DURBAN, 24 sep (IPS) – Un projet novateur sud-africain de conservation de la nature qui combine la protection de la biodiversité et la réduction de la pauvreté fait face à une résistance de la part des résidents des propriétés voisines qui sont préoccupés par les augmentations de taux et les droits d'exploitation fonciers.
Le Projet 'Exploiter quatre écosystèmes', qui a été lancé par la municipalité de eThekwini il y a 18 mois, a formé des résidents venant des townships voisines pour restaurer des espaces verts dans et autour de Giga Gorge, juste à 25 kilomètres au nord de Durban, dans la province sud-africaine du KwaZulu-Natal.
Ce projet de la biodiversité est une avancée originale parce qu'il vise à équilibrer ce que les écologistes appellent les 'trois facteurs décisifs' des besoins sociaux, de la durabilité environnementale et, finalement, du côté économique en augmentant le tourisme dans la gorge. Le mois prochain, l'avenir du projet de la biodiversité sera déterminé. Des résidents voteront, décidant si Giba Gorge connaîtra — ou ne connaîtra pas — un nouveau zonage dans une 'Special Rating Area' (Région de classement spécial) "verte" avec des frais complémentaires qui sont ensuite dépensés pour améliorer l'écosystème dans la zone. Mais ce que la municipalité n'a pas prévu a été le scepticisme de certains résidents riches dont les propriétés coûteuses bordent la Giba Gorge. La zone est encadrée par deux communautés opposées — les riches, les propriétaires terriens privés de Winston Park d'un côté, et les résidents des townships de Tshelimnyama et de Dassenhoek de l'autre, où la pauvreté et le chômage sont répandus. Les impôts locaux ont augmenté récemment à travers l'Afrique du Sud. Les résidents de Winston Park hésitent à accepter une autre augmentation, même si le coût était minime, à environ cinq dollars par mois — les domaines dans le Winston Park valent plusieurs centaines de milliers de dollars. Par ailleurs, la municipalité subventionnera ce projet de biodiversité avec 18.500 dollars par an. "En retour (pour le paiement du taux additionnel), les résidents obtiendront une réserve naturelle bien conservée dans laquelle ils peuvent se promener et faire de l'exercice en toute sécurité", déclare Richard Boon, directeur de la planification de la biodiversité au département de la gestion environnementale de la municipalité de eThekwini. L'année dernière, plusieurs rencontres publiques ont été organisées en vue d'obtenir des contributions de toutes les trois communautés bordant la gorge, lesquelles ont conduit à des discussions passionnées. Bien que la plupart des résidents riches soutiennent généralement les efforts de conservation dans la zone, ils disent qu'à part l'accroissement des impôts, ils sont préoccupés par les droits d'exploitation limités et les questions de dédommagement. "Certaines propriétés (privées) courent tout droit dans le système de gorge, et si on devait procéder à un nouveau zonage de la zone, les propriétaires seraient limités dans les droits d'exploitation de leurs terres. Ceci a provoqué l'anxiété", explique Boon. "La majorité des résidents semblent être favorables, mais la preuve se fera dans le vote". Un habitant de Winston Park, Mike Lorenz, est un ardent défenseur des efforts du re-zonage : "Ces dernières années, plusieurs nouveaux ensembles immobiliers privés ont détruit des marécages et des terres boisées. Nous sommes arrivés ici à cause de la sensation de campagne qui caractérise la zone et nous ferions tout ce qui est possible pour la maintenir ainsi". Lorenz croit que le projet des écosystèmes protègera non seulement Giga Gorge, mais renforcera également la sécurité dans la zone du fait des opportunités d'emplois qu'il crée, lesquelles sont susceptibles de réduire la pauvreté. "La gorge deviendra une Zone recherchée. Je suis heureux de payer de l'argent supplémentaire pour aider ceci à se réaliser", dit-il. "La douleur (financière) doit être supportée à un certain moment pour préserver une région qui est d'une importance environnementale". Toutefois, d'autres résidents ne veulent pas placer la conservation de la nature avant leurs intérêts personnels. "Certaines personnes sont contre le projet parce qu'elles ne pourront plus vendre des parties de leurs terres ou les subdiviser. D'autres ne veulent pas participer au nouveau système de classement", indique Lorenz. Aucun des résidents qui s'opposent au projet de la biodiversité de Giba Gorge ne voulait parler à IPS de ses préoccupations. Il y a un an et demi, de l'argent et des efforts considérables ont été investis dans la conservation de la région. Le ministère des Affaires environnementales et du Tourisme a mis 435.000 dollars à la disposition de la municipalité de eThekwini pour lancer le projet 'Exploiter quatre écosystèmes', lequel a été mis en œuvre par 'Wildlife and Environmental Society of South Africa' (WESSA). WESSA a formé 70 personnes originaires de Tshelimnyama et de Dassenhoek dans la conservation de la nature, notamment la gestion de la réserve, l'enlèvement des plantes exotiques envahissantes, des initiatives contre le braconnage, l'utilisation des herbicides, la gestion de l'incendie, les patrouilles de terrain, les premiers secours de même que le développement et l'entretien des pistes. Giba Gorge est important pour les objectifs de la conservation à cause de son grand nombre de plantes et espèces animales rares et endémiques. Certains des stagiaires ont été ensuite employés comme gardiens de parc et guides touristiques. La municipalité espère que la création des opportunités d'emplois durables réduira également le crime dans la région. Se promener dans la gorge n'a pas été sans danger ces dernières années à cause des taux de crime élevés, de la pose des pièges et des parties de chasse. "Bien que la réserve ait été en grande partie inutilisée à cause des questions de sécurité, il est actuellement plus rassurant d'utiliser la région de la gorge", affirme la gérante du projet WESSA, Sudira Sing. Elle croit que ceci a été possible en grande partie parce que le projet a combiné la planification de la biodiversité avec les préoccupations sociales. "L'aspect social de ce projet est important parce qu'il crée la durabilité à travers la formation des compétences et le renforcement des capacités", admet Errol Douwes, écologiste au département de la gestion environnementale de la municipalité de eThekwini. "A part le fait d'employer des gens pour travailler dans la Giba Gorge, nous les aidons aussi à installer des coopératives pour qu'ils puissent utiliser leurs nouvelles compétences pour travailler dans le secteur privé". Des stagiaires ont été encouragés à planter des arbres indigènes dans leur communauté, par exemple. Six habitants de townships ont créé leurs propres pépinières indigènes pour cultiver et vendre des plantes. "Ce projet a été une très bonne expérience parce qu'il m'a donné l'occasion d'acquérir de nouvelles compétences et de meilleures opportunités pour trouver du travail", souligne Ntombi Ndlovu, l'un des stagiaires gardes de terrain. "Dans ma communauté, la plupart des gens sont sans emploi et ont peu d'instruction". Douwes croit que le projet de conservation de la nature a également le potentiel de rassembler deux communautés opposées de chaque côté de la gorge — les habitants pauvres de Thselimnyama et de Dassenhoek, et les habitants riches de Winston Park. "C'est une occasion pour les gens ayant des conditions sociales très différentes de trouver un terrain d'entente", dit-il.

