NATIONS UNIES, 16 mai (IPS) – Les spécialistes de la lutte antiterroriste s'interrogent sur les sources possibles de financement du terrorisme dans le monde afin de pouvoir lutter efficacement contre cette menace qui s'étend partout.
Après l'Amérique et l'Europe, l'Asie et l'Afrique sont également touchées par le terrorisme sous ses différentes formes. Ainsi, il y a autant de définitions possibles du terrorisme que d'explications. Il existe des terrorismes mafieux, ou d'inspiration politique et religieuse.
Joël Sollier, expert antiterroriste au Comité du contre-terrorisme du Conseil de sécurité des Nations Unies, à New York, explique à IPS: "Depuis plusieurs années, le terrorisme est devenu un sujet de l'actualité quotidienne…sa propagation à l'ensemble de la planète génère une réponse aux nombreux acteurs de la vie internationale. Le contre-terrorisme est en tout premier lieu l'affaire des Etats qui répondent de manière plus ou moins ordonnée à cette atteinte à leur sécurité".
Sollier, qui est français et magistrat de l'ordre judiciaire, est également officier de réserve dans l'armée de l'air. Après avoir occupé différents postes juridictionnels, il s'oriente vers les activités judiciaires internationales. Peu après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, il rejoint le Comité du contre-terrorisme du Conseil de sécurité des Nations Unies en tant que conseiller. Il est chargé de veiller à la mise en œuvre des obligations internationales édictées par le Conseil de sécurité en matière de lutte antiterroriste. Dorothée Maire a interviewé Sollier pour IPS à l'ONU, à New York, sur ce sujet sensible et la lutte antiterroriste. IPS: Comment la lutte antiterroriste est-elle menée dans le monde?
Joël Sollier (JS) : Chaque pays a bien sûr une politique nationale spécifique en matière de lutte antiterroriste. Néanmoins, le phénomène nouveau, en ce domaine, est que depuis le 11 septembre 2001, tous les pays ou presque ont développé des politiques antiterroristes. Jusqu'à cette date, seuls les pays directement confrontés au terrorisme étaient dotés d'un arsenal législatif et institutionnel antiterroriste, mais c'était loin d'être le cas général, y compris au sein des pays développés. C'est donc la gravité de la menace, le développement récent du phénomène terroriste et les actions incitatives menées à l'échelle internationale, notamment celle de l'ONU, qui ont conduit à cette situation nouvelle.
IPS: Comment le Conseil de sécurité coopère-t-il avec l'Assemblée générale sur cette question à l'ONU?
JS : En premier lieu, le Conseil de sécurité a, pour l'essentiel, repris à son compte de nombreuses résolutions de l'Assemblée générale, certaines remontant au tout début des années 1970. Il leur a donné une actualité et une force juridique nouvelle. Deuxièmement, le conseil a fortement encouragé à la ratification, par les Etats, de toute une série de conventions antiterroristes internationales dont la plupart émanent des travaux de l'Assemblée générale. Enfin, le conseil participe aux initiatives de l'Assemblée générale comme l'adoption en 2006 d'une Stratégie globale contre le terrorisme (The Global Counter-Terrorism Strategy). IPS: Peut-on parler d'une “stigmatisation” des terroristes musulmans?
JS : Je ne pense pas que l'on puisse dire qu'il existe une “stigmatisation des terroristes musulmans” dans le sens où les politiques multilatérales ne visent en particulier aucune religion, ou groupe culturel spécifique. Néanmoins, il est vrai qu'à l'heure actuelle, l'actualité met en avant l'action de groupes extrémistes islamistes qui recourent au terrorisme. Les attentats les plus spectaculaires et les plus meurtriers émanent de ce courant et notamment de l'action d'Al-Qaeda. Cette situation n'est pas nouvelle; ainsi dans les années 1970, le terrorisme était essentiellement attribué aux groupes palestiniens (Septembre noir, par exemple) ou encore aux groupes révolutionnaires en Europe (Action directe, Rote Arme Fraktion, Brigades rouges), alors même que le terrorisme a toujours été multiforme et réalisé, hier comme aujourd'hui, par une grande variété de groupes.
IPS: Quelles sont les politiques des grandes puissances en matière de terrorisme?
JS : Elles sont en fait assez différentes, même si bien sûr, il y a certaines similarités car la lutte antiterroriste fait appel à des outils incontournables comme l'action des services de renseignements, le recours à des unités de police spéciale ou la coopération internationale. Il y a tout de même un modèle, je dirai, d'inspiration occidentale qui se distingue des autres et qui s'explique par une tradition juridique propre où l'action de l'Etat est très encadrée par le juge et une approche des phénomènes criminels, particulièrement axée sur la prévention. La politique antiterroriste varie également selon que les Etats sont confrontés à un terrorisme émanant de groupes indépendantistes (Russie, Chine) ou plutôt à un terrorisme international 'djihadiste' (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France). Dans les années récentes, un pays comme la Grande-Bretagne a surmonté le terrorisme irlandais par la répression, mais aussi en développant un processus politique qui a permis une résolution du problème. Cette approche n'est pas nécessairement partagée par tous.
IPS: Y a-t-il une spécificité française dans la lutte antiterroriste?
JS : Je ne peux pas parler à la place des autorités françaises, mais je soulignerai certains aspects bien connus des spécialistes, comme la centralisation des enquêtes et des poursuites en France. De même, la très grande spécialisation de l'ensemble des acteurs de la lutte antiterroriste est à noter tant au niveau des services de renseignements ou de police qu'au niveau de la justice, avec des juges et des procureurs spécialisés. Enfin, je citerai la bonne coopération du système judiciaire avec les services de renseignements, qui favorise l'action préventive et permet d'agir dès que des indices sérieux de préparation d'attentats sont réunis. Le système français bénéficie, je crois, d'une bonne réputation au niveau international, et son efficacité ne se fait pas au détriment du respect de l'Etat de droit.

