ENVIRONNEMENT: Des experts en appellent à la protection des océans

NATIONS UNIES, 20 sep (IPS) – Près de 50 pour cent des réserves de poissons du monde sont pleinement exploitées et 17 pour cent sont surexploités. Cela met en danger la biodiversité marine, indique un nouveau rapport rendu public le 18 septembre dernier par le 'Worldwatch Institute'.

Ce rapport, intitulé ‘’Océans en péril: protéger la biodiversité marine’’, souligne les facteurs qui endommagent l'océan, notamment la pêche, la pollution et le changement climatique, et suggère également un ensemble de solutions. "La perte de la biodiversité marine aura un impact dangereux sur les nations pauvres, où les communautés de pêcheurs seront sérieusement touchées. Dans les pays riches, les gens commenceront par voir certaines espèces disparaître des supermarchés", a déclaré à IPS David Santillo, scientifique principal des laboratoires de recherche de Greenpeace, et l'un des auteurs dudit rapport. Alors que la situation s'est aggravée au cours des dernières décennies, a déclaré Santillo, "nous sommes maintenant à une croisée des chemins pour une décision politique". La Division du développement durable de l'ONU a mis en œuvre un programme pour combattre les pratiques de pêche destructrices et l'installation de zones marines protégées, en accord avec le droit international d'ici à 2012; "mais peu de choses ont été faites", et actuellement, nous ne sommes qu'à cinq ans du délai limite pour agir", a dit Santillo. "Mais je suis optimiste de nature et crois que ce n'est pas encore trop tard pour faire quelque chose. Nous avons juste besoin de la volonté politique de chaque pays", déclare-t-il. Christopher Flavin, président du 'Worldwatch Institute', a déclaré que "des engagements collectifs pour développer les écosystèmes sont nécessaires pour empêcher les espèces surexploitées de disparaître systématiquement des habitats compromis. Les océans ne peuvent pas se sauver eux-mêmes". Ce rapport pointe du doigt les pêches exagérées, l'utilisation des chalutiers, l'aquiculture non durable, la pêche illégale, non réglementée et non déclarée (INN), et d’autres techniques de pêche destructrices, comme certaines des principales causes de la réduction des stocks de poissons. La pêche au chalut est à comparer au défrichage des forêts. Lorsque des pêcheurs traînent de lourds filets et d'autres engins sur le fond marin, ils causent d'importants dommages collatéraux aux coraux et à d'autres éléments qui offrent une protection et un habitat à beaucoup d’espèces marines. La capture accidentelle d’espèces marines est un problème grandissant, qui tue et blesse annuellement des centaines de milliers d'oiseaux de mer, des tortues marines, des mammifères marins et d'autres espèces marines. Dans certains cas, les pêcheurs industriels retournent près de la moitié de leur capture morte ou mourante dans la mer. La pêche illégale, non réglementée et non déclarée représente jusqu'à 20 pour cent de la capture mondiale et s'évalue entre quatre à neuf milliards de dollars US par an. Comme les pays industrialisés voient leurs propres stocks de poissons diminuer, et qu’ils imposent des contrôles plus stricts, les pêcheurs vont souvent vers les eaux des pays en développement où il n’existe pas de contrôle, compromettant ainsi les moyens de subsistance de plusieurs communautés de pêcheurs. Les changements climatiques provoqués par l'homme, supposés augmenter la température de la surface de la mer, monter le niveau de la mer et réduire la couverture de la glace de mer, nuisent également aux océans. Dans une partie de l'océan austral, la densité des planctons a chuté d'environ 80 pour cent entre 1976 et 2003, correspondant aux pertes d’étendues et de durée de la glace de mer par rapport à l'hiver précédent, et laissant les manchots, les albatros, les phoques et les baleines particulièrement vulnérables. Dans certaines parties de l'Arctique, l’impact des changements climatiques sur la glace de mer et sur la chute des neiges serait en train d'affecter la reproduction des mouettes blanches, des phoques marbrés et des ours blancs. La troisième cause, selon le rapport, est la pollution des mers par les éléments chimiques, radioactifs et nutritifs, les déversements de pétrole, les débris marins, etc. Cette troisième cause est en train de contaminer l'environnement marin, de tuer les organismes et de détériorer l'intégrité de l'écosystème. Les effets des polluants organiques persistants (POP) sur la faune et la flore marines, spécialement ces produits chimiques qui ne sont pas encore réglementés conformément à la Convention de Stockholm de 2001, font également une préoccupation particulière chez les experts. Les débris marins, y compris les matières plastiques et les engins de pêche abandonnés en mer, sont responsables de la mort et de la blessure de beaucoup d'espèces marines parmi lesquelles les oiseaux de mer, les tortues marines et les mammifères marins. De grandes "zones mortes" dépourvues d'oxygène, aggravées par l'écoulement excessif de fertilisants, des eaux usées et d'autres sources sont des signes supplémentaires qui montrent que les océans sont très menacés. Les auteurs du rapport, Michelle Allsopp, Richard Page, Paul Johnston, et David Santillo, tous des experts en environnement, proposent des réserves marines comme l'une des solutions à ce problème. Un réseau mondial de réserves marines couvrant des écosystèmes et des habitats clés, pourrait aider à renverser l'effet dévastateur de l’action de l'homme sur les océans du monde, ont indiqué les auteurs. Les réserves marines constituent une méthode avérée pour restaurer les populations de poissons. Par exemple, dans la réserve de gestion marine de Soufrière, à Sainte Lucie, dans les Caraïbes, ‘’trois années de protection ont triplé la biomasse des espèces de poisson commercial au sein des réserves fermées’’. Après cinq ans, dans des zones situées à l'extérieur des réserves, la biomasse a doublé et les captures moyennes par voyage sont passées de 46 à 90 pour cent, selon la taille du piège utilisé. Par ailleurs, les réserves marines établies dans la Mer rouge en 1995 ont accru les prises dans les zones environnantes de plus de 60 pour cent après cinq années de protection. "Il n'existe actuellement, aucun mécanisme, conforme aux accords internationaux, qui permettrait de créer un réseau mondial de réserves marines qui regrouperait les hautes étendues marines que les juridictions nationales ne couvrent pas", a déclaré Santillo. Les auteurs suggèrent également un nouvel accord d'application selon la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS) pour établir et gérer de telles réserves. Ils en appellent à une approche intégrée, prudente et respectueuse de l'écosystème pour la conservation et la gestion durable de l'environnement marin dans les hautes mers. Les auteurs recommandent également de soustraire les négociations sur le poisson et les produits à base de poisson du cadre de l'Organisation mondiale du commerce pour les intégrer dans les fora multilatéraux où les intérêts commerciaux et économiques ne dominent pas. "En faisant la synthèse de nos recherches dans ce rapport et en proposant des solutions, nous, auteurs, espérons attirer l'attention du monde sur les océans", a déclaré à IPS Santillo.