JOHANNESBURG, 27 juil (IPS) – Des ressources d'eau sont inégalement réparties à travers les pays de l'Afrique australe. La région est fière de posséder certains des lacs et fleuves les plus grands du monde, mais elle est également une terre de vastes déserts.
Mesuré par rapport au volume, le fleuve Congo, prenant sa source dans les régions montagneuses de l'Afrique de l'est et se jetant dans les forêts tropicales humides de l'Afrique centrale, est deuxième seulement après l'Amazone. Le lac Tanganyika, l'un des Grands Lacs de l'Afrique, contient le deuxième volume d'eau douce plus grand dans le monde, et le lac Victoria a la deuxième superficie plus grande de tous les lacs d'eau douce. Cinq bassins fluviaux — le Zambèze, le Congo, l'Orange, le Limpopo et l'Okavango — contiennent plus d'eau qu'il n'en faut pour assurer que tous les habitants de la région seront bien approvisionnés. Le bassin du Congo contient à peu près 30 pour cent des réserves d'eau douce en Afrique; pourtant, il supporte seulement 10 pour cent de la population du continent.
Toutefois, il y a également deux grands déserts dans la région. Le Kalahari s'étend à travers l'Afrique du Sud, la Namibie et le Botswana, et le Désert de Namib couvre une grande partie du pays qui tire son nom de lui. De fréquentes sécheresses ont frappé de grandes parties de l'Afrique du sud, du Botswana, du Zimbabwe et du Malawi. Ces longues périodes sèches ont été désastreuses pour les agriculteurs essayant de vivoter dans des régions marginales et ont laissé des habitants des bidonvilles vulnérables aux maladies dues à un manque d'infrastructures sanitaires adéquates.
Cette répartition manifestement inégale a incité beaucoup d'ingénieurs et de visionnaires à concevoir des programmes pour améliorer la gestion des ressources d'eau de l'Afrique australe. Certains de ces programmes sont déjà transformés en projets d'eau très utiles tels que les barrages de Kariba (entre la Zambie et le Zimbabwe), de Gariep (en Afrique du Sud) et de Cahora Bassa (au Mozambique).
D'autres projets tels que le Projet d'eau des régions montagneuses de Lesotho (Lesotho Highlands Water Project) et le Grand barrage d'Inga sur le fleuve Congo sont à des étapes diverses d'exécution. Toutefois, malgré la totale disponibilité de l'eau dans la région et les efforts substantiels d'aide internationale pour assurer un approvisionnement en eau potable, il y a encore beaucoup d'habitants des zones rurales et de citadins pauvres qui n'ont pas d'accès durable à l'eau potable et aux infrastructures sanitaires.
Au Mozambique, juste 43 pour cent de personnes ont accès à l'eau potable, selon les chiffres de 2004 en provenance du Programme de contrôle conjoint pour l'approvisionnement en eau et pour l'hygiène publique, surveillé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) — et en Angola, 53 pour cent. En Zambie, le chiffre est de 58 pour cent. Les Nations Unies, des organisations régionales et internationales reconnaissent qu'il est important d'assurer que tout le monde accède à l'eau potable. "L'accès à l'approvisionnement amélioré en eau est non seulement un besoin fondamental et un droit humain, mais il a également des avantages sanitaires et économiques considérables (pour) les ménages et les individus", indique le site Internet du Programme de surveillance conjoint pour l'approvisionnement en eau et pour l'hygiène publique de l'OMS et de l'UNICEF. Dans la Déclaration du millénaire de septembre 2000, au paragraphe 23 sur la protection de l'environnement, l'Assemblée générale de l'ONU a pris l'engagement de "…d'arrêter l'exploitation non durable des ressources d'eau en développant des stratégies de gestion d'eau aux niveaux régional, national et local, lesquelles vont promouvoir à la fois un accès équitable et des approvisionnements adéquats". Pour mettre en œuvre la Déclaration du millénaire, l'ONU a formulé huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) visant à réduire de façon significative la pauvreté et à améliorer les conditions de vie des personnes les plus pauvres d'ici à 2015.
L'Objectif sept, qui cherche à assurer une durabilité de l'environnement, vise à réduire de moitié le nombre des personnes n'ayant pas d'accès durable à l'eau potable et aux installations sanitaires de base. Pendant que la communauté internationale est sur la bonne voie pour atteindre cet objectif, l'Afrique subsaharienne traîne en arrière.
Selon la mise à jour de 2007 d'un rapport de l'ONU intitulé 'L'Afrique et les Objectifs du millénaire pour le développement', 63 pour cent de personnes de cette région n'avaient pas accès aux infrastructures sanitaires de base en 2004, soit — un taux juste légèrement en dessous des 68 pour cent en 1990, l'année de référence pour les OMD. En projetant ce taux d'évolution lent dans le futur, il y a peu de doute que la majeure partie de l'Afrique ne pourra pas atteindre l'objectif sept d'ici au délai fixé pour les OMD. Les autorités en charge de l'eau aux niveaux national et local mettent du temps à amener l'eau par canalisation jusqu'aux zones rurales les plus fréquemment touchées par la sécheresse. Ces zones connaissent souvent des pénuries d'eau parce que dans certains cas, des barrages de stockage n'ont pas été construits, tandis que dans d'autres régions, les barrages et les pipelines existants n'ont pas été convenablement entretenus. Des méthodes d'exploitation médiocres ont aggravé les pénuries d'eau, en dégradant les sols et en ouvrant la voie à l'érosion des sols qui diminue la capacité de la terre à retenir l'eau quand il pleut. Au lieu que l'eau soit stockée dans le sol, elle entre dans le fleuve le plus proche à travers les canaux de l'érosion — mettant en danger la durabilité du secteur agricole qui nourrit la population. La croissance rapide de la population et l'urbanisation sont en train de mettre à rude épreuve les autorités en charge de l'eau dans des zones urbaines. Dans plusieurs bidonvilles, des douzaines et parfois des centaines de personnes partagent une seule source d'eau. Un manque d'installations sanitaires signifie que l'effluent reste exposé parmi les cabanes et crée ainsi une zone de reproduction pour les bactéries.
De façon plus positive, des responsables de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) semblent être conscients de la manière dont il est important de faire un meilleur usage des ressources d'eau existantes. La plupart des pays de la région ont consacré des ressources substantielles à leurs autorités nationales en charge de l'eau et travaillent ensemble avec des agences humanitaires dans le but d'améliorer l'approvisionnement en eau. Des commissions spécialisées ont été mises sur pied pour les quatre plus grands bassins fluviaux en Afrique australe, et l'utilisation de tous les principaux fleuves est régie par des commissions multilatérales. Au total, la SADC a la chance que la majorité de ses fleuves et lacs sont relativement propres et non pollués comparés aux voies navigables du monde industrialisé et d'autres pays émergents en Asie du sud-est. Toutefois, beaucoup reste à faire pour assurer que cette situation relativement satisfaisante persistera à moyen et à long terme.

