BUJUMBURA, 2 avr (IPS) – Les entreprises burundaises, qui prennent en charge et soignent leurs employés atteints du SIDA, n'y voient que des avantages, les patients étant moins sujets aux maladies opportunistes qui coûtent cher à soigner. Ils sont moins souvent absents, les rendements s'améliorent et les salariés vivent mieux.
Plus personne ne meurt du SIDA à la Brarudi (Brasseries et Limonaderies du Burundi) qui emploie près de 500 personnes. Chaque année, l'entreprise organise un dépistage systématique pour tout le personnel ainsi que pour leurs familles. La société fait des séances de sensibilisation, place des préservatifs dans les lieux publics et met aussi des anti-rétroviraux (ARV) à la disposition des malades. “Avec la prise en charge, la santé de notre personnel s’est nettement améliorée”, affirme Dr Emmanuel Kamo, chef du département médical de l’entreprise. Depuis 2002, la société n’a enregistré qu’un seul décès dû au VIH. “Nous regrettons ce décès survenu en mai 2006. Le patient est venu tardivement”, explique-t-il. “Alors que j’avais une grossesse de trois mois, la Brarudi avait organisé un dépistage systématique, et j’ai été testée avec mon conjoint”, témoigne la femme d’un employé de la brasserie. “L’annonce des résultats positifs a été un coup dur pour moi. Je pensais déjà à avorter. C’est le chef du département médical d’alors qui m’a soutenue et aidée jusqu’au terme de ma grossesse. Aujourd'hui, je suis très fière de ma fille!” Moins d'absentéisme Dans cette entreprise pionnière de la prise en charge depuis 2001, les repos pour cause médicale des sidéens sont allés diminuant, passant de 916 en 2001 à zéro entre 2007 et 2009. “Un cas d’absence nous coûte énormément. C’est un travail à la chaîne… Le taux d’absentéisme ayant diminué, le rendement augmente”, ajoute Dr Kamo. Les frais de santé pour ces personnes vivant avec le VIH (PVVIH) ont aussi fortement diminué. “Actuellement, il n’y a pas de dépenses particulières en faveur des PVVIH. Ce sont des employés comme les autres”, affirme le médecin. A la Régie de production d’eau et d’électricité (Regideso), “c’est finalement après avoir constaté qu’au moins deux employés mouraient chaque mois que le service chargé des ressources humaines a été alerté”, indique Calixte-Désiré Ngendakuriyo, représentant de l’Association de lutte contre le SIDA dans cette entreprise. “Chaque mois, on enregistrait 10, 15 voire 20 cas de repos médical”, ajoute-t-il. “Aujourd’hui, le nombre a sensiblement diminué”. L'entreprise a ainsi divisé par quatre ses frais médicaux. Ces grandes entreprises se félicitent des résultats de leurs efforts. Elles comptent partager leurs expériences avec d'autres sociétés et s'organiser pour prévenir d’éventuelles surprises, notamment la rupture des stocks d’ARV et de réactifs. “Nous allons monter et exécuter des projets communs”, explique le responsable médical de la Brarudi. “Ce n’est qu’une autre façon d’améliorer la qualité des prestations des services médicaux dont disposent la plupart de nos entreprises”. Selon les résultats d’une étude réalisée en 2009, le Burundi compte 264.000 PVVIH, dont 17.400 sous traitement ARV. La prise en charge soutenue et organisée a commencé en 2002, avec la gratuité des ARV, à travers quelques associations. A cette époque, la Brarudi était la seule à faire de même, encouragée par Heineken, sa société mère. *(Jérôme Ndereyimana est journaliste à Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).

