DAR ES SALAAM, 30 nov (IPS) – Le dynamisme vers l'intégration régionale en Afrique de l'est a reçu l'encouragement des Etats-Unis il y a deux semaines, avec le ministre des Finances des Etats-Unis, Henry Paulson, déclarant qu'elle devrait relancer la croissance économique dans le bloc des cinq membres de l'Afrique de l'est.
"C'est une région qui a fait montre d'une grande croissance économique au cours des deux dernières années", a déclaré aux journalistes Paulson au milieu de ce mois à Arusha, en Tanzanie, à la suite d'une réunion avec les ministres des Finances de l'Afrique de l'est. "L'intégration économique est une force très puissante". La Communauté de l'Afrique de l'est (EAC), comprenant l'Ouganda, le Kenya et la Tanzanie, de même que des nouveaux venus comme le Rwanda et le Burundi, a créé une union douanière en 2005 qui réduit les taxes sur la plupart des exportations au sein de la région. Ces cinq nations envisagent de renforcer des liens commerciaux avec l'introduction d'un marché commun d'ici à 2010 et ensuite d'adopter une monnaie unique à l'instar de l'Union européenne. L'objectif final est de réaliser une coopération politique plus proche avec un parlement régional et un président gouvernant une Fédération de l'Afrique de l'est.
Paulson a dit qu'il soutenait le mouvement pour que des nations d'Afrique de l'est travaillent ensemble plutôt que chacune de son côté.
"L'intégration économique est très importante", a souligné Paulson. "C'est une grande région dans laquelle il faut investir et elle dispose de potentialités réelles".
Une première priorité pour le bloc devrait être l'harmonisation des marchés vendant des stocks et des titres dans le but de stimuler une croissance "équilibrée et inclusive", a-t-il indiqué.
Déjà, le Kenya et l'Ouganda ont décidé de combiner leurs bourses des valeurs dans deux ans et la Tanzanie envisage la possibilité de se joindre à eux.
Une campagne pour augmenter le financement des projets d'infrastructures devrait également figurer en tête de l'ordre du jour de l'EAC, a ajouté Paulson.
La dégradation des routes, des ports et des lignes ferroviaires retarde l'expédition des biens et augmente le coût des affaires à travers la région, indique un sondage du Conseil commercial de l'Afrique de l'est. Des approvisionnements en électricité inconsistants peuvent retarder ou même réduire la production, nuire au commerce, dit-il. En septembre, la 'Millenium Challenge Corporation' (MCC) a accordé 698 millions de dollars à la Tanzanie, son plus grand don à ce jour, pour réhabiliter les réseaux électriques, moderniser les routes et favoriser l'approvisionnement en eau potable. La MCC, une initiative de lutte contre la pauvreté lancée par le président américain George W. Bush, vise à améliorer les infrastructures et à accélérer la croissance économique en Tanzanie avec un programme de cinq ans. Un effort certain pour extirper la corruption, fondé sur un rapport circonstancié, est l'une des conditions préalables pour permettre aux pays pauvres de bénéficier des fonds de la MCC. "La corruption est l'ennemi de l'investisseur", a affirmé Paulson. Le Fonds monétaire international (FMI) a dit qu'il espère que la croissance dans la Communauté de l'Afrique de l'est accélèrera pour atteindre 7 pour cent en 2007 et 2008 grâce à la gestion économique améliorée et aux réformes fiscales. La croissance économique dans la région de l'EAC est prévue pour excéder la moyenne de toute l'Afrique subsaharienne. Tout le continent doit enregistrer une croissance de 6 pour cent sur les deux prochaines années, selon le FMI. Le bloc de l'EAC, avec une population de 125 millions et un produit intérieur brut combiné de 104 milliards de dollars, a la possibilité de profiter plus d'une harmonisation plus profonde, a ajouté Paulson. La prochaine étape pour l'EAC est de rédiger les règles d'un marché commun qui permettrait la libre circulation de la main-d'œuvre, des biens et des services à travers les frontières nationales.
Les négociateurs des cinq Etats partenaires, des représentants de la société civile, des hommes et femmes d'affaires et des experts juridiques ont déjà fait le travail préparatoire, et les discussions formelles devraient commencer à tout moment, a déclaré Juma Mwapachu, secrétaire général de l'EAC, dans un entretien il y a deux semaines. Un marché commun dans les trois prochaines années "est absolument faisable", a indiqué Mwapachu, dans les coulisses d'un forum d'affaires africain à Arusha.
"Je pense qu'il y aura beaucoup de pragmatisme pour assurer que l'objectif du marché commun sera atteint".
L'élimination des barrières non-tarifaires — telles que les retards aux frontières et de lourdes procédures douanières — pourrait devenir l'une des pierres d'achoppement possibles, a souligné Mwapachu.
On craint également que des travailleurs hautement qualifiés puissent chercher un emploi dans des pays voisins et faire sortir les autochtones du marché du travail, a ajouté Mwapachu.
"L'un des défis sera la libre circulation de la main-d'œuvre. Des Etats avec des niveaux de qualification plus bas pensent qu'avec l'ouverture, peut-être des Kenyans prendront la plupart des emplois dans ces pays", a-t-il dit.
Il a qualifié les secteurs de la santé, de l'éducation, de la banque, de l'assurance et du tourisme de sujets délicats. "Nous essayons de dire en réalité que les lois du travail seront toujours déterminées sur le plan national", a indiqué Mwapachu. Paulson devait participer à une réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales du Groupe des 20, prévue du 17 au 18 novembre à Kleinmond, une petite ville côtière en Afrique du Sud.
Le Ghana constituait l'étape finale de sa tournée africaine de trois nations. Là-bas, Paulson devait rencontrer John Kufuor, le président de ce pays d'Afrique de l'ouest, et des dirigeants du monde des affaires, le 19 novembre.

