CHANGEMENT CLIMATIQUE: Un espoir aux 100.000 goûts

COPENHAGUE, 14 déc (IPS) – C’est le mi-parcours pour une conférence sur le changement climatique dans laquelle un énorme espoir a été investi; il n’est alors pas surprenant que des manifestations du désir populaire pour une action décisive contre le réchauffement du globe ait eu lieu à travers le monde.

Des veillées aux chandelles ont été organisées dans 139 pays samedi, à mi-parcours de la Conférence des parties (COP15) à la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique.

A Copenhague même, à Halmtorvet près des lieux d'une conférence parallèle organisée par la société civile, 'Friends of the Earth International' (Amis de la terre, international – FoEI), a organisé le Déluge pour une justice climatique. Quelque 5.000 personnes, dont beaucoup vêtues de ponchos de plastique bleu, sont sorties des rues portant des signes appelant à une “Justice climatique maintenant” avant de fusionner avec une marche de 100.000 personnes.

Les manifestants ont loué Tuvalu, l’Etat insulaire du Pacifique Sud d’avoir proposé l’objectif plus rigoureux de 1,5 degré qui, selon beaucoup, sera nécessaire pour éviter une catastrophe écologique et sociale.

Les marcheurs ont défié certaines des orthodoxies admises qui forment les propositions qui sont officiellement en train d’être débattues. Le président de FoEI, Nnimmo Bassey, un opposant de longue date à l'industrie des combustibles fossiles dans le delta du Niger, au Nigeria, a rejeté l'idée selon laquelle la compensation du carbone – le financement commercial pour des projets verts pour le “droit” de polluer au-delà des objectifs convenus – pourrait profiter à la planète.

“La compensation du carbone ne présente aucun avantage pour le climat ou pour les pays en développement – elle profite seulement aux pays développés, aux spéculateurs de carbone et aux grands pollueurs qui veulent continuer les affaires comme d’habitude”, a déclaré Bassey.

Marta Zogbi, une militante membre de FoEI, a dit à TerraViva que le commerce du carbone est une fausse solution, à laquelle s’oppose la société civile. “Nous avons une énorme influence; la question du changement climatique a été soulevée par la société civile organisée”, a-t-elle indiqué. “Le lobby des entreprises est également très puissant, c'est pourquoi la société ne peut avancer aussi rapidement qu'elle le souhaite”.

La marche du “Déluge” a progressé vers le 'Parliament Square', où elle a rejoint une mobilisation plus large impliquant des syndicats et des écologistes, des militants pour la paix et des organisations d’aide, des partis politiques et des commerçants de carbone.

L’espoir à la centaine de goûts a été investi dans cette Conférence des parties. Le but d'attirer 60.000 personnes à pacifiquement manifester le désir populaire pour une action décisive a été facilement atteint. La police danoise a estimé que 100.000 personnes ont pris part à la procession de six kilomètres, de Christiansborg Slodsplads à Bella Center, où la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique se tient.

Cette marée humaine charriait une gamme d’opinions. L’activiste Clodimir Bogaert est venu de Belgique juste pour la marche du 12 décembre. “Nous espérons que les choses changeront, parce que le problème est urgent. Nous voyons que les premiers à subir les effets du changement climatique sont les pays les plus pauvres”.

Peter Sprengers, un analyste du commerce de carbone à la société norvégienne d'énergie renouvelable, Statkraft, a dit : “Je suis venu à Copenhague pour avoir une idée sur ce qui va se passer avec le CO2 (dioxyde de carbone) et les politiques énergétiques, car cela a un énorme impact sur nos activités”.

Il a déclaré qu'il n'était pas venu à Copenhague pour faire pression ou tenter d'influencer l'accord parce qu’il ne pense pas qu'il puisse avoir un impact: “Les principaux décideurs sont les Etats-Unis et la Chine pour le moment”.

Une position bien différente a été adoptée par l'activiste chilienne, Alicia Muñoz, de Via Campesina, le mouvement mondial des petits et moyens fermiers, des femmes rurales et des populations indigènes. Elle a passé une semaine à participer aux différentes activités à Klimaforum, à la réunion de la société civile tenue parallèlement à la COP15.

“Il est très clair pour Via Campesina que nous devons faire pression pour qu'un accord puisse être atteint, car nous savons que les négociations ne produiront pas des résultats positifs”, a déclaré Muñoz à TerraViva.

'Black Bloc' (Bloc noir), maintenant connu – qui apporte une critique radicale à la plupart des grandes manifestations – faisait également partie de la principale marche dès son démarrage.

“Je pense que la conférence de Copenhague est un bon signe, mais je doute que cette réunion apporte un véritable accord. Elle sera simplement comme à Kyoto”, a confié à TerraViva, Henrik, l'un de ceux qui marchent avec les anarchistes.

“Je suis ici parce que nous devons faire quelque chose, les bureaucrates ne peuvent rien résoudre. C'est le peuple qui doit avoir le pouvoir”.

Portant des vêtements noirs, beaucoup couvrant leur bouche, le Bloc noir a manifesté avec la principale marche pendant environ une demi-heure, une partie d'un groupe exigeant un “Changement de système, pas le changement climatique” et scandant des slogans contre le capitalisme et la police.

Non loin de la station de métro d’Amagerbro, dans le centre de Copenhague, la police a bloqué la route principale de la marche avec des véhicules et a arrêté au moins 100 des anarchistes.

Ailleurs dans la ville, une marche distincte d’anarchistes, sous le slogan “Ne jamais avoir confiance en une COP” a été dispersée par la police. Le soir, 900 personnes avaient été arrêtées. 'Climate Justice Action' (Action pour la justice climatique – CJA) a publié un communiqué de presse condamnant le traitement fait la police des personnes arrêtées – le groupe affirme que beaucoup ont été gardées au dehors à l'air libre pendant plusieurs heures, avec un refus de l'accès à l'eau, aux toilettes ou à l’attention médicale.

Le réseau mondial de la CJA, a également mis en cause les arrestations qui se sont produites loin de tout signe de trouble. L’activiste Helga Matthiessen, gardé pendant une heure avant d'être relâché, a déclaré: “Non seulement nous avons été privés du droit de protester, mais aussi nos droits humains fondamentaux ont été ignorés dans cet exercice policier ridicule, organisé”.

À Bella Center, le dernier évènement de la journée a été une veillée aux chandelles à laquelle a participé Desmond Tutu, le lauréat du Prix Nobel. L'intention était de présenter une demande minimale de la société civile pour les négociateurs qui ont six jours pour parvenir à un accord.

L'appel est pour un accord qui soit équitable – fournir 200 milliards de dollars pour aider les pays plus pauvres à faire face au changement climatique; ambitieux – répondre au consensus scientifique selon lequel les émissions doivent atteindre leur niveau maximum au plus tard en 2015 pour maintenir les niveaux de dioxyde de carbone en dessous de 350 parties par million; et contraignant – seulement un accord légalement applicable tiendra les gouvernements pour responsables.

*Cet article apparaît en ligne dans le bulletin TerraViva de IPS, 'TerraViva online daily on COP15' http://www.ips.org/TV/copenhagen/), publié quotidiennement pour la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique à Copenhague.