WINDHOEK, 4 août (IPS) – Le commissaire européen au commerce, Karel de Gucht, a apaisé les principales organisations non gouvernementales européennes sur les négociations pour un accord de partenariat économique (APE) de l’Afrique australe, promettant “de ne pas exercer une pression excessive” sur les pays.
Selon Marc Maes, chargé de politique commerciale à 11.11.11, le mouvement signale “une fatigue concernant l’APE” en Europe. 11.11.11, Mouvement flamand Nord-Sud travaillant dans la lutte contre la pauvreté, a protesté contre le traitement fait à la Namibie par la Commission européenne (CE).
“L’UE (Union européenne) n’a aucune intention de mettre une pression excessive sur la Namibie pour qu’elle signe et mette en oeuvre l’APE intérimaire”, a écrit De Gucht en réponse à une lettre du 18 juin écrite par 30 organisations de la société civile (OSC) européennes très influentes.
Les négociations pour un APE se sont éternisées depuis 2002 lorsque l’accord de Cotonou a redéfini les relations commerciales entre l’UE et les pays de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) selon les directives de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Dans leur lettre, les OSC ont soutenu que la Namibie est mise sous une pression sévère par les Européens pour qu’elle avance dans les négociations, au détriment de ses objectifs de développement.
“La signature de l’APE intérimaire aurait de graves répercussions sur le développement agricole et industriel en Namibie. Entre autres conséquences, le pays devrait renoncer à l’option politique d’utiliser les taxes d’exportation sur les matières premières et une prime importante pour ajouter de la valeur aux matières premières, considérée comme une nouvelle source de revenu potentiellement importante”, ont noté les OSC.
Dans sa réponse, De Gutcht a essayé de calmer leurs inquiétudes, en déclarant: “L’UE poursuivra le dialogue avec la Namibie, aussi bien qu’avec le groupe APE-SADC en entier dans un esprit constructif comme par le passé. L’objectif est de négocier un accord utile à l’intérêt supérieur de la région”. La SADC est la Communauté de développement de l’Afrique australe.
Le commissaire a également insisté sur les avantages de l’accès hors taxes et sans droits de douane pour les pays de la région.
Mais, selon Maes, on a pris conscience en Europe que les négociations doivent être conclues avant le 3ème sommet Afrique–UE en novembre 2010 en Libye.
“Il y a une fatigue concernant les APE qui se manifeste en Europe, après huit ans de négociations intenses. La Commission européenne a assumé des responsabilités supplémentaires, telles que le développement d’une politique globale d’investissement. Elle est impatiente de clore ce chapitre et tiendra à faire du sommet de la Libye une démonstration d’harmonie qui ne sera pas gâchée par des négociations commerciales intenses”, a déclaré Maes à IPS, depuis Bruxelles.
Il prédit que l’UE s’inclinera devant les réalités du terrain en Afrique australe, en mettant en veilleuse certaines exigences les plus controversées, jusqu’à ce que la région soit prête pour négocier les clauses sur la libéralisation des services et de l’investissement.
“Dès le début, les obstacles dans les négociations sont dus à l’affirmation par l’UE que les APE sont la meilleure option pour le développement des pays ACP”, déclare Maes. “Mais ces négociations ne portent pas du tout sur ce qui est meilleur pour les pays, mais plutôt sur le degré de leur volonté à suivre la recette européenne.
Selon Maes, le mandat de négociation qu’utilise l’UE est bien au-delà de ce que l’accord de Cotonou demande. “Ces pays très pauvres n’ont simplement pas les infrastructures, les institutions et une intégration économique régionale pour soutenir un tel accord commercial de grande portée”.
Certaines dispositions, comme la clause controversée de la nation la plus favorisée (NPF) – qui exige des pays APE-SADC d’étendre à l’UE les mêmes préférences qu’ils accordent aux tierces parties en vertu d’accords commerciaux ultérieurs -, répondent peu au développement durable, soutient Maes.
“C’est purement une stratégie offensive pour protéger les intérêts européens et empêcher, par exemple, que l’Afrique se retourne pour offrir aux Etats-Unis de meilleures affaires”.
La décision de reporter la libéralisation des services jusqu’en 2014, prise par les ministres du commerce de la région SADC-APE réunis à Gaborone en juin 2010, sera certainement revue par la CE, espère Maes. “Ceci n’est pas encore une affaire classée, la CE essayera de faire avancer la question des services”.
Pourtant, il espère que la CE est impatiente de trouver tranquillement une issue à la situation difficile d’avant novembre, avec la reprise des négociations prévue pour août. “J’espère que cela signifie qu’après huit ans de négociations, l’UE accepte finalement qu’elle doit conclure un accord fondé sur ce qui est politiquement, économiquement et institutionnellement possible dans les pays”.
L’analyste namibien du commerce, Wallie Roux, espère également que la région utilisera l’occasion du sommet de la Libye pour augmenter la pression sur la CE pour conclure un accord. “La stratégie de négociation de la Namibie et des autres pays sera d’essayer de coincer l’UE à court terme et d’impliquer la Commission le plus tôt que possible”, prédit-il.
Concernant les questions controversées, Roux prévoit un problème avec la définition des parties, demandant pratiquement l’insertion du Mozambique et de l’Angola dans l’Union douanière de l’Afrique australe (SACU), aussi bien qu’avec la clause de la NPF.
“Actuellement, la clause s’applique à tous les pays qui constituent 1,5 pour cent du commerce mondial. Si l’UE veut faire monter cela à cinq pour cent, au moins le commerce Sud-Sud sera quelque peu exclu.” De la même manière, l’accord tripartite soutenu par la CE entre la Communauté d’Afrique orientale (CAO), la SADC et le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), qui comprend trois blocs différents de négociations de l’APE, a encore du chemin à faire, déclare Roux.
“L’UE devra se résigner au fait qu’on ne peut mener le débat sur une telle zone de libre-échange que lorsque les régions seront prêtes”.

