BRUXELLES, 1 fév (IPS) – Conscient que des questions commerciales étaient devenues une principale source de frictions entre les pays africains et leurs anciens maîtres coloniaux, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a tendu un rameau d'olivier en décembre.
Au cours d'une rencontre au sommet des dirigeants africains et de l'Union européenne à Lisbonne, au Portugal, Barroso a promis qu'il y aurait une possibilité de réviser les dispositions des Accords de partenariat économique (APE) signés entre les deux parties au cours de ces quelques derniers mois.
Bien qu'on ait confié la responsabilité à Peter Mandelson, le commissaire au commerce de l'Union européenne (UE), de superviser les négociations des APE, Barroso a indiqué qu'il adopterait personnellement une approche plus pratique à leur égard cette année, en convoquant des discussions de haut niveau. Cette décision faisait suite à une pluie d'accusations selon lesquelles Mandelson avait eu recours aux tactiques oppressives pendant les négociations, en particulier en menaçant d'imposer des taxes punitives sur certaines exportations africaines vers l'Europe si les APE n'étaient pas conclus à la fin de 2007.
"Le président a pris l'engagement d'intervenir en personne", a déclaré à IPS dans l'anonymat, un initié de la Commission européenne. "Il n'y a encore aucune date. Le sentiment, c'est que c'est un peu comme une balle en argent, vous ne pouvez la tirer qu'une seule fois, donc vous devez choisir le bon moment". La source a également suggéré que la contribution de Barroso "devrait être plus que symbolique" et devrait être destinée à enlever les obstacles à la conclusion fructueuse de’accords commerciaux à long terme. Trente-cinq APE ont été conclus avec les environ 80 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) qui négocient avec la commission. Mais la plupart de ces accords sont dénommés "accords intérimaires" et se limitent principalement au commerce des biens. Des discussions visant à les étendre à la libéralisation des services et aux règles sur l'investissement, la propriété intellectuelle et les marchés publics devaient se poursuivre. Finalement, la menace de Mandelson d'augmenter les tarifs imposés sur les exportations des biens africains vers l'Europe n'a pas été mise à exécution. Ceci était en grande partie dû au fait que 32 des gouvernements, qui ont refusé de signer les APE, sont officiellement reconnus comme des pays moins avancés et sont éligibles à un programme appelé 'Tout sauf les armes' qui permet à leurs biens d'entrer gratuitement sur les marchés de l'UE.
Les pays africains plus riches qui ont refusé de signer ont en général échappé également à la "punition". Dans le cas du Nigeria par exemple, cela est dû au fait qu'il est le cinquième plus grand producteur du pétrole au monde. Des exportations du pétrole ne risquaient pas de tarifs plus élevés au cas où aucun APE ne serait signé. Malgré l'absence d'interruption dans le commerce, des figures politiques et diplomatiques en Europe et en Afrique reconnaissent que beaucoup de mal a été fait à la relation entre les deux continents. "Les quelques dernières semaines de 2007 ont été très pénibles", a affirmé l'ambassadeur de l'Ile Maurice à l'UE, Satiawan Gunessee, ajoutant que la partie européenne "a créé beaucoup de pression et de méfiance dans le processus".
Bien qu'un APE d'une grande portée ait été conclu entre l'UE et 15 pays des Caraïbes, il a averti que la pression ne doit pas être mise sur les gouvernements africains pour signer un accord similaire. L'accord caribéen couvre des questions relatives à l'investissement et la libéralisation des services que plusieurs pays africains ont cherché à exclure du champ des discussions de l'APE.
Glenys Kinnock, une députée socialiste galloise membre du Parlement européen (MPE), a indiqué que les négociations ont créé une "acrimonie terrible" entre l'Europe et le bloc ACP.
Son collègue MPE, Vitorrio Agnoletto d'Italie, a noté que pendant que l'UE traitait avec un nombre de configurations régionales en Afrique, elle a décidé de poursuivre les accords avec des pays individuels vers la fin de l'année dernière. En Afrique de l'ouest par exemple, des accords ont été réalisés seulement avec le Ghana et la Côte d'Ivoire. "La commission a pu appliquer le concept de diviser pour régner", a ajouté Agnoletto. "Je pense que ceci est la logique que la Commission européenne continuera à suivre". Paul Goodison de l'Office européen de recherche, qui surveille les politiques économiques de l'Europe, a exhorté les politiciens africains à rester vigilants dans les mois à venir.
Il a exprimé sa préoccupation sur les efforts qui sont en train d'être faits par la commission pour empêcher les pays d'Afrique australe d'appliquer les taxes d'exportation, qui sont destinées à assurer que les matières premières soient traitées sur place. Dans le secteur du bœuf en Namibie, a-t-il indiqué, de telles taxes ont aidé à apporter un niveau plus élevé de sophistication. Bien que le bétail vivant soit exporté "sur pied" vers l'Afrique du Sud voisine, la Namibie a utilisé des mesures fiscales pour assurer que les animaux soient d'abord abattus et pour construire une industrie d'abattage et de cuir. "Des milliers de nouveaux emplois ont été créés", a souligné Goodison. "Mais les Namibiens craignent que leur habilité à utiliser des mesures fiscales ne soit compromise à cause des dispositions de l'APE".
Dans tous les APE "intérimaires", des pays africains ont pris l'engagement d'éliminer les tarifs qu'ils imposent sur les biens venant d'Europe.
Le porte-parole de Oxfam, Luis Morago, a déclaré que des préoccupations demeurent, selon lesquelles ces accords conduiront à une perte considérable des recettes du gouvernement échues aux tarifs, de même qu'à une perte d'emplois et de marge de manœuvre dans la capacité à adopter des politiques qui garantiront le développement social et économique des pays africains. "Le président Barroso a suggéré une rencontre EU-Afrique de haut niveau en vue de ramener l'aspect régional des APE", a ajouté Morago. "Nous demandons que cette opportunité soit utilisée maintenant qu'il y a moins de pression du temps. La dose correcte de flexibilité pourrait permettre aux pays africains de poursuivre l'intégration régionale et de mettre le développement au centre du processus".

