HARARE, 17 sep (IPS) – De violents affrontements ont éclaté entre des partisans de l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF) et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) à l'extérieur du 'Rainbow Towers Hotel' suite à la signature d'un accord historique de partage du pouvoir.
Le président Zimbabwéen, Robert Mugabe de la ZANU-PF et les leaders du MDC, Morgan Tsvangirai et Arthur Mutambara, ont signé lundi un accord qui formera un gouvernement inclusif comprenant leurs partis. La signature a été certifiée par des chefs d'Etat et des représentants de 12 pays de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC). Pendant que des dignitaires et des leaders politiques zimbabwéens continuaient de célébrer l'événement à l'intérieur de l'hôtel, les deux groupes de partisans se sont mis à chanter et à danser, scandant les slogans de leurs partis. Ceci a dégénéré en violence comme les partisans ont commencé à s'insulter mutuellement. En quelques minutes, des pierres volaient de chacun des deux groupes. Bien que les unités anti-émeute se soient déplacées rapidement pour maîtriser la situation, des analystes craignent que ceci soit une indication des défis plus grands auxquels seront confrontés les partis en vendant l'accord à leurs partisans. "Ceci montre que les membres ordinaires de ces partis ne sont pas toujours sûrs de leur position dans le nouvel arrangement. Leur mentalité est toujours dans l'ancienne logique où toute personne de l'autre camp était considérée comme un ennemi", a déclaré John Makumbe, un professeur de sciences politiques et un ardent critique du gouvernement.
"Le test réel est dans la répartition des ministères, qui détermine qui détient trop de pouvoir ou trop peu. Je considère cet accord comme un œuf. Les composantes internes sont de très bonnes choses, mais la coquille est très fragile et peut se casser très facilement", a expliqué Makumbe à IPS. "La violence, je pense, a mis en exergue certaines des questions mineures qui pourraient faire ou casser l'accord". Les partis politiques doivent mettre l'intérêt national au-dessus de l'intérêt égoïste et partisan, a affirmé Mutambara dans ses remarques après la signature. Le document est un document de compromis, a-t-il dit, "ce qui est la meilleure mesure à court terme pour nous tirer d'affaire". "Nous avons des gens qui vont travailler ensemble qui étaient des ennemis", a souligné Mutambara. "Ce gouvernement doit prendre certaines décisions douloureuses pour conduire le pays en avant. Des décisions pénibles, des décisions courageuses doivent être prises. Le leadership veut dire rendre populaires des décisions impopulaires. Nous devons donner la promesse de l'accord". "Des gens peuvent demander, comment nous, qui sommes restés ennemis pendant si longtemps, travaillerons ensemble… Transformons nos épées de combat en socs", a affirmé Tsvangirai. "J'ai signé cet accord parce que je crois qu'il représente la meilleure opportunité pour nous… Le chemin qui nous attend est long et ne sera pas facile, il nécessitera de la patience et de la vertu. Je demande aux partisans de la ZANU-PF et du MDC de s'unir en tant que Zimbabwéens pour le bien national".
Le président Mugabe a dit qu'il y a des principes très importants dans l'accord qui doivent être respectés si l'union doit durer. Mugabe a été maintenu chef de l'Etat, mais son pouvoir de contrôle du gouvernement a été réduit considérablement. "Il y a beaucoup de choses dans cet accord que je n'ai pas aimées, et n'aime pas toujours. Il y a également certaines choses dans l'accord qu'il (Tsvangirai) n'a pas aimé, et n'aime pas toujours", a déclaré Mugabe. Intervenant à la cérémonie de signature, le président de l'Union africaine (UA), le président tanzanien Jakaya Kikwete, a indiqué que la signature historique de cet accord est une victoire pour le peuple du Zimbabwe et pour "tous les peuples de la région de la SADC et les peuples du continent". L'activiste des droits civiques, Daniel Molokele, a dit que cet accord pourrait être utilisé "comme un bon point de départ pour nous tous puisque nous essayons de mettre le Zimbabwe en avant". Mais Brian Kagoro, un avocat zimbabwéen des droits de l'Homme basé au Kenya et analyste politique, a déclaré aux journalistes que l'accord n'était "pas la meilleure voie à suivre". "C'était l'un de ces cas uniques où l'un ou l'autre camp était condamné s'ils signaient l'accord, et ils étaient condamnés de la même manière s'ils ne le faisaient pas", a souligné Kagoro. "Aucun arrangement négocié ne représente jamais le meilleur chemin à prendre. Cette exportation du 'Thé du Kenya' de la démocratie négociée ne présage rien de bon pour la démocratie sur le continent. "Elle montre que la volonté du peuple peut être renversée impunément par des hommes forts qui, après avoir perdu des élections, recourent à la politique de l'âge de la pierre qui dépend de qui a la plus grande pierre à lancer ou le plus grand bâton", a-t-il ajouté. Au début de cette année, un arrangement politique a été trouvé au Kenya après une élection contestée en décembre dernier qui a entraîné la mort et le déplacement de milliers de personnes. "Le fait que la même prescription pharmacologique politique imposée aux Kenyans ait été reproduite au Zimbabwe peint une image sombre pour de prochaines élections dans plusieurs pays africains", a déclaré Kagoro. "En tant que processus, les accords de pouvoir négociés au sein des élites valident la politique de droit et de parrainage… La réalité essentielle est plutôt que les gens ne mangent pas la politique, ils demandent de la nourriture, de l'abri et d'autres besoins fondamentaux que les simples chamailleries politiques ne peuvent donner". Le président de l'Assemblée constitutionnelle nationale (NCA), Lovemore Madhuku, partage le même sentiment. Les "voix des personnes ordinaires n'ont pas été représentées dans l'accord", a souligné Madhuku. L'évêque Ancelimo Magaya, un responsable de l'Alliance chrétienne, un regroupement d'églises et d'organisations chrétiennes de la société civile, a déclaré à IPS que les violences qui ont suivi la signature de l'accord ont montré ce qui était "encore enraciné dans les esprits de plusieurs Zimbabwéens". "Il y a encore certaines questions non résolues à aborder, ceci n'est que le commencement. Le défi revient maintenant aux partis respectifs d'inculquer cette compréhension et cette tolérance à leurs partisans", a indiqué Magaya. Dans le cadre de ce nouvel accord, Mugabe sera président et aura deux vice-présidents issus de la ZANU-PF. Tsvangirai assumera le poste de Premier ministre nouvellement créé et aura deux adjoints — Mutambara et Thokozani Khupe. Des 31 ministres que comprend en tout ce gouvernement inclusif, la ZANU-PF en aura 15, le MDC-T, 13 et le MDC-M, trois. Trois ministres — un représentant pour chaque parti — peuvent être désignés en dehors des membres du parlement. Ces trois ministres auront le droit de siéger, de parler et de débattre au parlement, mais ne seront pas autorisés à voter. Seuls 15 ministres auront d'adjoints, à être répartis dans la proportion de 8:6:1 entre la ZANU-PF, le MDC-T et le MDC-M respectivement. Par ailleurs, "Les ministres et les vice-ministres peuvent être relevés de leurs fonctions seulement après consultation des leaders de tous les partis politiques", stipule l'accord. Une personne désignée par le parti qui détenait ce poste avant la vacance l'occupera. Eldred Masunungure, professeur de sciences politiques de l'Université du Zimbabwe, a affirmé que l'affrontement des partisans de la ZANU-PF et du MDC est l'un des premiers signes du "grand défi dont les partis devront convaincre leurs partisans que ceci était en fait un compromis qui valait la peine". "Voilà certaines des questions qui nécessitent maintenant d'être abordées. Mais le fait que nous ayons le consentement des leaders montre que nous avons quelque chose", a dit Masunungure à IPS. Pour des activistes des femmes et de genre, ce n'est pas encore le moment de fêter. "En tant que femmes, nous fêterons lorsque le gouvernement sera annoncé. Jusqu'à cette étape, ce sont seulement les négociateurs et leurs mandants, et vous le savez, il y avait une seule femme dans l'équipe", a souligné Cleopatra Ndlovu, directrice de 'Women in Politics Support Unit' (WiPSU), une organisation non gouvernementale basée à Harare. "L'annonce d'un cabinet nous informera sur là où les femmes sont". En plus de faire pression pour que les femmes constituent un nombre important — au moins 30 pour cent — du gouvernement, Ndlovu a indiqué qu'elles feraient campagne pour que les femmes obtiennent certains ministères clés comme les Finances, les Affaires intérieures et l'Education. "Ceci viendra bientôt après la signature du protocole de la SADC sur le genre. La composition de ce gouvernement montrera l'engagement ou non du Zimbabwe vis-à-vis du protocole. Pour nous, l'annonce du gouvernement est un point de départ".

