POLITIQUE–MADAGASCAR: Les autorités de transition bravent les sanctions

ANTANANARIVO, 4 mars (IPS) – La Haute autorité de transition à Madagascar est en train d’engager un bras de fer avec la communauté internationale en persistant dans la voie unilatéraliste et en refusant d’appliquer les accords de Maputo et d’Addis Abeba pour sortir la Grande Ile de la crise.

Andry Rajoelina, le président la Haute autorité de la transition (HAT), n’a pas envie de répondre à la nouvelle invitation du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (CPS/UA), adressée aux chefs des quatre mouvances politiques du pays pour une relance du dialogue inter-malgache. Pour renouer le dialogue, Ramtane Lamamra, commissaire à la paix et à la sécurité du CPS/UA, a adressé une missive urgente aux quatre chefs de file de mouvances, les invitant à venir à Addis Abeba le 8 mars pour «examiner à nouveau les voies et les moyens de lancer la transition consensuelle du retour rapide à l’ordre constitutionnel à Madagascar par la mise en œuvre des accords de Maputo et d’Addis Abeba». Rajoelina a officiellement annoncé jeudi aux journalistes qu'il ne se déplacerait pas personnellement à Addis Abeba pour la réunion du 8 mars.

Dans son camp, le refus de cette cinquième réunion organisée hors de Madagascar, sous l’égide des médiateurs africains, est catégorique. Devançant le président de la HAT, Jean Lahiniriko, président de l’Union des démocrates républicains pour le changement (UDR-C), une plateforme des partis politiques soutenant Rajoelina, avait annoncé déjà à IPS que «cela ne sert plus à rien d’aller là-bas».

Aux menaces de sanctions internationales, la Haute autorité de la transition réplique par l’organisation d’un nouvel atelier de consultations nationales auquel ne participeront pas les mouvances politiques des trois anciens présidents signataires des accords de Maputo et d’Addis Abeba. Déjà dans un message à la nation le 25 février, Rajoelina a convoqué un atelier national de consultations pour les 4 et 5 mars. Il a parlé d'une réunion de “toutes les forces vives du pays afin de définir une feuille de route et de déterminer, de la manière aussi précise que possible, l'exécution des missions de la transition”. C'est par cette réunion, où sont attendues environ 1.800 personnes, que Rajoelina a répondu à l'injonction de la communauté internationale réunie à Addis Abeba une semaine plus tôt. “Le moment est venu pour les Malgaches de prendre en main leur destin car Madagascar appartient aux Malgaches”, a-t-il souligné dans son allocution. Pourtant, dans un communiqué publié le 19 février, le CPS/UA avait prévenu, conformément à une résolution adoptée la veille par le Groupe international de contact sur Madagascar (GIC-M), que des sanctions ciblées et individuelles seront prises contre le régime de transition “si d'ici au 16 mars, les autorités de fait, issues du changement inconstitutionnel, ne se conforment pas à la mise en œuvre diligente des accords de Maputo et de l'acte additionnel d'Addis Abeba”. Le communiqué évoquait, entre autres, l’interdiction de voyage, le gel des avoirs à l’étranger ainsi que l’isolement diplomatique de la HAT. Rajoelina a déclaré avoir “pris acte” de cet avertissement et ne compte pas revenir sur sa décision. Le 17 février, la veille de la réunion du GIC-M, il a affirmé “ne pas craindre les sanctions qui pourraient lui être personnellement infligées”. Il a juste souhaité “que ces sanctions n'aient pas d'impact sur la population”. Au cours de l'atelier national de consultations, il compte proposer une solution de sortie de crise autre que celle qu'il a déjà signée avec les trois anciens présidents à Maputo et à Addis-Abeba, respectivement en août et en novembre 2009. De leur côté, s'en tenant à ces accords de partage de pouvoir, les mouvances des trois anciens présidents ont indiqué qu'elles ne participeraient pas à l'atelier national de consultations. Interrogé par IPS, Emmanuel Rakotovahiny, chef de délégation de la mouvance Albert Zafy, estime que “cet atelier n'est pas la solution”, ajoutant : “Depuis un an, les Malgaches n'ont pas réussi à résoudre leur problème entre eux, ce n'est pas aujourd'hui que cela va changer”. Face à l'imminence des sanctions qu'il juge “inévitables si cette situation perdure”, Rakotovahiny ne cache pas son inquiétude. “Nous ne mesurons pas l'ampleur des sanctions, mais si l'isolement diplomatique prévu par le Conseil de paix devient une réalité, plus personne ne viendra regarder de près les divers problèmes sociaux et économiques que les Malgaches vivent au quotidien”, appréhende-t-il. Cette crainte est partagée par le général Guy Ratrimoarivony, membre fondateur du Collectif des citoyens et des organisations citoyennes. «Un seul ministre est interdit de voyage et c’est toutes les affaires du pays qui ne peuvent plus se régler», déplore-t-il. Ratrimoarivony aurait aimé participer à un atelier de consultations nationales, mais «il aurait fallu que l’organisation fasse l’objet d’une entente entre les acteurs politiques et la société civile, et non concoctée unilatéralement comme c’est le cas actuellement», dit-il à IPS. Fetison Rakoto Andrianirina, chef de délégation de la mouvance Marc Ravalomanana, est aussi réticent par rapport à l'initiative. “Cette rencontre sort du cadre de Maputo et d'Addis Abeba”, explique-t-il à IPS. S’il confie «ne pas être contre le dialogue», il martèle que “toute discussion ne doit plus porter que sur l'opérationnalisation des accords convenus par les quatre chefs de mouvance”. Mme Ramisandrazana, membre de la mouvance Didier Ratsiraka, interrogée par IPS, considère cette invitation à Addis Abeba comme étant «une tentative de dernière chance offerte» offerte à Rajoelina pour revenir sur sa décision.

Pour sa part, José Andrianoelison, membre fondateur du cercle d’étude et de réflexion économique et social et ancien ministre, estime ainsi que «Andry Rajoelina ferait une erreur en déclinant l’invitation de l’Union africaine». «Ce sera pour lui une occasion de présenter les résolutions que les forces vives ayant participé à l’atelier des 4 et 5 mars ont adoptées», explique-t-il à IPS. Réitérant la nécessité des débats entre Malgaches pour trouver une solution à la crise politique, Andrianoelison souligne par ailleurs que «ce serait également une erreur des trois mouvances que de ne pas participer à la réunion des 4 et 5 mars». Selon lui, «les accords de Maputo, qui constituent aussi une solution de sortie de crise, devraient également être discutés au cours de cet atelier».