TOUMODI, centre de la Côte d'Ivoire, 3 juin (IPS) – Depuis environ un an, le voyageur, qui partait de la capitale économique ivoirienne, Abidjan, pour la capitale politique, Yamoussoukro, était frappé par une absence quasi-totale d'arbres dans le département de Toumodi situé à mi-parcours. La savane arborée avait fait place à des espaces nus.
Aujourd'hui, les anciens milliers d'hectares désertiques parce que ravagés par des feux de brousse ou des activités agricoles, font désormais place à de vastes étendues de petits plants de tecks. “Personne n'y croit encore, mais la réalité est que le futur forestier de notre département est garanti”, déclare à IPS, Mathurin Kouadio, 48 ans, propriétaire de cinq hectares de tecks reboisés.
Adhérant de l'opération “Epargne verte”, lancée en juillet dernier par le chef de l'Etat ivoirien Laurent Gbagbo, Kouadio veut continuer à planter des arbres sur le reste des deux hectares qui lui appartiennent. “Dans quelques années, j'espère tirer les dividendes de mon action. Mais le plus important est de sauver le pays de l'avancée du désert”, indique-t-il.
Initiée, depuis environ un an par le gouvernement ivoirien sur l'ensemble de ce pays d'Afrique de l'ouest, l'opération “Epargne verte” vise à lutter contre la déforestation. Pour inciter les populations au reboisement, le gouvernement a présenté le projet comme un investissement à revenu financier important dans un bref délai.
Les planteurs qui y adhèrent au projet le font avec leurs ressources personnelles. Pour ceux qui n'ont pas les moyens d'acheter des petits plants de tecks à planter, ils se regroupent en coopérative pour le faire.
“Aux populations, nous avons fait comprendre que la forêt ne doit plus être perçue comme un ennemi qui prend de l'espace contre leur agriculture, mais plutôt comme un allié qui pourrait les aider à obtenir un revenu supplémentaire et constituer aussi un héritage vert pour eux et leurs descendants”, souligne à IPS, le colonel Oka Yao, directeur régional des Eaux et forêts de Bondoukou, dans l'est de la Côte d'Ivoire.
Selon Yao, un investissement de 2.000 dollars en trois ans sur un hectare de teck, rapporte au bout de 20 ans un bénéfice de 50.000 dollars. Il ajoute que dans cette région du pays, une superficie globale de 35,5 hectares a pu être reboisée dans le cadre de l'opération Epargne verte. Ce qui a permis à la région de Bondoukou d'atteindre son objectif initial global de reboisement fixé à 8.419 hectares depuis 1997.
Dans le village de Kpessou (département de Toumodi), une opération de reboisement de 250 hectares de tecks est en cours pour reconstituer à terme le couvert végétal. "C'est un projet qui entre dans le cadre du développement de la région et nous avons demandé aux populations de libérer les terres afin de les louer à ceux qui sont intéressés par l'opération", affirme le préfet du département, André Assoumou.
Toutefois, si le projet est prometteur pour l'avenir, les moyens d'y parvenir ne sont pas disponibles pour les populations. “Le manque de moyens financiers pour des particuliers constitue un problème majeur”, rapporte à IPS, Innocent Gnanbé, responsable de l'organisation non gouvernementale “SOS reboisement”, basée à Abidjan. “Pour certains personnes, il faut de l'argent pour acheter les plants à reboiser. Mais si elles n'en ont pas, que doivent-elles faire?”, interroge-t-il.
Selon Gnanbé, “L'opération est adoptée par de nombreuses populations. Mais plusieurs initiatives personnelles ou associatives sont freinées en raison du manque de moyens financiers ou encore d'espaces pour le reboisement”.
La Côte d'Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays depuis près de six ans. Des ex-soldats de l'armée régulière avaient pris les armes le 19 septembre 2002 pour lutter contre l'exclusion présumée des populations de cette partie du pays. Après des années de négociation entre les parties en conflit, le pays est engagé sur la voie de la paix et devrait organiser une élection présidentielle le 30 novembre prochain.
Durant cinq années de conflit civil, la question environnementale ne semblait pas préoccuper les autorités ivoiriennes, selon des écologistes. En juillet 2007, le président Gbagbo avait déploré “l'exploitation abusive de la forêt en Côte d'Ivoire”, confirmant ainsi la menace de la désertification annoncée par des organisations de défense de l'environnement. De son côté, le ministère ivoirien de l'Environnement annonçait que près de 300.000 hectares de forêts disparaissaient chaque année. Le pays est passé de 16 millions d'hectares de forêts dans les années 1960, à six millions d'hectares en 2008. Une situation qui a amené le chef de l'Etat à être personnellement présent à la cérémonie de lancement de l'opération “Epargne verte” dans son village natal à Mama, dans le centre-ouest du pays.
Dix mois après le lancement du projet et à la veille de la Journée mondiale de l'environnement (5 juin), le ministère de l'Environnement affirme que l'opération est un succès. Il enregistre, en collaboration avec la Société de développement des forêts en Côte d'Ivoire (SODEFOR) — une entreprise publique chargée de la gestion des forêts — le reboisement de 8.000 hectares de tecks (Tectona Grandis), 3.000 hectares de Fraké (Termita Superba) et 2.000 hectares de Famiré (Terminalia Ivorensis).
La SODEFOR, qui encadre les initiatives privées dans la mise en œuvre de “l'Epargne verte”, envisage également d'y participer directement dans les mois à venir avec le reboisement d'une superficie de 6.000 hectares de différents plants. “Il y aura 2.000 hectares concernant la régénération des parcelles de tecks après exploitation, 1.500 hectares consacrés aux plantations agricoles des forêts classées dans le cadre de la mise en œuvre de la contractualisation des occupations agricoles, et 2.500 hectares de reboisement industriel”, explique à IPS, Patrice Gnadja, le responsable à la communication de la SODEFOR.

