KAMPALA, 1 avril (IPS) – Les femmes ougandaises vivant avec un handicap supportent la stigmatisation, la discrimination, les violences et l'extrême pauvreté. Mais elles affirment que leur plus grand problème est centré sur la santé de reproduction.
“En plus des impacts des handicaps physiques, mentaux, intellectuels et sensoriels, nous sommes doublement discriminées, d'abord en tant que femmes, et ensuite en tant que personnes handicapées”, a déclaré Béatrice Guzu, secrétaire exécutive de l'Organisation nationale des femmes handicapées de l’Ouganda.
La loi protège peu L'Ouganda a un cadre politique et de planification des handicaps – reflété dans la constitution et la Loi relative aux personnes handicapées. Le pays est également signataire de la Convention relative aux droits des personnes handicapées, mais cette loi ne s’est pas traduite en mesures concrètes pour garantir les services de santé de la reproduction pour tous.
Cela commence par quelque chose d'aussi simple que les toilettes adaptées à l'usage des personnes handicapées.
“L'assainissement dans les maternités est très mauvais; mais cela doit servir à la femme physiquement handicapée qui pourrait avoir besoin de ramper dans la salle de bains. Un tel environnement peut la dissuader d'utiliser les centres de santé, la décidant plutôt à choisir d’accoucher à domicile avec l’aide d’une accoucheuse traditionnelle”, indique Guzu. C'est risqué, puisque bon nombre de ces femmes peuvent avoir besoin d’un accouchement par césarienne.
En outre, les sages-femmes n'ont pas été formées sur la façon de traiter les femmes handicapées enceintes, dit-elle.
Les sages-femmes manquent peut-être de formation et de solutions, mais elles sont conscientes des problèmes rencontrés en traitant avec les femmes handicapées enceintes, selon la nature du handicap. Les hôpitaux manquent de rampes pour permettre le déplacement des fauteuils roulants ou des lits permettant plusieurs positions appropriées dans lesquelles accoucher.
Les sages-femmes ont également des difficultés à communiquer avec les femmes handicapées, en particulier celles qui ont un handicap visuel et auditif.
“C'est parce que nous n'avons pas la formation nous permettant de transmettre des informations à ces mères sur la façon de prendre soin d'elles-mêmes pendant la grossesse, et de leur donner les informations vitales sur la santé pendant les consultations prénatales sur la manière de prendre soin de leurs bébés et d’elles-mêmes après accouchement”, déclare Janet Obuni, présidente de l’Association nationale des infirmières et sages-femmes de l’Ouganda.
Violences sexuelles Mais les droits de santé de la reproduction des femmes handicapées ne sont pas seulement violés pendant l'accouchement. L'exploitation sexuelle est un problème qui mène à des grossesses non désirées et à des complications pendant l'accouchement. Elle augmente aussi les risques pour elles d'acquérir des infections sexuellement transmissibles dont le VIH/SIDA, expliquent les experts en santé.
“Les femmes handicapées sont vulnérables aux violences sexuelles parce que, dans la société, beaucoup estiment qu'elles ne s’intéressent pas aux rapports sexuels, et par conséquent, qu’elles ne sont pas atteintes du VIH/SIDA”, indique le Rapport sur l’état de la population ougandaise en 2008. Par ailleurs, précise le rapport, ces femmes sont aussi souvent exclues des programmes de sensibilisation sur la santé de la reproduction parce que les fournisseurs considèrent également qu'elles ne s’intéressent pas aux rapports sexuels. Par conséquent, les filles handicapées souffrent peut-être en silence d'infections sexuellement transmissibles sans accès aux conseils et au traitement.
“Elles (les filles) sont facilement exploitées en raison de leur statut (de handicap). Prendre soin d'elles est difficile et la plupart des parents les ignorent quand elles sont malades”, indique l'Evaluation rapide de la santé sexuelle et de la reproduction dans le nord de l'Ouganda”, une étude menée par le Fonds des Nations Unies pour la population en 2006.
Le gouvernement soutient que les programmes nationaux existent. “Notre politique nationale sur le handicap met l'accent sur la prise en compte de tous les types de handicaps. Nous considérons la non-discrimination, et par conséquent, nous développons également des programmes qui sont sensibles au genre plutôt que des programmes sensibles au handicap”, affirme Herbert Baryayebwa, commissaire pour les personnes âgées et les personnes handicapées au ministère du Travail, du Genre et du Développement social.
Toutefois, les personnes handicapées disent qu’en dépit de ces cadres 'inclusifs', elles sont toujours marginalisées, non seulement dans les programmes de développement national, mais aussi même au niveau international comme les Objectifs du millénaire pour le développement qui ne font aucune mention de personnes vivant avec un handicap.
“Pour le moment, on ne fait vraiment pas grand chose pour intégrer les personnes vivant avec un handicap dans le processus de développement”, déclare Guzu. La situation est aggravée par le manque de statistiques nationales sur les personnes handicapées.
Par exemple, les Rapports nationaux sur le développement humain et l’évolution des objectifs du millénaire pour le développement ne font aucune mention des personnes handicapées; ce qui entrave la capacité du gouvernement à élaborer des programmes de développement pour ce groupe vulnérable qui constitue 18 pour cent des 30 millions d’habitants de l’Ouganda, selon les chiffres de juin 2008 du Bureau ougandais des statistiques.

