KINSHASA, 6 juil (IPS) – Des organisations non gouvernementales et les Nations Unies viennent d’alerter sur «la continuation des guerres et la poursuite de graves violations des droits de l’Homme par des milices et autres groupes armés» dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Ces attaques risquent de mettre en difficulté le programme 'Amani' mis en place, avec l’aide de la communauté internationale en janvier 2008, pour rétablir la paix, la sécurité et relancer le développement dans ces deux provinces. Selon plusieurs habitants de Goma (Nord-Kivu) interrogés par IPS, «les effets du processus Amani demeurent peu significatifs».
Selon un rapport de la Mission des Nations Unies au Congo (MONUC) dont copie est parvenue à IPS, «le 27 et le 30 juin 2009, plus ou moins 80 éléments de la coalition FDLR et PARECO ont attaqué la position des FARDC (Forces armées congolaises) à Kisheguru, à 17 kilomètres de Kiwanja, dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu». A cette occasion, «plusieurs militaires congolais ainsi que des civils ont été tués, 25 habitations ont été incendiées».
Les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) sont une opposition armée au régime politique de Kigali au sein de laquelle combattent des milices 'Interahamwe' et des ex-Formes armées rwandaises (FAR), accusées d’avoir pris part au génocide rwandais en 1994; tandis que les PARECO (Patriotes résistants congolais) sont un groupe Maï Maï opérant dans la province du Nord-Kivu.
La situation est tout aussi inquiétante au Sud-Kivu où les FDLR poursuivent des attaques contre les FARDC et les populations civiles. Lors d’une conférence de presse le 1er juillet, la MONUC a affirmé que «du 22 au 28 juin 2009 dans le village de Kibanda, à Bitale, ainsi que dans plusieurs localités de Walungu, à environ 60 km de Bukavu, au Sud-Kivu, il a été observé plusieurs attaques des FDLR contre les positions des FARDC». Une des attaques les plus meurtrières été menée contre «deux véhicules des FARDC transportant des ravitaillements dans la région de Kasika, située à 25 km de Mwenga et dans le territoire de Mwenga». Selon le rapport de la MONUC, le nombre des civils tués reste inconnu. Néanmoins, «trois militaires congolais ont été blessés, les deux véhicules des FARDC ont été détruits, 11 maisons ont été incendiées, un ancien camp des FARDC a aussi été incendié, le gros bétail et des volailles ont été détruits à Cisaza, dans le territoire de Walungu, etc.» Les populations des deux provinces visées par le programme Amani continuent à vivre dans l’insécurité totale qui s’aggrave au jour le jour, «avec des attaques continues des LRA (Armée de résistance du seigneur des rebelles ougandais), des FDLR, des groupes de bandits plus ou moins bien organisés contre les positions des FARDC soutenues par la MONUC», selon le rapport. D’autres attaques proviennent des «alliances inquiétantes entre différents groupes militaires résiduels et des éléments armés rétifs pour intégrer le processus de réforme de l’armée et de la police» congolaises, indique la MONUC. Des sources onusiennes notent que ces deux dernières semaines, «la collaboration entre certains anciens groupes armés, des milices dont l’APCLS et les PARECO avec les FDLR, a exacerbé l’insécurité et les violations des droits de l’Homme» dans les deux provinces. (L’APCLS est l’Alliance de patriotes pour un Congo libre et souverain). «Dans toute cette situation, il n’y a que des civils qui paient le prix de cette barbarie», a déclaré à IPS, Morreau Shamamba Lukoo, avocat et défenseur des droits de l’Homme résidant à Goma. «Le gouvernement semble faire la sourde oreille sur l’urgence et la nécessité de les protéger».
'Human Rights Watch' (HRW), l’organisation internationale de défense des droits de l’Homme partage cette opinion, estimant que par rapport à la protection des civils «ni le gouvernement ni les forces de maintien de la paix de l'ONU ne sont parvenus à mettre un terme aux violations des droits humains». Dans un rapport publié le 2 juillet et dont copie est parvenue à IPS, Kenneth Roth, directeur exécutif de HRW, affirme que «les opérations militaires des forces gouvernementales congolaises ont eu des conséquences désastreuses sur les civils, qui sont maintenant attaqués de toutes parts». Il avertit que «l’Etat congolais et les Nations Unies doivent prendre des mesures d’urgence pour protéger les populations afin d’éviter que ces violations des droits humains ne s’aggravent».
Pourtant, la MONUC a présenté un bilan positif de la protection des civils dans l’est de la RDC lors de sa conférence de presse hebdomadaire du 1er juillet. «Le bilan des actions entreprises en faveur de la paix et de la protection des populations civiles dans l’est du pays est largement positif», notamment avec «l’opération KIMIA 2», phase opérationnelle du processus Amani, selon la MONUC. Cette phase a vu lancer des opérations contre les FDLR dans certaines localités du Nord-Kivu» avec comme résultats, «quelques dizaines des FDLR tuées ou arrêtées ainsi que des munitions saisies». Pour donner un peu plus d’espoir aux Congolais de plus en plus perplexes devant cette situation catastrophique, le 30 juin, à l’occasion de 49ème anniversaire de l’indépendance du Congo, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en RDC et chef de la MONUC, Alan Doss, a renouvelé «l’engagement des forces de la MONUC à apporter leur soutien aux Congolais pour la paix et le développement». L’autre partie du pays où règnent l’insécurité et les violations constantes des droits de l’Homme est la Province orientale où entre le 20 et le 28 juin, «les éléments de la LRA ont attaqué plusieurs villages du Haut-Uélé, tuant et enlevant des habitants», a déclaré aux journalistes, Monoodge Mububay, le porte-parole de la MONUC. Selon lui, le bilan provisoire de ces tueries est de deux morts alors que neuf personnes seraient enlevées. Ici aussi, l’insécurité est exacerbée par des éléments résiduels des Forces de résistance patriotique en Ituri (FRPI) ainsi que des groupes congolais de bandits qui se font passer pour des rebelles de la LRA et qui ont attaqué le village Gangu à Irumu dans le territoire d’Ituri, pillant et brûlant des maisons avant de se réfugier dans la forêt. Selon le général Jean Claude Kifwa, commandant de la 9è région militaire des FARDC basée à Kisangani, «sept de ces bandits congolais ont été arrêtés durant la dernière semaine de juin 2009 par des militaires congolais».
Cette situation met en mal la mise en œuvre du Plan de stabilisation et de reconstruction de l’est de la RDC élaboré par le gouvernement sur recommandation de la Conférence de Goma tenue en janvier 2008 dans le cadre du processus Amani. Ce plan est essentiellement axé sur «la stabilisation de cette partie du pays en améliorant l’environnement sécuritaire et en restaurant l’autorité de l’Etat dans les zones autrefois contrôlées par des groupes armés; en facilitant le retour et la réintégration des personnes déplacées et réfugiées» Et pour «enfin accélérer la relance économiques dans les zones affectées par les conflits armés», souligne Yves Rudahindwa, membre du processus Amani.

