DAKAR, 6 août (IPS) – Environ 36 pour cent des ménages au Sénégal n’ont pas accès au sel iodé et 85.000 enfants naissent non protégés des dommages cérébraux à cause d’une carence en iode, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Dakar, la capitale sénégalaise.
Le Sénégal produit pourtant plus de 500.000 tonnes de sel chaque année, mais ce sel ne répond pas aux normes d’iodation, indique le Programme alimentaire mondial (PAM). Selon les estimations du ministère de la Santé, plus de 70 pour cent des enfants d’âge préscolaire et 57 pour cent des femmes enceintes souffrent d’anémie au Sénégal. Par ailleurs, 37 pour cent des enfants de moins de cinq ans sont confrontés à une carence en vitamine A et 75 pour cent des enfants d’âge scolaire souffrent d’une carence en iode. L’iode entre dans la composition de produits variés dont le sel de cuisine. La consommation insuffisante de sel iodé peut provoquer certaines maladies dont le goitre qui est un gonflement de la partie inférieure du cou.
Awa Ndiaye, une ménagère rencontrée à l'Hôpital principal de Dakar, affirme que ses deux enfants sont décédés de carence en iode. “Lorsque j'étais enceinte, je vivais à Djilor, un village près de Kaolack (centre-ouest du Sénégal) et à chaque consultation, l'infirmière me disait que j’étais anémiée. Et les enfants décèdent tout juste après leur naissance”, explique-t-elle à IPS. “Maintenant, grâce à la sensibilisation, je consomme régulièrement du sel iodé et ma santé s'est aussi améliorée. J'ai accouché d'un petit garçon qui vit normalement”, ajoute-t-elle. Selon Bienvenu Djossa, le représentant du PAM à Dakar, le Sénégal ne veille pas encore vraiment à l’iodation du sel, en particulier à celui qui est consommé par les populations locales. «Le Sénégal, bien qu’étant le plus grand producteur et exportateur de sel en Afrique de l’ouest, enregistre un taux de prévalence du goitre, estimé à 17 pour cent», révèle-t-il. Un projet sur l’iodation du sel, financé par le gouvernement du Canada à plus de 680 millions de francs CFA (environ 1,360 million de dollars), est en cours d’exécution dans le pays pour 2010-2011 et coordonné par la Cellule de lutte contre la malnutrition et appuyé par le PAM. Dans ce cadre, un séminaire de formation s’est tenu les 28 et 29 juillet pour renforcer les capacités des groupements de producteurs de sel à Kaolack. «Ce projet aide les petits producteurs du sel à faire un supplément correct du sel iodé. Cela a été jugé important parce qu’on estime que le sel consommé localement est surtout de production artisanale et contient peu ou pas d’iode, tandis que le sel produit industriellement, et qui est bien iodé, est surtout exporté, ce qui expose la population à une carence en iode», déclare-t-il à IPS. Ablaye Diouf, producteur de sel dans le lac Rose, non loin de Kaolack, estime que c'est un bon projet. “Il va nous aider à avoir un peu d'argent parce que le sel qu'on produit sera payé par le PAM qui nous assistera dans l’iodation du sel; et nos populations seront de moins en moins atteintes de goitre”, explique-t-il. Hazzedine Salla, représentant du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) à Dakar, reconnaît néanmoins que depuis 1994, le Sénégal a adopté une stratégie d’iodation du sel et une mise en œuvre d’élaboration de normes pour la production de cette denrée en appuyant les exploitants de sel. Cette stratégie consiste à ioder le sel produit dans les industries locales de transformation. Et le gouvernement veille à ce que le sel iodé soit vendu à la population et à moindre coût. «Ceci a permis d’augmenter la consommation de sel iodé qui passe de neuf pour cent à 41 pour cent au niveau national et de réduire la prévalence du goitre de 33 pour cent en 1996 à moins de cinq pour cent en 2007 dans les régions endémiques du Sénégal», explique-t-il à IPS. Le ministre sénégalais de la Santé et de la Prévention, Modou Diagne Fada, indique que les carences en vitamine et en sels minéraux contribuent de façon significative à augmenter le taux de morbidité, de mortalité et de pauvreté dans les pays en développement. “Nous avons une quantité suffisante de sel iodé, et nous mettons tout en oeuvre pour approvisionner l'intérieur du pays aussi”. L’amélioration de la nutrition doit être considérée comme un outil et un objectif de développement, estime Yokouidé Allarangar, un expert de l’OMS. «L’importance fondamentale des micronutriments pour la santé humaine est maintenant largement reconnue car démontrée par d’importantes recherches… Il est encore important d’introduire les micronutriments dans les programmes de santé… du gouvernement». Allarangar souligne que la carence en micronutriments constitue un problème majeur de santé publique, du fait que ces éléments sont à l’origine d’un surcroît d’incapacité, de morbidité et de mortalité, en particulier chez les femmes et les jeunes enfants. «Le seul moyen de prévention, c’est la consommation de sel iodé. Ce sont les femmes qui sont les plus atteintes, même si cette manifestation clinique peut survenir chez les hommes, les enfants, et toute personne qui ne consomme pas de sel iodé», explique Dr Balla Mbacké Mboup, qui dirige la région médicale de Fatick, dans le centre-ouest du Sénégal qui produit abondamment du sel.
Khadim Ndiaye, 53 ans, une victime de la carence en iode et ayant le goitre, estime qu’il est important de sensibiliser plus la population sur les avantages du sel iodé. «Nous avions, en notre temps, manqué d’information sur la consommation du sel iodé et nous sommes tombés malades, mais je pense que les choses ont changé et il faut sensibiliser davantage la population, cela va de son intérêt», indique-t-il à IPS.

