COMMERCE-KENYA: Une femme qui brave les obstacles pour gagner 'beaucoup d'argent'

NAIROBI, 11 sep (IPS) – "J'aime le commerce", déclare Sonia Gateri alors qu'elle me fait entrer dans son bureau près du Centre Yaya, dans la capitale kenyane, Nairobi. C'est un après-midi chaud et elle était occupée presque toute la matinée, se préparant pour un voyage en Tanzanie plus tard, le soir.

Gateri travaille comme importatrice dans le commerce d'aliments pour animaux. Cela fait trois ans qu'elle est dans ce commerce, fournissant des ingrédients pour la nourriture des animaux à d'importantes sociétés de mouture dans la capitale de ce pays d'Afrique de l'est. Gateri qualifie ce travail de difficile à cause de la logistique qui est impliquée. Chaque voyage commence par un dépôt d'argent aux fournisseurs dans le pays d'où elle importe. "La première difficulté est que la plupart des banques qu'on trouve au Kenya ne se retrouvent pas dans d'autres pays comme la Tanzanie", déclare-t-elle à IPS.

Heureusement, une banque kenyane a étendu ses activités dans la région d'Afrique orientale, une initiative opportune pour elle. "Autrement, vous devez porter de l'argent en dollars sur vous, ce qui est plutôt risqué ces temps-ci". Des fluctuations dans le taux de change posent également un grand problème : "Cette année, en particulier, le dollar est vraiment élevé. Le shilling du Kenya a beaucoup perdu par rapport à d'autres monnaies. Dans ce sens, cela ne vous arrange pas lorsque vous apportez des choses d'autres pays", explique Gateri à IPS. La destination la plus fréquente de Gateri est la ville portuaire tanzanienne de Mwanza en raison du nombre élevé d'industries qui s'y trouvent. "Vous avez la plus large variété de matières premières à Mwanza. Il y a de la farine de poisson (poisson moulu stérilisé utilisé pour nourrir les poulets), du gâteau de graine de coton, du gâteau de tournesol — tous utilisés pour faire de la nourriture animale". Kenya Airways a introduit un vol vers Mwanza, ce qui lui convient beaucoup. "Je prends parfois Kenya Airways pour aller à Arusha, ensuite à Mwanza… D'autres fois, je vais par bus, par exemple le bus d'Akamba". Elle dépense plus pour le voyage aérien, ce pourquoi il contribue à ce que le transport routier aille bien — contrairement à ce que vivent des commerçants en Afrique australe. Gateri utilise l'Internet pour trouver des usines et des filatures qui fabriquent du gâteau au carvi. Le bouche-à-oreille est une autre source d'information sur ce qui est disponible dans d'autres régions. Elle est en réseau avec d'autres commerçants qui opèrent aussi individuellement. "Je connais certains de ces commerçants et nous comparons les notes. Nous n'avons pas jusqu'ici un syndicat pour les commerçants de nourriture animale. Nous ne nous rencontrons pas en tant que groupe, mais nous nous parlons au moins les uns aux autres". Elle voyage à Mwanza deux fois par mois et parfois y reste pendant une semaine parce qu'elle doit trouver le moyen de transport pour ramener les marchandises au Kenya. Mais c'est le temps le plus long qu'elle ait jamais passé loin de chez elle. "Il est conseillé d'attendre jusqu'à ce que vous voyiez que vos marchandises sont emballées. Jusqu'ici, ils n'ont pas de services où ils emballent vos marchandises dans des conteneurs pour vous les envoyer. Vous devez le faire vous-même". Parfois, une perte est inévitable. "Il y a beaucoup de falsification de substances, spécialement par des usines qui fabriquent le gâteau de graine de coton et le gâteau de tournesol. Ils ont trois qualités parce qu'ils exportent également en Europe. Parfois, ils s'embrouillent et vous vendent la mauvaise qualité — troisième qualité à votre insu. "Cela m'est arrivé une fois. J'ai eu la troisième qualité et m'en suis rendu compte que quand je l'ai apportée au laboratoire", affirme-t-elle à IPS.

Elle a fini par perdre de l'argent parce qu'elle devait la vendre à un prix plus bas. Toutefois, lorsque ce genre de choses arrive, le dédommagement est payé lors de la prochaine transaction. La bête noire de Gateri est la concurrence venant des commerçants de la région. "Il y a beaucoup de concurrence en provenance d'autres pays. Par exemple, des commerçants du Rwanda et du Congo viennent acheter les mêmes substances, il y a beaucoup de concurrence et pourtant, ils vendent à des prix plus élevés dans leurs pays. "Des Tanzaniens, par exemple, veulent gagner très peu d'argent. Je pense que le coût de la vie dans leur pays est très bas. Alors, ils viennent et baissent leurs prix, ils détruisent le commerce. "Ils ne recherchent pas beaucoup d'argent. Le shilling du Kenya est assez fort dans la région, donc ils peuvent réaliser de profit". Ils le font au détriment des commerçants comme Gateri. Toutefois, elle est venue à bout de ces problèmes à travers les contacts d'affaires qu'elle a noués. Elle est une fournisseuse régulière de certaines usines qui sont devenues ses clients. Des commerçants étrangers ne peuvent pas accéder à ces réseaux. Elle a commencé par obtenir un bon de commande locale. Maintenant, elle a des clients réguliers qui continuent de l'appeler pour des commandes. "Chaque mois, je dois fournir 100 tonnes de nourriture. De nos jours, je sais déjà où prendre les choses", déclare-t-elle à IPS. Gateri a un entrepôt dans la zone industrielle de Nairobi où elle met ses excédents lorsqu'elle apporte des produits sans une commande. Elle vend ceux-ci aux plus petits meuniers dans les environs de la capitale. Elle a étudié pour l'obtention d'un diplôme d'études en botanique et en zoologie à l'Université Kenyatta du Kenya. Ella a eu l'idée de ce commerce grâce à un ami et cela n'a fait qu'aller de mieux en mieux pour elle. Elle dit qu'elle aime son travail, en partie parce qu'elle récupère vite son argent, avec des bénéfices. Cette commerçante entreprenante et mère d'un enfant s'aventure parfois dans le commerce du ciment. Elle a exporté du ciment dans des pays voisins et est retournée avec de la nourriture. Gateri aimerait étendre ses affaires pour importer des quantités plus grandes, de même que diversifier les provisions. Mais elle ne tient pas à explorer des marchés plus lointains. "Il y a beaucoup de demande en Afrique du Sud. Mais, j’hésite à m'aventurer là-bas parce cela prend beaucoup de temps et je ne suis pas sûre de ce que j'y trouverai".