GENEVE, 21 juil (IPS) – L’initiative “Tout sauf le commerce des armes” qui prévoit un traitement préférentiel aux pays pauvres, profite seulement à un nombre limité de personnes dans les populations cibles.
Elle devrait être également élargie à plus de pays, déclarent les organisations de la société civile.
L’initiative “Tout sauf les armes” (TSA) accorde l’accès sans droits de douane ni limitation quantitative au marché de l’Union européenne (UE) pour les exportations provenant des pays les moins développés (PMA).
“L’initiative TSA est très bonne mais les principaux bénéficiaires ont tendance à être les entrepreneurs des entreprises publiques”, a récemment déclaré Rehman Sobhan, président du Centre pour le dialogue politique, lors de la réunion de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) à Genève.
Le Centre pour le dialogue politique est un comité d’experts de la société civile basé à Dacca, au Bengladesh.
Sobhan a recommandé que les Organisations non gouvernementales (ONG) aient plus d’influence “pour soutenir qu’au moins un tiers de toutes ces sociétés soit possédé par les pauvres ou les travailleurs. Ceci donnera l’avantage de l’accès au marché aux plus démunis”, a-t-il expliqué.
L’initiative TSA, qui a été adoptée par l’UE en 2001, accorde l’accès sans aucune restriction quantitative à tous les produits des PMA, sauf les armes et les munitions. Les bananes, le sucre et le riz ont été également exclus pour une période limitée.
“L’APRODEV salue l’initiative TSA, bien que nous reconnaissions ses imperfections en tant que relation non contractuelle”, a déclaré à IPS, Karin Ulmer, chargée de politique pour le commerce et le genre, dans un entretien. APRODEV est une association de 17 organisations chrétiennes d’aide humanitaire et au développement en Europe, basée à Bruxelles.
Mais elle ne soutient pas la déclaration de Sobhan et préfèrerait soutenir que la capacité et l’opportunité de tirer avantage de l’accès au marché dépendent de plusieurs dimensions et domaines politiques. Par conséquent, il est nécessaire de regarder de plus près certains pays, leurs stratégies de développement économique et la manière dont ces dernières se rapportent aux politiques commerciales.
“Une question fondamentale est de savoir si la politique commerciale répond aux stratégies de politique économique et en tient compte, ou si c’est l’inverse comme c’est le cas souvent en Afrique. La politique économique devrait modeler les politiques commerciales”, souligne-t-elle.
Le développement de marchés régionaux serait un plus grand avantage que l’initiative TSA, pour les groupes sociaux et économiques les plus pauvres et les plus petits. “Par exemple, il y a un énorme potentiel de marchés alimentaires locaux et régionaux plus autonomes, dans de nombreux pays en développement”, explique-t-elle.
“C’est pourquoi nous aimerions voir une initiative TSA – comme un accord pour tous les pays africains (pas seulement pour les PMA), afin d’éviter l’approche 'centre et périphérie' et le fractionnement des marchés et groupements régionaux africains, comme cela se passe avec les accords de partenariats économiques”, poursuit Ulmer.
Selon le rapport 2009 de la CNUCED sur le développement économique en Afrique, l’expansion du commerce intra africain pourrait aider les pays africains à diversifier leur production vers des produits non traditionnels, en particulier les produits manufacturés.
La CNUCED a également proposé de rassembler en un groupe tous les pays structurellement faibles et vulnérables, ce qui signifierait pour l’Afrique le balayage de la division souvent arbitraire entre les PMA et les non PMA sur le continent.
“Nous pourrions soutenir que le commerce intra et inter régional présente plus d’avantages pour les groupes de producteurs pauvres, les travailleurs et les petits commerçants. Comme le montre notre étude au Zimbabwe, ceci est particulièrement vrai pour les femmes. Plusieurs différentes dimensions doivent être considérées pour que les femmes et les hommes défavorisés profitent du commerce”, ajoute Ulmer.
Anne-Catherine, chargée de politique de l’UE à ActionAid, a déclaré à IPS que “les PMA ne sont pas en position d’utiliser les préférences accordées par l’initiative TSA parce qu’ils n’ont pas la technologie et les autres capacités productives pour passer aux produits manufacturés d’exportation”. Par conséquent, ils continuent d’exporter principalement des marchandises et produits sans valeur ajoutée.
ActionAid est une ONG internationale de développement dont l’objectif est de lutter contre la pauvreté dans le monde entier.
De même, dit-elle, l’initiative TSA n’a souvent pas été en mesure d’attirer le niveau nécessaire d’investissement direct étranger dont on a besoin pour augmenter les exportations.
Concernant les industries d’exportation, c’est seulement les entreprises d’une certaine capacité et ayant certaines relations avec les marchés qui sont les mieux placées pour bénéficier de ces initiatives, poursuit-elle.
“Les groupes à faible revenu profitent surtout à travers l’emploi, mais ceci pourrait varier selon la structure économique de certains secteurs. Par exemple, dans le secteur agricole, les petits agriculteurs ont tendance à dominer dans le coton et le cacao”, poursuit Claude.
“La croissance économique (à travers l’initiative TSA ou autres allocations) n’a pas forcément créé une participation plus grande des pauvres dans l’économie en raison du manque de leur accès aux facteurs de production. Ceci est plus évident dans le cas des femmes”, ajoute-t-elle.
Claude insiste sur un point: les politiques commerciales n’ont pas besoin d’avoir une certaine composante de mesures anti-discriminatoires – telles que les mesures sur l’accès au crédit, le transfert de technologie et la protection sociale – pour renforcer la participation des petites et moyennes entreprises. (FIN/IPS/AF/EU/IF/WO/HU/AG/CF/OG/EP/IB/RF/DV/TA/TRA-EN/GH/IA/CW/IZY/10)

