WASHINGTON, 27 août (IPS) – Le sommet régional de l'Afrique australe, il y a une dizaine de jours, qui s'est concentré sur la situation dégradante du Zimbabwe, n'a pas impressionné des groupes de défense des droits de l'Homme, lesquels espéraient voir des dispositions spécifiques prises par rapport aux violations quotidiennes des droits au Zimbabwe.
On espérait que le sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), qui s'est tenu en Zambie les 16 et 17 août, aborderait d'autres sujets en plus des élections prochaines et de l'économie, ce qui n'a pas été le cas. "Le sommet a malheureusement laissé passer une opportunité importante de réexaminer le mandat de négociation qu'il a accordé au président sud-africain (Thabo) Mbeki et de prendre des mesures spécifiques pour aborder les violations persistantes des droits de l'Homme au Zimbabwe", a déclaré Tiseke Kasambala, chercheur à 'Human Rights Watch', un groupe de défense des droits humains. "L'incapacité de la SADC à agir sur cette situation urgente est profondément décevante". Ceci n'a pas surpris les défenseurs des droits de l'Homme qui doutaient que le président zimbabwéen Robert Mugabe puisse changer sa politique. Au sommet de la SADC au mois de mars dernier, Mugabe n'a pas manifesté le moindre repentir bien qu'on l'ait averti qu'il risquerait l'isolement s'il ne parvenait pas à restaurer les libertés politiques et économiques. Mbeki, qui a été nommé par la SADC médiateur entre le parti au pouvoir ZANU-PF et le parti de l'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique, a déclaré au sommet que certains progrès ont été accomplis, mais aucun détail n'a été fourni.
"Je suis déçu que la SADC n'ait pas souligné et condamné la répression systématique orchestrée par le gouvernement zimbabwéen", a déclaré Rowly Brucken, spécialiste du Zimbabwe pour 'Amnesty International USA'. Le gouvernement de Mugabe a "constamment nié avoir violé les normes internationales [des droits de l'Homme]". Complétant l'Union africaine, la SADC est une organisation intergouvernementale créée pour encourager la coopération socio-économique, politique et sécuritaire entre 14 pays d'Afrique australe. Bien que des observateurs disent que les violations des droits de l'Homme au Zimbabwe s'aggravent depuis sept ans, la SADC paraît incapable de changer la situation de façon significative dans le pays. "Le harcèlement mené par l'Etat, des attaques, des arrestations arbitraires, des passages à tabac et la torture des membres de l'opposition… restent inchangés", indique un rapport récent du 'Human Rights Watch' (HRW).
Après une protestation pacifique relative aux frais d'inscription à l'université élevés, 15 étudiants ont été sévèrement battus par la police, a ajouté le HRW.
Selon ce rapport, des crosses de fusils, des matraques, des munitions et le traitement en détention provisoire équivalant à la torture — telle qu'enchaîner des prisonniers dans des positions douloureuses et les battre sévèrement sur la plante de leurs pieds — ont été tous utilisés contre des manifestants non armés. "Bien sûr, il a été frappé. Il l'a mérité… J'ai demandé à la police de le battre beaucoup", a déclaré le président Mugabe lors d'un meeting du parti ZANU-PF en mars, se référant au passage à tabac du leader de l'opposition Morgan Tsvangirai. Dans le même mois, une réunion de prière de 'Save Zimbabwe Campaign' (Sauver la campagne du Zimbabwe) à Harare a été violemment interrompue, avec 50 personnes arrêtées par la police. Selon un autre rapport publié le mois dernier par 'Solidarity Peace Trust' (l'Organisation pour la solidarité et la paix), parmi 414 personnes interviewées, plus de 30 pour cent ont dénoncé la torture entre mars, avril et mai 2007.
"Ce chiffre est extrêmement élevé, pourtant il ne représente que la partie visible de l'iceberg au Zimbabwe. A part la torture qui a des motivations politiques, la torture de ceux arrêtés et soupçonnés d'avoir commis un délit est monnaie courante au Zimbabwe", indique le rapport. "Dans 90 pour cent des attaques, des agences gouvernementales telles que la police, le Service central de renseignements (CIO), la police judiciaire (CID) et l'armée" ont été impliquées, ajoute-t-il. Plus des trois quarts des cas rapportés ont eu lieu dans la capitale, Harare — "l'une des deux principales zones urbaines considérées comme le fief de l'opposition". Des années récentes ont vu le Zimbabwe plonger dans une crise causée par une multitude de facteurs, y compris une répression accrue et des confiscations de fermes ayant des motivations politiques. Mugabe accuse l'Occident de comploter pour le renverser et de s'opposer à la réforme agraire au Zimbabwe parce qu'elle a dépossédé la minorité des fermiers blancs de ses terres. Le sommet de la SADC est intervenu au milieu des conjectures sur pendant combien de temps Mugabe serait capable de rester au pouvoir, eu égard à son manque de popularité au sein de la population zimbabwéenne et aux élections de l'année prochaine. La majorité de la population du Zimbabwe d'à peu près 11 millions d'habitants est incapable de se procurer même des aliments de base pour un certain temps, malgré les récentes baisses de prix décidées par Mugabe. Le 26 juin, Mugabe a décrété que les supermarchés devraient casser leurs prix en deux, déclarant en effet l'inflation de 10.000 pour cent illégale. Plus de 1.300 gérants et propriétaires de supermarchés ont été arrêtés pour avoir refusé de vendre leurs marchandises à des prix plus bas. Pendant ce temps, les produits de base tels que l'huile de cuisson, le sel, le sucre et la maïzena (repas à base de maïs, un aliment de base) ont disparu des comptoirs des supermarchés et ont refait surface dans le marché parallèle florissant où ils sont vendus à des prix plus élevés. Le Programme alimentaire mondial a annoncé que les conditions du Zimbabwe signifient que ses réserves seront vides d'ici à la fin de l'année, et a demandé plus de 188 millions de dollars pour aider à nourrir la population zimbabwéenne.
Au même moment où le manque de vivres est en train de causer la malnutrition et d'engendrer d'autres maladies telles que la tuberculose, les hôpitaux manquent d'électricité, d'eau et des équipements de première nécessité, y compris des fluides IV, des analgésiques et des solutions salines pour des patients en consultation. Selon les Nations Unies, l'espérance de vie au Zimbabwe est parmi les plus faibles dans le monde, et elle empire.

