ILES DE L’OCEAN INDIEN: Les femmes joignent leurs forces pour l’égalité politique

PORT-LOUIS, 20 juil (IPS) – “Au lieu de vous plaindre tout le temps, pourquoi ne pas créer votre propre parti politique?”, ont demandé certains hommes à Brigitte Rabemanantsoa Rasamoelina, une femme politicienne du Madagascar.

Elle a relevé le défi en formant en février Ampela Mano Politika, un parti politique qui a pris naissance avec 22 femmes membres seulement et qui compte maintenant plus de 5.000 femmes membres et 10 hommes.

Avec seulement 3,75 pour cent de femmes politiciennes à Madagascar, la gente féminine est dans une situation très précaire, déclare Rasamoelina.

Il en est de même pour la plupart des femmes dans les îles de l’océan Indien. Les femmes politiciennes représentent seulement trois pour cent aux Comores, 18 pour cent à l’Ile Maurice et 23,5 pour cent aux Seychelles.

C’est l’une des raisons pour lesquelles Rasamoelina et 30 autres femmes des Iles de l’océan Indien se sont réunies récemment à l’Ile Maurice pour identifier les moyens de parvenir à une parité en politique entre les hommes et les femmes, ceci à travers un événement organisé par la Commission de l’océan Indien et Women in Politics (WIP) (les Femmes en politique).

“Il y a seulement 67 femmes maires pour les 1.557 conseils régionaux et pas une seule femme parmi les 22 chefs des régions”, déclare Rasamoelina concernant la représentation féminine à Madagascar.

Alors que la situation pourrait être légèrement différente aux Seychelles, avec la déclaration selon laquelle les femmes ne sont pas confrontées au même cas de discrimination que sur les autres îles, la représentation demeure faible à hauteur de 23,5 pour cent par rapport à l’engagement du pays au protocole de la SADC sur l’égalité des sexes et le développement – qui engage les pays à travailler dans le but d’obtenir une représentation féminine de 50 pour cent dans les postes politiques et de prise de décision d’ici à 2015.

Et aux Comores, un pays musulman relativement conservateur, seule une femme siège parmi 33 hommes au parlement. Pendant que les défis auxquels les femmes sont confrontées varient d’une île à une autre, ils sont similaires à bien des égards.

Rasamoelina remarque qu’à Madagascar, le principal obstacle à la participation politique des femmes est dû aux coutumes et traditions locales qui disent que seuls les hommes devraient diriger.

“Les femmes sont mises en en avant quand il faut du soutien et des applaudissements. Nous ne sommes pas de simples machines à allaiter et à procréer. Ce n’est pas notre faiblesse mais une valeur ajoutée sociale”, déclare Rasamoelina.

Plus de femmes dans les processus de prise de décision, déclare-t-elle, permettrait aux voix féminines de se faire entendre. Les organisations de défense des droits des femmes demandent que la nouvelle constitution malgache intègre la nécessité d’une égalité des sexes dans tous les domaines, y compris la politique.

Mais aux Seychelles, les choses sont différentes. Les hommes préparent le terrain aux femmes en politique et le pourcentage de représentation féminine est le plus élevé (23,5 pour cent) dans cette région insulaire de l’océan Indien.

Linda William, secrétaire principal au département du développement social, déclare qu’il n’y a pas de discrimination envers les femmes dans son pays et que les partis politiques élisent les personnes qui sont capables – qu’elles soient hommes ou femmes.

“Evidemment, c’est à travers l’éducation que les femmes jouent un rôle en politique aux Seychelles. Il n’y a pas de barrière religieuse ou culturelle empêchant les femmes de s’impliquer dans la politique. Je dirai qu’il s’agit d’une question de choix”.

William déclare que les Seychelles sont en bonne place pour atteindre les 50 pour cent de représentation féminine pour les élections de 2012. Mais en revanche, les femmes aux Comores ne sont guère impliquées dans la politique et sont littéralement absentes de tout le processus de prise de décision. Ici, cette situation s’explique largement par un manque de confiance en soi.

“La femme comorienne ne se fait pas confiance. Elle se contente de son emploi dans le secteur public”, déclare Echati Chadhouli, membre du Réseau national des avocats du genre (RENAG).

Elle n’accuse pas les hommes de l’absence de représentation féminine au parlement, affirmant que les hommes instruits n’empêcheraient pas les femmes de faire leur entrée sur la scène politique.

“Nous avions des difficultés au début avec les chefs religieux, mais plus maintenant. Les femmes sont maintenant libres d’entrer en politique et de rechercher des postes plus élevés. Mais étant donné qu’elles ne sont pas pleinement sensibilisées, les femmes comoriennes se font attendre”, déclare Chadhouli.

Dans la colonie française de La Réunion, les hommes ne veulent pas facilement partager le pouvoir, déclare Nassimah Dindar, président du Conseil général, qui agit également comme chef du gouvernement de la colonie.

“En dépit de la loi sur la parité concernant la liste électorale municipale et régionale, il y a encore de nombreux obstacles relatifs aux partis politiques au niveau desquels les femmes doivent gravir les échelons avant de réussir”, souligne-t-elle.

Elle trouve qu’il est facile aux hommes de ternir la réputation des femmes et de les déstabiliser en politique. “C’est pourquoi la plupart des femmes ne s’intéressent pas à la politique, craignant d’être vaincues dans ce combat de coqs”, a déclaré Dindar à IPS.

A l’Ile Maurice, il est encore difficile pour une femme de figurer sur la liste des candidats. Ici, un candidat doit être nommé par le chef de son parti politique avant de se présenter à l’élection pour un poste. L’alternative est de se présenter comme candidat indépendant.

Aline Wong a réussi à se faire inscrire sur la liste électorale du parti au pouvoir “Alliance for the future” (Alliance pour le futur) mais elle n’a pas été élue lors des élections de mai organisées dans le pays. Wong déclare que les hommes ont toujours dominé la scène politique pendant que les femmes sont juste à leur début et qu’elles ont besoin du temps pour trouver leur place sur ce chemin plein d’embûches.

“Le parti a besoin de candidats gagnants. Puisque les chefs de parti pensent que les femmes ont moins de chance de gagner, ils nomment seulement quelques-unes d’entre elles”, fait remarquer Wong, jetant le tort sur l’absence d’une forte pression de la part des femmes.

Mais Bruno Woomed, un membre de WIP, qui fait le suivi de la mesure prise pour renforcer la représentation féminine en politique à l’Ile Maurice, pense que le changement ne peut intervenir qu’à travers la législation et l’introduction d’un système de représentation proportionnelle et d’un quota temporaire pour les femmes.

“Si nous laissons cela à la bonne volonté des partis politiques, rien ne changera”, déclare-t-il.

Les femmes se sont engagées à la mobilisation sociale en faveur de la représentation féminine d’ici à 2015 en créant des plateformes pour développer un réseau entre les pays où les expériences et les meilleures pratiques seront partagées. Ce réseau de femmes leaders travaille déjà.