LE CAP, 15 nov (IPS) – Dans un monde où d'innombrables défenseurs de causes humanitaires réclament des actions et le financement, la mobilisation de l'argent pour combattre la tuberculose (TB) peut s'avérer être un défi.
Ceci, malgré le fait que la maladie aéroportée coûte la vie à 590.000 personnes chaque année en Afrique seulement, selon l'Organisation mondiale de la santé, et qu'elle soit étroitement liée à la pandémie du SIDA — laquelle fait également des victimes sur le continent en particulier. Les germes de la TB s'avèrent souvent mortels aux personnes séropositives dont les systèmes immunitaires sont trop faibles pour combattre la maladie.
Ainsi, comment soulève-t-on la question de la tuberculose au sein des décideurs et des donateurs? La correspondante de IPS Miriam Mannak a posé cette question et d'autres à Patrick Bertrand de 'Global Health Advocates', une organisation à but non lucratif qui assiste les efforts de lutte contre les maladies liées à la pauvreté comme le SIDA, la TB et le paludisme. Ils ont parlé lors de la conférence mondiale de l'Union sur la santé respiratoire, qui s’est déroulée dans la ville côtière sud-africaine du Cap du 8 au 12 novembre. IPS: Examinons d'abord pourquoi on a besoin de plus de fonds pour combattre la TB. Pouvez-vous nous donner des détails sur cela?
Patrick Bertrand (PB): On a besoin de plus d'appui financier pour développer de nouveaux médicaments et vaccins. Le vaccin actuel de la tuberculose est vieux d'au moins 80 ans et ne travaille pas efficacement. Les médicaments les plus couramment utilisés pour traiter la TB n'ont pas connu d'amélioration depuis au moins 40 ans. L'Afrique, qui est la plus touchée par la pandémie de la TB, a extrêmement besoin de nouveaux laboratoires où l'on peut dépister la TB, spécialement la TB ultra-résistante (XDR-TB). Cette dernière est une forme de TB qui résiste à la plupart des médicaments, et par conséquent, plus mortelle que toute autre forme de TB. Bref, les infrastructures générales de la tuberculose en Afrique doivent être modernisées dans le but de s'attaquer à la maladie.
IPS: Construire des laboratoires pour dépister la TB est une chose, les entretenir en est une autre. Vos efforts de mobilisation de fonds prennent-ils en compte l'argent nécessaire pour l'entretien de ces installations sur le long terme?
PB: Oui, bien sûr. Construire seulement un laboratoire n'est pas suffisant. Nous prenons tout en considération, de la construction du laboratoire à l'entretien et au personnel. Vous devez entretenir un laboratoire pour vous assurer qu'il fonctionnera sur plusieurs années à partir de maintenant, mais vous avez également besoin de personnel qualifié dont le rôle est de contribuer à la lutte contre la TB. Et, vous devez les payer, bien sûr. Voilà tout ce qui est inclus dans nos campagnes de mobilisation de fonds. IPS: Quels sont les principaux problèmes rencontrés lorsqu'il s'agit de mobiliser les fonds nécessaires pour combattre la TB en Afrique?
PB: Ce serait le manque de volonté politique et la connaissance insuffisante au sujet de la TB en Afrique. En Occident, la tuberculose est considérée comme une maladie du passé. Le fait qu'on puisse prévenir et guérir la maladie… n'aide pas non plus à capter l'attention sur la TB. Oui, on peut guérir et prévenir la TB, mais elle est également l'une des plus grandes maladies mortelles en Afrique, spécialement chez les personnes vivant avec le VIH/SIDA. Le manque de connaissance au sujet de la tuberculose en Afrique est d'une certaine manière lié à la façon dont les médias ont traité de la TB jusqu'ici. Leur priorité est le VIH/SIDA. Par conséquent, l'arène publique et politique n'est pas suffisamment informée sur la dure réalité de la TB sur le continent, ce qui a eu un impact négatif sur la mobilisation des fonds. D'autre part, des communautés africaines n'ont pas été fermes et ne se sont pas suffisamment fait entendre non plus lorsqu'il s'agit de réclamer l'aide et le financement internationaux pour combattre la TB. Quand le VIH s'est avéré être un problème considérable en Afrique, des communautés et la société civile sont intervenues et ont exigé sans cesse l'assistance en provenance de leurs gouvernements et du monde extérieur. Tel n'est pas le cas avec la tuberculose. IPS: Le VIH/SIDA absorbe-t-il la grande partie du financement disponible?
PB: Dans une certaine mesure, oui. A cause de sa nature incurable et des nombreuses personnes qui meurent (par son fait), le VIH/SIDA est toujours une priorité.
Plus de fonds devraient aller à la fois au VIH et à la TB, comme cette (maladie) est la cause principale de la mort des personnes vivant avec le VIH/SIDA, spécialement en Afrique. Nous pensons aussi que des programmes, des campagnes et des ONG (organisations non gouvernementales), qui s'occupent soit de la TB, soit du VIH/SIDA, devraient travailler ensemble au lieu d'opérer seuls. Heureusement, nous sommes en train de constater des changements dans ce sens. Plus et plus d'organisations, qui s'occupaient uniquement du VIH, sont en train de mettre la pression lentement mais sûrement sur leurs gouvernements pour se joindre à la lutte contre la TB. La 'Treatment Action Campaign' (TAC), l'un des plus grands groupes d'activistes du VIH en Afrique du Sud, est un bon exemple. La TAC a organisé une marche à travers Le Cap le premier jour de la conférence, appelant à plus d'attention, d'actions et de financement pour l'épidémie de la TB. Cela est un bon signe. IPS: Quelles sont certaines des méthodes novatrices que vous avez utilisées jusqu'ici pour amener les décideurs à adopter une attitude plus ferme à l'encontre de la TB?
PB: Nous sommes en train d'œuvrer pour créer des partenariats entre les autorités, des ONG, des chefs des communautés et d'autres parties dans le Nord et le Sud. Nous invitons, par exemple, des membres de la société civile, des décideurs du Nord à visiter des pays africains. L'idée est de leur montrer les dangers et l'impact de la tuberculose et spécialement la TB ultra-résistante. Les décideurs des pays riches doivent réaliser que la TB et la XDR-TB ne sont pas seulement un problème africain. Les germes de la TB n'ont pas de passeports et peuvent voyager librement à travers le monde. Si rien n'est fait et si de nouveaux outils ne sont pas développés, la XDR-TB sera partout. Malheureusement, le développement de nouveaux outils — tels que de nouveaux médicaments, de meilleurs tests et d'un nouveau vaccin — coûte cher. Et voilà le problème. Mais à partir de notre expérience, notre approche a porté ses fruits. Davantage de fonds sont disponibles après que les décideurs des pays riches ont découvert la gravité de la situation.

