douleur; la douleur, dit-elle, était pire que le travail. Elle saignait abondamment et la physionomie de l’accoucheuse traditionnelle la rassurait peu. “Heureusement, le placenta a cédé et le saignement a cessé. J'ai pu attendre le matin avant d'aller à l'hôpital. Cependant, le lendemain j'étais très faible et avais dû être hospitalisée pendant une semaine”. L’hémorragie post-partum – saignement après accouchement – est l'une des cinq principales causes de décès maternels au Kenya. Partout en Afrique, elle est responsable d'un tiers des décès maternels, selon les statistiques de l'Agence américaine pour le développement international (USAID). L’Association des gynécologues obstétriciens du Kenya (KOGS) fait pression pour l'enregistrement du médicament appelé misoprostol, souvent désigné par le nom de marque Cytotec, qui selon eux, pourrait être très efficace pour maîtriser les hémorragies post-partum, en particulier dans les milieux à ressources limitées. Selon la dernière enquête nationale démographique et de santé, publiée en 2009, 57 pour cent des femmes au Kenya accouchent à la maison. Le gynécologue obstétricien, Dr Omondi Ogutu, a indiqué à IPS que si le misoprostol était rendu disponible dans les centres de santé communautaires, ce médicament aiderait à sauver la vie de millions de femmes. “Actuellement, le misoprostol est enregistré pour le traitement des ulcères de l'estomac, mais notre pression est d'avoir la politique de son utilisation élargie afin d’autoriser qu'il soit utilisé à des fins gynécologiques. Ce médicament bon marché qui se vend sans ordonnance à 240 shillings seulement (environ trois dollars) aidera à sauver la vie de beaucoup de femmes qui meurent de saignement post-partum ou d'avortements dangereux”, a déclaré Ogutu. Dr Joachim Osur, un expert en santé de la reproduction à l'Ipas (une organisation non gouvernementale qui œuvre pour la protection de la santé des femmes), affirme que 20 pour cent des décès maternels au Kenya sont directement liés au saignement après l'accouchement. Ne pas pouvoir sortir le placenta comme dans le cas de Nabwire est souvent fatal. Les recherches menées sur la sécurité et l'efficacité du misoprostol ont montré qu'il arrête immédiatement le saignement tout en aidant l'utérus à expulser le placenta. “Le misoprostol est un médicament très efficace; cependant, la controverse entourant son utilisation pour faire des avortements a terni ses mérites”, déclare Osur. “Ceux qui mettent l'accent sur son utilisation comme un médicament permettant les avortements sont dans l’erreur et amènent ainsi les femmes de ce pays à passer à côté de ses nombreux rôles salutaires”. Les craintes de ceux qui hésitent à rendre le médicament plus largement disponible sont illustrées par l'expérience de la Namibie, où le misoprostol est largement connu pour servir à provoquer des avortements. Tout comme au Kenya, l'avortement en Namibie est limité aux cas de viol, d'inceste ou lorsque la vie de la femme est en danger. Osur avertit que les lois restrictives sur l'avortement font peu pour dissuader les femmes qui tiennent à en faire un. Environ 800 femmes meurent d’avortements bâclés au Kenya tous les jours; bon nombre meurent d’hémorragie que le médicament en question pourrait arrêter. “Nous n'avons pas de politique autour de l'utilisation du misoprostol puisque ceux du ministère de la Santé qui devraient élaborer la politique sont fâchés sur la question de l'avortement. La crainte a été que le misoprostol sera détourné aux fins de pratiquer des avortements”, explique Osur. Il affirme que le ministère de la Santé devrait parvenir à des directives qui élargissent l'utilisation approuvée du médicament tout en assurant qu'il ne peut être obtenu qu’auprès des centres de santé, y compris les centres de santé communautaires où le besoin est le plus grand. “Avec une utilisation contrôlée, ce médicament ne sera pas nécessairement détourné. La réalité est que si une femme qui a accouché prend ce médicament, elle ne risque pas de saigner à mort. Ce sera très bénéfique pour les femmes dans les zones reculées qui meurent sur la route après avoir été renvoyées des centres de santé plus petits vers des hôpitaux plus grands pour des soins médicaux”, souligne Osur. En février, le Nigeria est devenu le premier pays africain à enregistrer le misoprostol pour l’utilisation obstétricale. Toutefois, le gouvernement a limité son utilisation à des professionnels de santé dans les centres médicaux, ce qui est ironique dans un contexte où 75 pour cent des femmes accouchent à la maison avec l'aide d'accoucheuses traditionnelles. Les défenseurs font pression pour que le médicament soit rendu disponible à des niveaux beaucoup plus bas du système de santé publique, afin qu'il ait un impact sur la réduction des décès maternels. ENCADRE: Le misoprostol peut être utilisé pour arrêter le saignement chez une femme qui est en train de faire une fausse couche; il permet également une expulsion rapide du placenta. Joachim Osur, un obstétricien, estime que le médicament est une option moins coûteuse pour le traitement que la chirurgie. Le médicament peut être également administré pour déclencher le travail lorsque la grossesse dépasse son terme ou quand l'enfant est en détresse. Dans des cas où la grossesse doit être interrompue pour sauver la vie de la mère, le misoprostol est encore une alternative plus sûre et moins coûteuse par rapport à une intervention chirurgicale. Osur déclare que le misoprostol peut être également utilisé pour dilater le col de l’utérus afin d’aider les médecins quand ils ont besoin de procéder à un examen.

