SANTE-KENYA: Plusieurs firmes ignorent toujours l'essentiel sur le VIH

NAIROBI, 5 déc (IPS) – Le VIH/SIDA fauche les travailleurs dans la fleur de l'âge, emportant dans la tombe une richesse de formation et d'expériences que les entreprises ne peuvent se permettre de perdre.

La productivité réduite, l'absentéisme au travail et des factures médicales élevées ébranlent davantage le secteur privé — où tout le monde pose la question : le patronat est-il suffisamment actif pour aider à lutter contre le SIDA? Au Kenya, l'image est mitigée.

Seulement environ 20 pour cent des entreprises — en majorité de grandes firmes — s'attaquent au SIDA sur le lieu de travail, a déclaré Titus Ruhiu, président directeur général de la Chambre nationale du commerce et d'industrie. Les 80 pour cent restant n'ont rien de concret à dire, a-t-il dit à IPS.

Cette situation n'est pas liée au désir d'avoir des conseils dans ce pays d'Afrique de l'est où la prévalence du VIH chez les adultes se situe à 6,1 pour cent, selon le site Internet du Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA).

La Fédération patronale du Kenya, autorisée par le gouvernement à conduire la lutte contre le SIDA sur le lieu de travail, a rédigé un code de conduite sur la pandémie.

Ce code demande aux patrons de fournir des informations aux travailleurs sur le VIH/SIDA et de respecter les droits des employés séropositifs, en assurant que ceux qui ont contracté le virus ne subissent pas de discrimination. Il est difficile d'imaginer comment plusieurs travailleurs ont pu être renvoyés à cause de leur statut : il n'y a pas de statistiques sur cette question, a indiqué Caroline Kasina — coordinatrice des programmes au 'Labour Awareness and Resource Programme', une organisation non gouvernementale (ONG) à Nairobi — comme des gens sont "réticents à se déclarer ouvertement par peur d'une autre stigmatisation". Même quand des politiques sont en place, il n'y a aucune garantie qu'elles seront convenablement mises en application.

"Certaines politiques du lieu de travail sont bonnes sur papier, mais elles sont à peine soucieuses des travailleurs. Dans certains cas, des employés ignorent même l'existence de telles politiques", a affirmé Kasina à IPS.

Dans d'autres cas, où le traitement est également disponible, "des choses simples comme la vie privée ne sont pas prises en compte quand une société met de côté un jour spécifique (pour les travailleurs) pour prendre des médicaments", a-t-elle ajouté. "Ceux qui ne se sont pas déclarés ouvertement (concernant leur statut) n'iront pas demander les médicaments par peur de la stigmatisation s'ils sont vus par des collègues". Sur une note plus positive, certaines entreprises font attention au besoin de discrétion, assurant même que les employés séropositifs qui reçoivent le traitement soient identifiés par des numéros plutôt que par des noms. En outre, l'Organisation centrale des syndicats a combiné ses forces avec le secteur privé et le gouvernement pour assurer que les employés — de même que les patrons — ne subissent pas de discrimination à cause de leur statut séropositif.

"Nous avons perdu plusieurs travailleurs à cause du SIDA. Beaucoup plus sont affectés. Les syndicats ne peuvent pas se permettre de croiser les bras et de regarder", a déclaré à IPS, George Odiko, secrétaire général adjoint de la centrale syndicale. Conformément à cette initiative, des travailleurs reçoivent une éducation sur leurs droits à travers ce qu'on appelle des "cercles d'étude" : des responsables syndicaux dans diverses sociétés sont informés sur la pandémie, et ils partagent ensuite cette connaissance avec leurs collègues. Ces responsables essaient de parler et d'encourager les travailleurs infectés. Des directeurs de sociétés kenyanes ont également pris part à une semaine d'assistance socio-psychologique et de dépistage sur le VIH, qui s'est tenue du 26 novembre au 1er décembre, la Journée mondiale de lutte contre le SIDA. Pour 2007, la journée a servi à souligner le rôle du leadership pour aider à "Arrêter le SIDA. Tenir la promesse". Ce slogan partagé par tout le monde a été adopté pour la Journée mondiale du SIDA de 2005 à 2010 par la Campagne mondiale de lutte contre le SIDA (WAC) pour pousser les dirigeants à tenir leurs promesses concernant la pandémie — notamment l'engagement de 2005 pris par les nations membres de l'ONU de permettre à tout le monde d'accéder au traitement d'ici à 2010. Initialement gérée par l'ONUSIDA, la WAC est actuellement une ONG indépendante. La campagne est chargée de choisir le thème de la Journée mondiale de lutte contre le SIDA.

Le leadership dans la maîtrise de la pandémie n'est pas seulement perçu comme une responsabilité du gouvernement.

"Soutenir le leadership et accélérer les mesures contre le VIH ne sont pas seulement l'affaire des hommes politiques. Cela implique des responsables religieux, des responsables de communauté, des jeunes et du conseil municipal, des directeurs généraux et des responsables syndicaux", a indiqué Peter Piot, directeur exécutif de l'ONUSIDA dans son message pour la Journée mondiale de lutte contre le SIDA. "Plus de 2,5 millions de personnes dans des pays en développement reçoivent actuellement des médicaments anti-rétroviraux chargés de prolonger la vie. Les infections du VIH dans plusieurs pays sont en train de baisser. Le défit actuel est de maintenir ce leadership, de maintenir le SIDA en tête de leur programme et d'accélérer des mesures aux niveaux national et local. Tout relâchement du leadership serait fatal". Ces sentiments sont repris dans la déclaration de Juan Somavia, directeur général de l'Organisation internationale du travail, lors de la Journée mondiale de lutte contre le SIDA. "Le lieu de travail est un moyen fondamental pour lutter contre la stigmatisation, promouvoir la prévention, tendre vers la fourniture de soins et de soutien", déclare-t-il. Plus de 60 pour cent de toutes les personnes qui ont contracté le VIH — presque 26 millions — vivent en Afrique subsaharienne, selon l'ONUSIDA.

Ce chiffre est largement hors de proportion avec le pourcentage de la population mondiale qu'abrite la région : environ 10 pour cent.