LE CAP, 19 sep (IPS) – "Des prisons à travers le monde sont confrontées aux mêmes crises et aux mêmes problèmes que celles en Afrique", déclare Jeremy Sarkin. On peut noter un surpeuplement chronique, des conditions de vie risquées et malsaines, le manque de ressources et la violence sur tous les continents.
"Des prisons asiatiques en général sont plus surpeuplées, et la violence dans les prisons d'Amérique latine est de loin plus atroce et plus courante comparée aux établissements pénitentiaires en Afrique", affirme Sarkin. Sarkin était président de l'organisation de défense, la Commission des droits de l'Homme d'Afrique du Sud dans les années 1990, et vient de publier un livre intitulé 'Droits de l'Homme dans des Prisons africaines'.
Bien que des prisons africaines soient souvent critiquées à cause du présumé nombre élevé de prisonnières, Sarkin a indiqué à IPS que lorsqu'il s'agit de l'incarcération des femmes, le continent africain traîne en bas de la liste. "En moyenne, ce groupe représente entre quatre ou cinq pour cent de toute la population carcérale africaine", explique-t-il. "Dans divers pays en Europe centrale ou en Asie, des femmes représentent parfois dix pour cent du nombre total des détenus". Selon le livre de Sarkin, lequel est une compilation de chapitres écrits par divers experts des droits humains, le Burkina Faso a le pourcentage d'incarcération féminine le plus bas (un pour cent) en Afrique, tandis que le Mozambique a le taux le plus élevé (six pour cent). Au cours des dix dernières années, plusieurs initiatives positives de réforme pénitentiaire ont été entreprises à travers le continent, explique Sarkin. "La Déclaration de Kampala sur les conditions carcérales en Afrique a joué un rôle crucial dans ce domaine', ajoute-t-il. Ce document a été élaboré en 1996 à la suite d'une rencontre de trois jours de délégués venant de 47 pays, notamment des ministres d'Etat, des régisseurs de prisons, des juges et des organisations non gouvernementales (ONG). "Certains gouvernements africains ont modifié leur législation du fait de cette déclaration", poursuit Sarkin. "Ceci a amélioré la situation dans diverses prisons à travers le continent". La Tunisie et la Libye sont de bons exemples. "Pour la première fois, ces deux pays permettent aux organisations des droits de l'Homme telles que Amnesty International d'entrer dans leurs prisons pour surveiller la situation", explique Sarkin. "Ceci constitue une grande amélioration. Jusqu'à un passé récent, personne ne savait ce qui se passait derrière les portes des prisons de ces pays". L'Afrique du Sud a également amélioré les conditions dans ses prisons, affirme Deon van Zyl, juge d'inspection des prisons dans ce pays. "Les conditions ont changé. Notre nouvelle constitution et nouvelle législation qui soutenaient le concept de droits des prisonniers, ont amélioré les conditions essentielles des droits des prisonniers". Victor West confirme cet état de choses. "Beaucoup de choses ont changé au cours de ces dernières années, pourtant la situation est loin d'être idéale". West travaille pour Khulisa, une organisation qui développe et met en œuvre des programmes de réhabilitation, de développement de capacités et de réintégration dans diverses prisons à travers l'Afrique du Sud. Khulisa, qui signifie 'nourrir' dans la langue Zulu, existe depuis dix ans et met l'accent essentiellement sur les prisons rurales. "Toutefois, le fait que des organisations comme Khulisa soient autorisées à travailler avec les détenus est une grande amélioration", ajoute West. "Cela signifie que le département sud-africain des services pénitentiaires a reconnu qu'il ne peut le faire tout seul et qu'il doit impliquer la société civile et nouer des partenariats avec des ONG pour réhabiliter les prisonniers, et pour les transformer en de bons citoyens au lieu de les voir retomber dans le circuit criminel". Malgré ces signes positifs, la situation dans plusieurs prisons africaines demeure peu satisfaisante. "Peu de gouvernements semblent s'intéresser à investir dans les prisonniers. A cela s'ajoute le manque de personnel. Le fait que des membres du personnel soient souvent mal formés n'améliore pas la situation", déclare Sarkin. Dans son chapitre, Lisa Vetten — une chercheuse principale dans un centre de plaidoyer juridique sud-africain, qui s'occupe des violences à l'encontre des femmes — écrit sur les souffrances auxquelles sont confrontées les femmes détenues dans diverses prisons africaines. Dans certains pays, des femmes sont, par exemple, punies plus sévèrement pour adultère que les hommes. Des femmes mariées en République démocratique du Congo (RDC) qui sont coupables d'adultère sont punies de six mois à un an d'emprisonnement, plus une amende, selon Vetten. Des hommes congolais, au contraire, sont rarement punis pour adultère. Des femmes marocaines, qui font un enfant en dehors du mariage, peuvent être emprisonnées jusqu'à un an, à moins qu'elles puissent prouver qu'elles ont été violées. Une autre raison de s'inquiéter est que certaines prisons africaines ne séparent pas les femmes détenues des hommes prisonniers, écrit Vetten : "Dans certaines prisons ougandaises, les femmes ne sont pas séparées des hommes au cours de la journée, mais seulement pendant la nuit… Dans la prison de Natitingou au Bénin, les femmes et les hommes utilisent les mêmes toilettes et douches". Ainsi, les détenues africaines dans plusieurs prisons sont soumises aux abus physiques, psychologiques et sexuels, à la fois des co-détenus et des gardes de prisons, ajoute Vetten. Le surpeuplement des prisons est un autre problème crucial à travers l'Afrique. Le taux d'occupation en Tanzanie, par exemple, serait aussi élevé que 193 pour cent et le Kenya — avec une capacité pénitentiaire de 14.000 détenus et une population carcérale de 50.000 détenus — a un taux d'occupation de 357 pour cent. "Plusieurs services pénitentiaires ont été érigés pendant la période coloniale et pendant que les populations carcérales à travers le continent ont augmenté depuis lors, des prisons n'ont pas connu de rénovation et d'extension", note Sarkin. A la question de savoir si la condamnation alternative pourrait avoir un impact positif sur le surpeuplement, Lucas Muntingh, l'un des auteurs du livre, a dit à IPS : "Les pays qui ont en place un système de condamnation alternative, par exemple l'Ouganda, offrent seulement cette option aux condamnés ayant des peines d'emprisonnement de moins de 12 mois. Ces détenus représentent seulement un petit pourcentage de toute la population carcérale d'une prison. Ceci signifie que la condamnation alternative — par exemple le service communautaire — ne videra pas les prisons". Toutefois, la condamnation alternative peut jouer un rôle important dans la protection des détenus contre les violences carcérales. "Des individus qui ont été condamnés à 12 mois d'emprisonnement ou moins, se retrouvent au bas de la hiérarchie", a déclaré Muntingh à IPS. "Ils sont vulnérables lorsqu'il s'agit, par exemple, de violences collectives. Les autorités peuvent protéger ces condamnés en leur accordant la condamnation alternative".

