AFRIQUE DE L'OUEST: L'UEMOA, un espace zoo-sanitaire unique pour les vétérinaires

DAKAR, 25 sep (IPS) – Pour promouvoir l'élevage et relever le développement d'un marché commun, l'Union économique monétaire ouest-africaine (UEMOA) a accompagné les vétérinaires de la sous-région, lors d'un atelier à Dakar, à établir des règles juridiques sur la libre circulation et le droit d'établissement des vétérinaires dans l'union.

Organisé par l'UEMOA, cet atelier de trois jours, qui se tient du 23 au 25 septembre dans la capitale sénégalaise, a permis aux responsables et experts de l'élevage en Afrique de l'ouest de réfléchir sur les enjeux régionaux pour la protection de la santé animale. L'UEMOA vise à atteindre l'objectif relatif à la santé animale au sein de l'espace communautaire en définissant les contours d'une véritable politique commune dans de secteur de l'élevage. Le secteur constituant l'une des composantes essentielles de la politique agricole de l'UEMOA, les participants ont adopté un texte juridique communautaire pour assurer une couverture sanitaire adéquate et promouvoir le développement de l'élevage dans les huit Etats membres : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. Selon le document qui sera soumis aux différents gouvernements, les vétérinaires des pays membres de l'union pourront s'installer désormais dans le pays de leur choix. Selon les experts de l'élevage de l'UEMOA, la situation de la santé animale n'est pas inquiétante, même s'il y a eu une apparition de la grippe aviaire ce mois-ci dans un pays membre de l'union, notamment au Togo. Les deux anciens foyers apparus au Bénin en décembre 2007, ont été traités et maîtrisés, selon les services vétérinaires de ce pays. En outre, il existe actuellement une épidémie de dermatose nodulaire bovine et de fièvre aphteuse au Sénégal. La Commission de l'UEMOA s'attèle, avec les pays concernés, pour trouver, dans le cadre du comité vétérinaire de l'union, des solutions au niveau national et communautaire en vue d'éviter la propagation de ces maladies, affirment les experts. L'atelier a également souligné que le Sénégal, qui est frappé par deux maladies animales, a déjà perdu plus de 400 bovins entre juillet et septembre 2008. Cette situation a amené l'Etat sénégalais à débourser plus de 500 millions de francs CFA (environ 1,1 million de dollars) pour renforcer les moyens de lutte, ce qui a permis de vacciner déjà plus de 350.000 bovins dans le pays. Ayayi Justin Akakpo, professeur de pathologie infectieuse à l'Ecole inter-Etats des services de médecine vétérinaire de Dakar, a expliqué que la grippe aviaire et la fièvre aphteuse sont des maladies qui ont une conséquence économique importante. “Dans les cas de maladies, les éleveurs utilisent souvent des antibiotiques, ce qui diminue le lait de l'animal, et l'animal perd aussi du poids. Les animaux peuvent se retrouver de 20 à zéro litre de lait”, dit-il à IPS. Il était donc important, selon les experts de l'élevage de l'UEMOA, d'élaborer un texte juridique pour harmoniser une législation commune visant à améliorer la couverture sanitaire dans les pays membres qui seront sous la menace de maladies animales. “On a voulu, par cet atelier, favoriser la création d'un espace zoo-sanitaire unique dans lequel des docteurs vétérinaires peuvent se mouvoir en exerçant librement dans un pays de l'union”, déclare à IPS, Issoufou Daré, directeur des ressources animales et halieutiques de l'UEMOA.

“Il y a des pays de l'UEMOA qui ne disposent pas d'assez de docteurs vétérinaires par rapport à d'autres, de même que certains ont envie d'exercer ailleurs pour accroître leur expérience; il est nécessaire de favoriser une osmose régionale qui va abolir les barrières entre les différents pays de l'union”, ajoute-t-il. Daré estime également que ce principal dispositif institutionnel permettra de discuter au niveau communautaire des questions relatives à la sécurité sanitaire des végétaux, des animaux et des aliments. Pour sa part, Moussa Ka, directeur de cabinet du ministère de l'Elevage du Sénégal, souligne l'intérêt d'avoir un texte juridique dans la mesure où les Etats de l'UEMOA ambitionnent de mettre en place une politique économique commune. “Du moment que la libre circulation sur le plan économique se fait sans difficulté, il est important qu'au niveau de l'expertise, notamment dans le domaine de l'élevage, qu'on puisse régler les conditions d'installation des vétérinaires dans les différents pays”, indique-t-il à IPS. Ka reconnaît cependant que malgré cette volonté au niveau communautaire, l'élevage n'a pas encore joué son rôle véritable dans le développement économique des Etats, en termes d'accroissement de la productivité et des productions animales en général. “Les performances de l'élevage sont limitées par la faiblesse des investissements publics dans le sous-secteur, mais aussi par la fréquence et la gravité des maladies animales dont beaucoup sont à l'état endémique dans nos pays”, souligne-t-il. Laurent Ativi, un vétérinaire togolais participant à l'atelier, partage cet avis, indiquant qu'il faudra que les gouvernements des pays membres de l'UEMOA s'investissent plus dans l'élevage. “Si les gouvernements établissent une bonne politique agricole et investissent dans le sous-secteur de l'élevage, on n'aurait plus dans nos pays ce genre de maladies qui dévastent le cheptel, et qui fait que les pays africains doivent chaque fois importer de la viande”, plaide-t-il. Ativi estime, par exemple, que si le gouvernement togolais avait pris des mesures nécessaires, la grippe aviaire n'aurait pas menacé les volailles. “Vous savez, au Togo, les autorités ont été averties depuis que la grippe aviaire a commencé au Nigeria, mais ce n'était pas leur problème. Mais aujourd'hui, on est confronté à la réalité”, déclare-t-il à IPS. “Je pense qu'avec cette nouvelle réglementation, les vétérinaires togolais vont bénéficier des expériences des autres pour une lutte efficace contre les maladies animales”.