JOHANNESBURG, 15 oct (IPS) – Le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud intensifieront leur campagne pour l'obtention de sièges permanents au Conseil de sécurité des Nations Unies quand leurs dirigeants se rencontreront à Pretoria, la capitale sud-africaine, le 17 octobre.
Les présidents Luiz Inácio da Silva du Brésil, Thabo Mbeki d'Afrique du Sud et le Premier ministre indien Manmohan Singh discuteront des réformes de l'ONU et d'autres questions d'intérêt commun au deuxième sommet du groupe IBSA (Inde, Brésil, Afrique du Sud) qui se tiendra sous peu dans cette semaine.
Tous les trois pays sont des candidats forts pour occuper des sièges permanents au Conseil de sécurité élargi, et semblent être sûrs de soutenir les efforts des uns et des autres pour représenter leurs régions. Cet appui mutuel donnera un poids considérable à leurs candidatures respectives, mais en même temps pourrait les détacher des supporters éventuels dans leurs propres régions.
Le groupe IBSA a été créé en 2003 pour contrebalancer la puissante alliance du Groupe des huit des pays industrialisés et pour promouvoir la coopération Sud-Sud. Les trois puissances régionales se voyaient comme les défenseurs des causes du monde en développement, et elles pensaient qu'en forgeant des liens plus étroits entre elles-mêmes, elles seraient en mesure d'améliorer la coopération et le commerce entre leurs régions.
L'Afrique du Sud est la grande puissance de l'Union douanière de l'Afrique australe et de la Communauté de développement de l'Afrique australe; le Brésil est de loin le membre le plus influent du bloc commercial 'Mercosur' de l'Amérique du sud; et l'Inde a la plus grande économie en Asie australe. En prélude au sommet, un certain nombre d'activités y afférentes auront lieu à Sandtom, à Johannesburg. Il s'agit notamment des réunions de 14 groupes de travail, de la 'IBSA Woman's Initiative' (l'Initiative de la femme de IBSA), du 'IBSA Academics Forum' (Forum des universitaires de IBSA) et du 'IBSA Business Forum' (Forum des affaires de IBSA), de même que qu'un séminaire sur le transfert de technologies et un ensemble de manifestations culturelles. Les 14 groupes de travail représentant divers départements gouvernementaux couvrent entre autres l'agriculture, le changement climatique, la défense, l'éducation, l'énergie, la santé, la technologie, les questions sociales, le tourisme, le commerce et le transport.
Les trois pays du groupe IBSA se sont regroupés comme ils partagent des objectifs politiques communs, représentant des nations émergentes avec des objectifs sociopolitiques similaires. Tous les trois ont des économies à croissance rapide, tandis qu'au même moment, de grandes parties de leurs populations sont en train de lutter pour sortir de la pauvreté. Les dirigeants de IBSA tentent de transformer leurs ressemblances politiques et économiques en une base permettant une plus grande coopération économique. Ils soutiennent qu'en travaillant ensemble, ils auront une plus grande force quand ils négocieront avec les pays du Nord pour obtenir de meilleures conditions d'échanges sous les auspices de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Depuis la formation du groupe IBSA en 2003, le commerce entre les trois Etats membres s'est accru de façon considérable. Comme l'a souligné l'ambassadeur Jerry Matjila, chef de la section Asie et Moyen-Orient du ministère sud-africain des Affaires étrangères, "les statistiques relatives au commerce sont bonnes et se situent actuellement entre six et sept milliards de dollars".
Il avait l'espoir que quand un nouvel accord de libre-échange sera signé, les perspectives d'une croissance seraient encore plus grandes : "… quand nous créerons un cadre commun (accord trilatéral), alors nous pourrions bien atteindre notre objectif de dix milliards de dollars". Malgré l'enthousiasme de Matjila pour l'avenir du commerce trilatéral, un examen de la réalité révèle que tous les trois membres du groupe IBSA continuent de loin à faire la majorité de leurs affaires avec des pays industrialisés.
Dans les statistiques commerciales publiées par l'OMC pour 2005, le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud citent l'Union européenne comme la destination numéro un de leurs exportations, et comme la plus grande source d'importations. Aucun des pays du groupe IBSA ne figure sur les listes des cinq premiers partenaires commerciaux des autres Etats membres.
Le commerce trilatéral s'est accru de façon remarquable, mais loin d'un minimum de base. L'OMC déclare que de 2004 à 2006, le commerce du Brésil avec l'Inde s'est accru de 170 pour cent et ses échanges avec l'Afrique du Sud de 86 pour cent. Tandis qu'il est vraisemblable que le commerce entre les trois pays poursuive sa croissance dans un futur immédiat, il n'est pas probable d'atteindre les grands objectifs fixés par les dirigeants de l'IBSA, déclarent certains commentateurs. "Tous les trois pays sont essentiellement en compétition pour obtenir des parts à l'exportation dans des marchés développés", explique Dirk Ernst van Seventer, économiste principal au 'Trade and Industrial Policy Strategies' (Commerce et et politique de stratégies industrielles), un groupe de réflexion basé à Johannesburg. Il estime que les Etats membres de l'IBSA devront faire des sacrifices énormes au niveau de leurs économies nationales dans le but de rendre le bloc commercial moins compétitif à l'intérieur, mais plus compétitif à l'extérieur. Van Seventer a laissé entendre qu'il ne croyait pas que les gouvernements de l'IBSA feraient des sacrifices politiques nécessaires à court terme pour atteindre les objectifs économiques fixés à long terme. Lors de son septième voyage sur le continent africain, Da Silva fait des escales controversées en route vers le sommet de l'IBSA. La presse brésilienne est critique vis-à-vis de son dirigeant, qui a toujours été direct au sujet de son engagement pour les valeurs démocratiques, et qui a cependant choisi de visiter trois pays avec des records douteux dans la pratique de la démocratie : Burkina Faso, République du Congo et Angola.
Le président brésilien rencontre son homologue burkinabé, Blaise Compaoré, ce 15 octobre, marquant le 20ème anniversaire du coup d'Etat qui a amené Compaoré au pouvoir et a vu l'assassinat de son ancien allié, Thomas Sankara.
Le président congolais Denis Sassou-Nguesso et celui de l'Angola José Eduardo dos Santos s'accrochent au pouvoir tous les deux depuis 1979.
Singh effectuera une courte visite au Nigeria en se rendant au sommet de l'IBSA.

