DEVELOPPEMENT: Trop de donateurs, nuit à l'aide

BRUXELLES, 18 juil (IPS) – Un nombre excessif de donateurs compromet la qualité et l'efficacité de l'aide internationale au développement, indique une étude menée par le 'Overseas Development Institute' de Londres.

A la demande du Comité développement du Parlement européen, cet organisme britannique indépendant s'est penché sur les aides allouées par l'Union européenne (UE) en faveur des pays pauvres ou en développement depuis 2005, date de la Déclaration de Paris. En mars de cette année, des centaines de chefs d'Etat ou de gouvernement, des responsables d'organismes d'aide et de hauts fonctionnaires se sont engagés à augmenter leurs efforts de coordination pour une meilleure efficacité de l'aide. Sur le terrain, les choses semblent être restées beaucoup plus compliquées, révèle les premières conclusions de l'étude du 'Overseas Development Institute' (ODI), un document qui est toujours en discussion et n'a pas encore fait l'objet d'une publication officielle. Analysant les aides publiques européennes reçues par le Cambodge, le Mozambique et le Pérou, par exemple, l'institut constate que ces pays doivent jongler entre 15 à 17 donateurs bilatéraux issus de l'UE, y compris la Commission européenne. La situation se complique encore davantage lorsque les aides proviennent d'organismes mandatés par des régions, comme la Catalogne en Espagne ou la Flandre en Belgique, deux entités qui aident chacune le Mozambique notamment. “En matière d'efficacité de l'aide, les progrès sont plutôt lents”, note Andrew Lawson, responsable de la Division des aides et des dépenses publiques de l'ODI. Pour lui, les responsables européens devraient envisager la création d'un organe spécifique qui pourrait superviser et coordonner la répartition des activités d'aide entre la Commission européenne, organe exécutif de l'UE, et les différents gouvernements nationaux.

En février dernier, la Commission européenne avait proposé un code de conduite volontaire, destiné à améliorer la répartition des tâches entre les donateurs de l'UE. L'objectif était de réduire les formalités administratives, notamment, et d'injecter les fonds là où ils sont beaucoup plus nécessaires, et ce, de manière plus rapide et plus efficace. Mais il existe au sein des Etats membres une certaine réticence historique à l'idée d'accorder à la commission des prérogatives plus larges en matière d'aide au développement.

“Ce n'est pas simple, en effet”, constate Lawson. “L'une des difficultés en matière d'harmonisation est que la commission peut difficilement dire à l'Irlande, par exemple, qu'elle doit cesser de travailler sur des programmes de santé ou aux Pays-Bas qu'ils doivent arrêter de se concentrer sur des programmes d'éducation”, explique-t-il. “En matière de répartition des tâches, personne ne veut faire le premier pas, mais il faudra bien que quelqu'un se décide”. Cette première ébauche du rapport de l'ODI constate également que, bien que l'UE dispense près de la moitié des aides au développement accordées par les plus riches aux pays pauvres, “la perception générale est que cette position ne se traduit pas par un leadership efficace”, souligne l'institut. Plusieurs problèmes sont mis en évidence, notamment au Pérou, par exemple. Malgré la rapide croissance économique du pays au cours de la dernière décennie, peu de progrès ont été réalisés en matière de réduction de la pauvreté. Environ la moitié de la population vit toujours dans la pauvreté et un cinquième dans l'extrême pauvreté, avec moins d'un dollar par jour. Une source anonyme au sein de la délégation européenne au Pérou, citée dans le document, indique que l'UE a manqué l'occasion d'aligner l'aide européenne sur les politiques nationales en matière de réduction de la pauvreté. “Bien que l'Agence péruvienne pour la coopération internationale (APCI) ait réalisé un travail remarquable pour coordonner les efforts des donateurs, depuis sa création en 2002, elle doit traiter avec près de 900 organismes — tant publics que privés — et plus de 2.500 projets par an”, note le document. “En outre, l'APCI est considérée par de nombreuses agences publiques ou privées comme un organisme qui ne bénéficie pas de soutien politique et qui a peu de poids au sein des hautes sphères gouvernementales”, ajoute l'ODI. Quant au personnel de la Commission européenne en poste au Pérou, il est submergé par des tâches administratives et des demandes de projets. Pour Lawson, la Commission européenne devrait donc se demander s'il est sage de maintenir une présence dans certaines régions, comme au Pérou, par exemple, considéré comme un pays “à revenu moyen” par les agences internationales. “Notre mission n'est pas de suggérer la fermeture des délégations, mais peut-être que certaines devraient effectivement mettre la clé sous la porte”, estime-t-il.

De son côté, le député démocrate-chrétien suédois Anders Wijkman, affirme que trop de donateurs et trop de demandes entraînent des coûts colossaux. “Les représentants de la commission ont peu de flexibilité en matière de prise de décision. Il y a encore trop de pouvoir centralisé à Bruxelles”, a-t-il indiqué. Sa collègue britannique du groupe socialiste, Glenys Kinnock, estime qu'il faut une meilleure coordination entre les Etats membres et l'UE, en vue de réduire les coûts liés à la pléthore d'agences en compétition. “Mais les Etats ne veulent pas céder leur souveraineté à Bruxelles. Ils veulent à tout prix mettre leur propre drapeau sur certains projets. Pour des raisons financières, ils commencent à comprendre qu'ils doivent partager les projets avec d'autres”. Selon elle, de nombreux bénéficiaires préfèrent travailler avec la commission plutôt qu'avec des donateurs nationaux, en particulier si ceux-ci étaient jadis d'anciennes puissances coloniales. En matière d'efficacité de l'aide, la situation qui prévaut en Tanzanie est souvent citée en exemple par la députée européenne. La Commission européenne y chapeaute, par exemple, des programmes dans le domaine de l'éducation. A ce titre, elle coordonne différents donateurs, dont la Banque mondiale, établis pour la plupart dans un seul bâtiment situé dans la capitale Dar Es-Salaam depuis l'attentat, commis en 1998, contre l'ambassade américaine. La proximité des donateurs a tout simplement permis d'accroître et d'améliorer leur coopération.