Q&R: "La désertification a des proportions alarmantes dans le nord du Cameroun"

COTONOU, 29 août (IPS) – Après l’interview de Mohamed Yahya Lafdal, diffusée par IPS le 28 août dernier, pour mieux connaître les problèmes de désertification de la Mauritanie, voici celle d’Amadou Wassouni, ancien point focal désertification du Cameroun, actuellement directeur de la Conservation et de la Promotion des Ressources naturelles de son pays.

Amadou Wassouni est sociologue, titulaire d’un Ph’D en socio-économie de l’environnement. Il est titulaire d’une licence en philosophie, une maîtrise et un DEA en sociologie, un Diplôme de conseiller d’orientation, et enfin d’un doctorat obtenu à l’Université de Leiden, aux Pays-Bas.

Directeur de la Conservation et de la Promotion des Ressources Naturelles au Ministère de l’Environnement et de la Protection de la Nature depuis 2005, il a une large connaissance des problèmes de désertification du Cameroun qu’il partage ici avec Michée Boko de IPS.

IPS: Pouvez-vous un peu expliquer aux lecteurs de IPS en quoi consiste la fonction de ‘’Point Focal Désertification’’ ?

Amadou Wassouni (AW) : La fonction de Point Focal est celle de coordination des activités de lutte contre la désertification au niveau national. Le Point Focal est l’animateur des actions de lutte contre la désertification. Il est le trait d’union entre le ministre en charge de l’Environnement et les autres partenaires, aussi bien nationaux qu’internationaux. Il est celui qui doit initier et animer la synergie d’action entre les diverses parties prenantes qui interviennent à un niveau ou à un autre de la mise en œuvre de la convention des Nations Unies contre la désertification. Ceci passe par la mise en application du Plan d’action national de lutte contre la désertification.

IPS: Comment se présente la désertification au Cameroun ?

AW : La désertification au Cameroun se présente sous la forme d’un gradient régressif du nord au sud. Le phénomène a des proportions alarmantes dans le septentrion du pays qui fait partie de la région sahélienne d’Afrique.

IPS: Quelles sont les actions les plus satisfaisantes de lutte contre la désertification au Cameroun ?

AW : Les actions de lutte contre la désertification les plus satisfaisantes à l’heure actuelle sont la sensibilisation pour une plus grande participation des diverses parties prenantes, la planification stratégique de la lutte contre la désertification, les essais de promotion des foyers améliorés dans le nord du pays, le développement des pépinières, les efforts de maîtrise du phénomène de l’érosion et les efforts de développement des cultures adaptées aux régions écologiques.

IPS: Et quels sont vos échecs les plus marquants ?

AW : Les principaux échecs portent sur l’organisation structurelle de la lutte contre la désertification et sur le suivi des activités. A ces deux niveaux les lacunes sont énormes ! IPS: Pensez-vous que l’Etat camerounais fait ce qu’il faut pour réussir sa lutte contre la désertification ?

AW : On peut constater que les populations cibles sont très engagées dans la lutte contre la désertification mais l’engagement de l’Etat est encore mitigé. Cela a conduit à ralentir considérablement les efforts déployés par les populations, et partant, à réduire considérablement l’impact positif de ces initiatives disparates.

IPS: Que dites-vous de l’engagement des ONG et des populations à la base ?

AW : Les ONG et les populations sont résolument engagées dans la zone septentrionale du pays, la plus touchée d’ailleurs par la désertification.

IPS: Le Cameroun met-il suffisamment de moyens au service de cette lutte ?

AW : Le Cameroun pourrait réussir sa lutte contre la désertification s’il consacrait une dotation budgétaire à la lutte contre la désertification. Mais cela compromettrait d’autres actions de développement étant donné que l’Etat ne dispose pas de moyens colossaux. Les moyens de l’Etat nécessiteront d’être renforcés par des financements extérieurs consistants pour obtenir des résultats satisfaisants.

IPS: Quels sont les principaux partenaires du Cameroun dans cette lutte ?

AW : Les principaux partenaires actuels du Cameroun dans la lutte contre la désertification sont le Programme des Nations Unies pour le développement, le secrétariat exécutif de la Convention des Nations Unies contre la désertification, le Mécanisme mondial pour la mobilisation des ressources, le Fonds pour l’environnement mondial, des ONG nationales et internationales, les organisations des populations et les collectivités décentralisées.

IPS: Avez-vous des souhaits pour mieux mener cette lutte dans l’avenir ?

AW : Notre souhait est que les institutions comme les vôtres, qui s’intéressent à la lutte contre la désertification, participent au lobbying des pays africains pour une mobilisation plus grande des fonds pour la lutte contre la désertification, et surtout pour une distribution plus équitable de ces fonds entre pays africains touchés.