NAIROBI, 21 sep (IPS) – Si un Accord de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne (UE) n’est pas signé d’ici à la fin de l’année, délai limite, cela aura de graves conséquences pour les exportateurs kenyans, notamment ceux de l’industrie horticole en pleine expansion.
Les autorités gouvernementales, les exportateurs kenyans et les organisations non gouvernementales sont tous préoccupés par le rythme auquel les discussions sur les APE évoluent. Peter Mandelson, le Commissaire européen au commerce, a averti à la mi-septembre que les tarifs préférentiels de l’Accord de Cotonou seront arrêtés et le système de préférences généralisées (SGP) entrera en vigueur si le délai de 31 décembre 2007 n’est pas respecté. Ceci vaut pour tous les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique avec qui l’UE est en train de négocier les APE. Selon l’Accord de Cotonou, l’horticulture, les fruits, les légumes et les poissons sont exemptés de taxes. Conformément au système de préférences généralisées, ces produits peuvent connaître des augmentations de taxes comprises entre 2 et 24 pour cent, selon l’analyste kenyan Gichinga Ndirangu. Le Kenya est en train de négocier avec l’UE au sein du bloc de la Communauté de l’Afrique de l’est (EAC). Les autres Etats membres –- Ouganda, Rwanda et Burundi –- ne seront pas touchés de la même manière. Ce sont des pays les moins développés et par conséquent sont qualifiés pour obtenir un traitement préférentiel pour leurs exportations conformément à l’initiative commerciale de l’UE ‘Tout sauf les armes’ (EBA). Le Kenya ne bénéficiera pas de l’initiative ‘Tout sauf les armes’’ et risque de perdre des milliards de shillings kenyans si aucun accord n’intervenait d’ici au délai limite. Jusqu’à la conclusion d’un accord, l’incertitude demeure dans le secteur horticole à propos du traitement de ses produits après 1er janvier 2008. David Nalo, secrétaire permanent au ministère du Commerce et de l’Industrie, a confirmé, lors d’une réunion tenue vers la mi-septembre, que l’incapacité de finaliser un accord de partenariat économique d’ici à la fin de cette année entraînerait une perte immédiate des opportunités sur le marché de l’UE pour les produits qui accèdent à ce marché grâce aux tarifs préférentiels. Les produits horticoles font partie de ceux-là. Si l’arrangement commercial en cours avec l’UE venait à son terme sans une alternative, le résultat serait un chômage massif, des pertes de recettes pour l’Etat, et la baisse des échanges avec l’extérieur, avertit Nalo. ‘’Si aucun accord n’est établi, les produits frais pourraient être taxés de droits d’importation de huit pour cent sur le marché européen’’, a déclaré Stephen Mbithi, président directeur général de l’Association des exportateurs de produits frais du Kenya. ‘’Cette situation rendra les produits kenyans plus chers, ce qui sera un avantage pour nos concurrents comme le Maroc’’, a-t-il ajouté. ‘’Il est important qu’un arrangement provisoire soit trouvé pour s’assurer qu’il n’y ait aucune perturbation de ce commerce l’année prochaine, jusqu’au moment où un APE substantiel soit signé’’, a insisté Hasit Shah, président par intérim du Conseil horticole de l’Afrique (HCA). De la même manière, Walter Kamau, directeur exécutif de l’Association des fabricants du Kenya, a dit que des pressions devraient être exercées sur l’UE pour l’amener à maintenir les préférences tarifaires actuelles d’ici à janvier 2008. ‘’Le Kenya tire 4,9 milliards de shillings Kenyans (environ 74,5 millions de dollars) par an comme bénéfices de la vente des produits horticoles. Ce secteur a également des liens avec d’autres secteurs, tels que le transport, l’irrigation, la machinerie et l’équipement, la fabrication de produits chimiques et de cartons’’. Contrairement à l’avertissement de Mandelson, le secrétaire général du Marché commun de l’Afrique orientale et australe, Erastus Mwencha, a déclaré à la presse qu’à la fin du mois d’août, des mesures transitoires seraient prises si le délai était manqué. ‘’Nous rassurons le milieu des affaires que nous sommes conscients du défi, mais nous veillerons à ce que le commerce avec l’UE ne soit pas perturbé’’, a souligné Mwencha. Selon Mwencha, le ministre Kenyan du Commerce et de l’Industrie, Dr Mukhisa Kituyi, a écrit à l’UE au sujet des mesures transitoires pour éviter une perturbation avant l’entrée en vigueur des APE. Les négociations des APE sont lentes à cause des controverses telles que les configurations régionales des Etats africains et la réciprocité commerciale que ces Etats seront finalement obligés d’accorder aux produits et aux services de l’UE. Selon les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’UE ne peut pas accorder un accès commercial préférentiel à certains pays en développement et exclure d’autres. Par conséquent, l’OMC a accordé une exonération spéciale qui donne aux exportateurs ACP un accès préférentiel aux marchés de l’UE jusqu’à décembre 2007. Par la suite, un nouveau régime devrait être appliqué.

