GABORONE, 5 juin (IPS) – Avec la fin heureuse des guerres dans le cours supérieur du fleuve Okavango, de nouvelles pressions sont apparues pour le développement et le risque de changements indésirables pour la santé du fleuve.
Une commission conjointe chargée de gérer le bassin est en train de développer des instruments pour éviter cela.
Le fleuve Okavango est mieux connu pour les zones humides riches de son delta intérieur dans le désert du Kalahari au Botswana. Ce delta est protégé en tant que site précieux pour la conservation et le tourisme au Botswana, mais ce n'est pas le cas pour le fleuve puisqu’il prend sa source en Angola et traverse la Namibie.
Le peuplement et le développement le long du fleuve Okavango ont longtemps été tenus en échec par la guerre de libération de la Namibie de l'apartheid en Afrique du Sud, et par des décennies de guerre civile en Angola.
Depuis l'indépendance de la Namibie en 1990, plusieurs propositions pour l’utilisation de l'eau, allant des barrages pour l'irrigation et la production d'électricité à un canal pour transporter l'eau vers les centres urbains éloignés menacés par la sécheresse, ont été faites. Et comme le gouvernement angolais riche en pétrole tourne son attention vers le développement rural, il est probable que d'autres projets ambitieux soient mis sur la table.
En 1994, les trois pays ont mis en place la Commission permanente du bassin du fleuve Okavango (OKACOM), chargée de déterminer le débit de sécurité à long terme du bassin et de fixer des critères pour une répartition équitable et une utilisation durable de l'eau.
La réalisation d'une Analyse diagnostique transfrontière (TDA), présentée à la réunion annuelle d’OKACOM à Gaborone, le 27 mai, est une étape importante dans l'élaboration d'un plan stratégique pour ce bassin fluvial.
La TDA est une minutieuse évaluation scientifique et technique du fleuve Okavango – examinant la quantité et la qualité de l'eau, les caractéristiques des écosystèmes tout au long du fleuve, ainsi que les besoins et la nature des communautés, la politique et les institutions que le fleuve relie.
Dr Jackie King, une consultante de 'Water Matters', un cabinet de recherche basé au Cap, a expliqué que si les effets du développement le long du fleuve sont clairement définis par les gestionnaires de l'eau, les ingénieurs et les économistes, cela permettra aux décideurs de mieux comprendre, par exemple, comment un barrage pourrait fournir de l'eau pour l'irrigation et produire de l'électricité, tout en modifiant les débits saisonniers et en entravant l'élevage des espèces animales importantes dans les zones humides en aval.
“Nous risquons de perdre toute une série de services liés à l’écosystème tels que la pêche. Nous risquons de perdre les fonctions des zones humides comme la purification de l'eau et nous perdons le revenu que gagnaient les gens le long du fleuve”, a déclaré King.
Dans la préparation de l'analyse du fleuve Okavango, plusieurs scénarios de ressources en eau ont été développés, avec l’OKACOM identifiant les projets spécifiques à l'irrigation, à l’hydroélectricité et au captage de l'eau. La décision a été prise non pas pour aborder la planification du point de vue de la maximisation d'un secteur ou d'un autre, mais pour présenter des scénarios de développement d’une faible, moyenne et forte utilisation de l'eau.
“Les scénarios de faible utilisation de l'eau ne signifient pas des niveaux de vie plus bas”, a précisé King. “Vous pouvez avoir des niveaux de vie élevés avec une faible utilisation d'eau si les développements vont dans des directions différentes. Il y a des façons d'améliorer l'utilisation de l'eau par la faible utilisation de l’eau”.
King a expliqué que les sols fréquemment pauvres dans le bassin du fleuve Okavango indiquent que le prélèvement de grandes quantités d'eau pour l'agriculture irriguée ne signifie pas une utilisation optimale de la ressource.
Une autre préoccupation que soulève l’établissement d’une agriculture plus extensive dans le bassin du fleuve Okavango, c’est le risque que l'engrais s’infiltre dans le fleuve – si l’infiltration de nutriments supplémentaires a atteint le delta, les roseaux de papyrus qui constituent un élément dynamique des canaux constamment changeants du delta pourraient pousser beaucoup plus rapidement, étouffant de grandes sections.
Un barrage, même s’il était exploité pour simuler l'écoulement saisonnier de l'eau, empêcherait les sédiments d'atteindre le delta; sans les milliers de tonnes de sable jeté dans le delta chaque année, les canaux des zones humides auraient tendance à devenir plus profonds et plus rapides, plutôt que de s'envaser pour créer un habitat pour les oiseaux et la vie aquatique.
La TDA est la base pour l'élaboration d'un Plan d'action stratégique pour le fleuve Okavango. Selon Chaminda Rajapakse, directrice de projet pour le Projet de protection de l'environnement et de gestion durable du bassin du fleuve Okavango (EPSMO), ce plan permettra d'améliorer les niveaux de vie des populations dans tous les trois pays à travers le développement coordonné tout en maintenant l'intégrité environnementale du bassin du fleuve Okavango.
“La proposition a examiné le bassin dans son ensemble pour identifier les meilleurs endroits pour des investissements dans le bassin en vue de meilleurs bénéfices et de marchés appropriés”, a expliqué Rajapakse. L’EPSMO – financé par le Fonds mondial pour l'environnement afin de soutenir l’OKACOM – était responsable de la TDA.
“L’OKACOM mettra en place un système de suivi fiable. Actuellement, il y a d'énormes lacunes dans la surveillance des informations et des systèmes devront être établis [pour suivre] les sédiments du fleuve et évaluer les eaux souterraines”, a-t-il précisé.
Les possibilités d’une création de richesses favorables au fleuve devraient être identifiées pour les communautés. Cela comprendrait l'élaboration et l'exécution d'un programme visant à promouvoir un produit touristique dans tout le bassin, l’amélioration des moyens de subsistance à travers l'agriculture durable, un projet-pilote visant à démontrer les meilleures pratiques dans la gestion du bétail, et la formation pour aider à maintenir une pêche durable et accroître la production de l'aquaculture.

