DAR ES SALAAM, 18 fév (IPS) – Le président des Etats-Unis George W. Bush, lors d'une tournée dans cinq nations d'Afrique, a félicité les efforts de lutte contre la corruption du président de la Tanzanie, Jakaya Kikwete, dont le gouvernement reçoit une aide substantielle de Washington.
"Vous êtes un dirigeant fort", a déclaré Bush dimanche lors d'une conférence de presse donnée avec Kikwete dans la capitale économique tanzanienne, Dar es Salaam. "Je le dirai simplement sans ménagements : l'Amérique ne veut pas dépenser de l'argent sur des gens qui volent cet argent".
Les Etats-Unis, le plus grand donateur de la Tanzanie, offriront cette année 662 millions de dollars à cette nation d'Afrique de l'est, selon une fiche d'informations fournie par l'ambassade des Etats-Unis.
Kikwete a été élu en 2005 sur les promesses de combattre la corruption. Il a limogé le gouverneur de la Banque de Tanzanie Daudi Ballali en janvier après qu'un audit a découvert que l'institution avait fait des paiements illicites de 116 millions de dollars à 22 sociétés. Ce mois, Edward Lowassa s'est retiré en tant que Premier ministre, et un nouveau cabinet a été formé le 13 février, après qu'une enquête publique a impliqué des ministres clés dans un scandale énergétique de 179 millions de dollars. Bush et sa femme, Laura, sont arrivés à Dar es Salaam samedi et ont été accueillis par un grand nombre de troupes de danse à l'aéroport, et des milliers d'habitants qui se sont entassés dans les rues pour ovationner le cortège de voitures présidentiel. Des panneaux d'affichage sur les routes principales indiquent "Longue vie aux amis Etats-Unis et Tanzanie", pendant que certaines femmes du centre d'affaires de la ville ont mis des kangas aux couleurs vives cousus avec des images de Bush (un kanga est un genre de sarong porté traditionnellement dans cette région). Plus tôt, Bush a marqué le premier arrêt de sa tournée de six jours au Bénin, et ira ensuite au Rwanda, au Libéria et au Ghana. Les pays inclus dans la visite ont été choisis en vertu de leurs preuves dans la bonne gouvernance, avec Bush qui dit qu'il voulait attirer l'attention sur des histoires de réussite sur le continent souvent associé au désespoir.
Le voyage consiste à "annoncer le bon leadership, à annoncer la gestion honnête et met l'accent sur notre aide aux efforts des populations locales à s'attaquer au paludisme et au SIDA", a souligné le dirigeant américain. Bush a récemment demandé au Congrès d'accroître et de doubler le financement pour son programme de lutte contre le SIDA de cinq ans, s'élevant à 15 milliards de dollars et connu sous le nom du Programme d'urgence du président pour l'aide au SIDA (PEPFAR).
Cette initiative, dévoilée lors de son allocution de 2003 sur l'état de l'Union, fournit des médicaments anti-rétroviraux et d'autres traitements aux malades du VIH dans des pays en développement, et vise également à réduire les taux d'infection à travers ce qui est dénommé l'approche "ABC" : s'abstenir, être fidèle et utiliser des préservatifs. Toutefois, des critiques estiment que le PEPFAR met trop d'accent sur l'abstinence et la fidélité, tout en minimisant l'importance des préservatifs dans la prévention de la propagation du VIH. Bush a également été le fer de lance de l'initiative contre le paludisme de 1,2 milliard de dollars, qui utilise des solutions simples comme la distribution des moustiquaires pour réduire les décès dus au paludisme dans des pays pauvres.
La Tanzanie doit recevoir 334 millions de dollars dans le budget de 2008 des Etats-Unis conformément à ces deux programmes, a affirmé le chargé des affaires publiques de l'ambassade des Etats-Unis, Jeffery Salaiz. Le pays a aussi reçu une subvention de 698 millions de dollars sur cinq ans de la part de la 'Millenium Challenge Corporation' (MCC) — une institution du gouvernement des Etats-Unis — pour moderniser les infrastructures d'électricité, d'eau et de routes. La MCC alloue des fonds aux nations qui font preuve de bonne gouvernance et de politiques économiques solides. En Tanzanie, Bush devait visiter les projets financés par les Etats-Unis, y compris des hôpitaux, des écoles et une industrie textile qui produit 16 millions de moustiquaires pour la lutte contre le paludisme chaque année.
Des pays en proie à des troubles Bush a eu également des discussions dimanche avec Kikwete, élu président de l'Union africaine ce mois, au sujet des divers points chauds politiques en Afrique, notamment le Kenya, le Zimbabwe et le Soudan. La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice est partie au Kenya ce lundi pour aider à résoudre une crise déclenchée par les élections présidentielles contestées qui ont engendré plus de 1.000 décès et le déplacement d'au moins 600.000 personnes, selon les Nations Unies.
Des discussions sont en cours actuellement entre les camps du président Mwai Kibaki et de son principal challenger dans le scrutin du 27 décembre, Raila Odinga, qui soutient que l'élection a été truquée — avec l'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan comme médiateur. Des observateurs internationaux ont également exprimé un malaise au sujet de l'élection présidentielle. Concernant le Zimbabwe, Bush a demandé des élections générales libres et transparentes dans cette nation d'Afrique australe, qui a prévu les élections pour le mois prochain. Des élections législatives et présidentielles récentes au Zimbabwe ont été gâchées par des violences et des allégations de truquage du scrutin, avec des préoccupations au sujet du scrutin présidentiel de 2002 qui ont conduit à la suspension du pays du Commonwealth. Le président Robert Mugabe est davantage critiqué pour le déclin économique au Zimbabwe, actuellement paralysé par une hyper-inflation, le chômage généralisé et des pénuries de vivres. Abordant la situation au Soudan, Bush a défendu l'introduction des sanctions américaines contre le gouvernement de Khartoum. Avec des milices pro-gouvernementales, Khartoum est accusé de crimes de guerre dans la région occidentale du Darfour, où divers groupes rebelles combattaient depuis 2003. Le conflit a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes et chassé des millions d'autres de leurs maisons, dans ce que les Etats-Unis ont qualifié de génocide dans le passé. Des critiques s’expriment franchement Bush n'a pas reçu un accueil chaleureux partout en Tanzanie.
Le vendredi, plusieurs centaines de musulmans ont manifesté à Dar es Salaam — certains hissant des symboles qui indiquent "l'Amérique est un vampire" et mettant le feu à un drapeau américain — pour protester contre le président et ses efforts pour combattre le terrorisme.
Des groupes d'étudiants et des professeurs d'université ont annulé une manifestation prévue après que la police locale a dit qu'il n'y avait pas suffisamment de personnel de sécurité disponible pour surveiller le rassemblement. Toutefois, l'Assemblée du personnel académique de l'Université de Dar es Salaam a publié une déclaration critiquant Bush pour avoir échoué à soulager les souffrances des Africains-Américains. "La Tanzanie ne peut rien apprendre de bon des Etats-Unis parce que, sous l'administration Bush, les droits des Africains-Américains sont en permanence violés, le nombre de prisonniers en provenance des communautés noires augmente et les services sociaux se dégradent", souligne la déclaration.

