OUAGADOUGOU, 27 sep (IPS) – L'Organisation mondiale de la santé (OMS) annonce qu'elle recommandera bientôt aux pays africains d'intégrer dans les politiques de vaccination nationales la vaccination contre le Virus du Papilloma humain (HPV) qui provoque le cancer du col de l'utérus.
Selon l'OMS, la vaccination concernera les filles âgées de 10 à 13 ans afin qu'elles ne fassent jamais le cancer du col de l'utérus qui affecte chaque année 78.000 cas en Afrique subsaharienne.
Depuis plusieurs années, l'OMS apporte un appui technique aux pays comme l'Ouganda, la Tanzanie, la Zambie, l'Afrique du Sud pour l'exécution de projets pilotes où le vaccin est administré à des jeunes filles âgées de 10 à 13 ans. Ainsi, en Ouganda, par exemple, 12.000 jeunes filles dans deux districts sanitaires seront vaccinées d'ici à 2009 dans le cadre de ce projet.
“Il est important de savoir que ce vaccin est sain et effectif, et sur la base de nos données, il n'y a pas de risque que les résultats changent”, estime Dr Dan Murokora, un gynécologue ougandais. En Ouganda, le cancer du col de l'utérus est la principale cause de décès liés au cancer. Il représente 80 pour cent des types de cancer qui affectent la femme, et 40 pour cent de tous les cancers, selon Murokora.
“C'est une des maladies qu'on peut éradiquer en un vaccin, et c'est la raison pour laquelle l'OMS insiste beaucoup pour la prise de conscience de la maladie dans les différents pays et sur les possibilités d'introduction à un public cible afin qu'elles (les filles vaccinées) n'en fassent pas plus tard”, explique à IPS, le professeur Jean Gabriel Wango, chargé du département santé de la famille au bureau de l'OMS à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.
Une rencontre a réuni à ce sujet des experts de l'OMS sur le cancer et des représentants de pays africains à Ouagadougou, la semaine dernière. L'objectif était de voir au niveau africain la problématique posée par le cancer du col de l'utérus. “Nous nous sommes rendu compte que dans chaque pays, il y avait des difficultés en ce qui concerne les données statistiques, sur l'importance de la demande, les dispositions prises pour répondre à ces demandes”, indique Wango.
Selon Wango, “l'OMS va faire un plaidoyer très fort auprès de ceux qui font les vaccins, ceux qui ont l'argent, et auprès des décideurs pour qu'ils inscrivent le cancer du col de l'utérus comme priorité de santé publique et comme droit de la femme à la santé car on peut éviter à la femme de faire le cancer du col”.
L'OMS annonce qu'elle travaillera avec des partenaires pour obtenir des fonds qui permettront au plus grand nombre de femmes de bénéficier du vaccin qui vaut aujourd'hui 300 dollars, notamment le Fonds des Nations Unies pour la population, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance, le Programme pour l'application de la technologie à la santé, et la Banque mondiale.
L'Alliance globale pour la vaccination et les vaccins sera chargée de la coordination des efforts de l'OMS et des partenaires pour s'assurer de la mise à la disposition des vaccins aux populations.
“Il y a une prise de conscience car avec l'ampleur du phénomène, nous avons pris conscience que c'est un problème de santé publique”, affirme Dr Fatoumata Zampaligré, directrice de la santé de la famille au Burkina Faso.
Au Burkina, des statistiques de 2002, recueillis à l'hôpital Yalgado Ouédraogo, le principal centre hospitalier de ce pays d'Afrique de l'ouest, ont révélé que le cancer du col de l'utérus représentait 31,7 pour cent des cas de cancer. “Nous pensons qu'il y a l'expression d'une volonté politique, et nous pensons que très bientôt, nous pourrons être en mesure de trouver ces vaccins pour nos populations”, rassure Dr Boureima Sambo, conseiller régional pour la prise en charge des maladies non-transmissibles à l'OMS.
Selon Dr Sambo, une réunion des ministres africains de la Santé, au début de ce mois à Yaoundé, au Cameroun, avait déjà permis d'adopter des stratégies contre ce cancer.
Pour mieux prévenir le cancer du col de l'utérus en Afrique subsaharienne, l'OMS s'est engagée à assurer un plaidoyer pour la mise à échelle du dépistage par inspection visuelle. L'OMS compte également aider les Etats africains à mettre en place des comités nationaux de coordination de la lutte contre le cancer du col de l'utérus. Dans la plupart des pays, l'absence de moyens techniques et de formation des agents de santé a pour conséquence un défaut de dépistage des femmes.
“Nous avons un problème crucial de manque de dépistage et nous espérons que désormais, toutes celles qui le désirent pourront se faire dépister”, estime Dr Gricelia Mkumba, une gynécologue zambienne.
Selon Charles Ouédraogo, un gynécologue burkinabé, les chances de rencontrer un cas avéré de cancer du col de l'utérus, ou un processus en cours, sont grandes alors que toute femme, qui se met dans un programme de dépistage une fois tous les trois ou cinq ans, ne peut pas développer ce cancer. Il faut environ 13 ans avant que des lésions deviennent un cancer invasif, dit-il à IPS.
Environ 89 pour cent des cas de cancer du col de l'utérus sont dépistés tardivement, selon le ministère de la Santé du Burkina Faso.
“La plupart du temps, les patientes arrivent à un stade très avancé. Vous savez, celles qui sont loin des programmes de dépistage sont celles qui se présentent avec le plus de complications puisque la plupart des cancers qu'on rencontre sont des cancers avancés”, souligne Dr Ouédraogo.

