AFRIQUE: ''Si vous voulez plus de développement, associez les femmes aux prises de décision''

KAMPALA, 20 juin (IPS) – L'égalité de genre est au cœur de la démocratie, de la paix et de la croissance économique, a reconnu la '8ème Rencontre triennale des ministres des Affaires féminines du Commonwealth' (8WAMM) en clôturant ses travaux. Elle a également appelé pour plus d'efforts dans le but de réaliser la parité entre les hommes et les femmes.

La rencontre de quatre jours dans la capitale de l'Ouganda, Kampala, s'est déroulée sous le thème 'Financer l'égalité de genre pour le développement et la démocratie', reflétant les inquiétudes selon lesquelles les droits des femmes ne figurent pas sur les programmes de développement. Le communiqué final issu de la rencontre, qui a pris fin le 14 juin, a souligné que la plupart des 30 millions d'enfants dans les Etats du Commonwealth, qui ne sont pas à l'école primaire, sont des filles. Le regroupement connaît également les taux les plus élevés d'infection du VIH davantage parmi les femmes que chez les hommes (60 pour cent de tous ceux qui ont contracté le virus sont dans le Commonwealth).

De plus, juste une poignée d'Etats membres ont atteint une représentation de 30 pour cent des femmes dans les législatures nationales — la proportion qui est largement perçue comme le seuil pour que les femmes commencent par influencer les affaires parlementaires.

Une rencontre des responsables du Commonwealth tenue à Edinburgh en 1997 avait pris l'engagement d'atteindre la représentation de 30 pour cent des femmes dans des positions de prise de décision dans les secteurs public et privé d'ici à 2005. Admettant, toutefois, que cet objectif ne serait pas atteint, 'Le Plan d'action 2005-2015 du Commonwealth pour l'égalité de genre' a fixé 2015 comme nouveau délai pour voir des femmes occuper un tiers des postes de prise de décision. Le communiqué a demandé aux gouvernements de "prévoir et de mettre en œuvre des lois et des politiques appropriées à travers des réformes constitutionnelles et législatives pour atteindre l'équilibre de genre".

L'incapacité de procéder ainsi compromettrait le progrès, a déclaré à IPS, Don Mckinnon, secrétaire général du Commonwealth : "Si vous excluez les femmes, vous diminuez la démocratie et réduisez le développement. Si vous voulez plus de développement, associez les femmes aux prises de décision". L'Ouganda a voté une loi stipulant qu'un tiers des sièges au parlement et des autorités locales devraient être occupé par des femmes. Actuellement, 29,8 pour cent des sièges législatifs sont aux mains des femmes, selon l'Union interparlementaire (UIP). "Ces événements marquants ont favorisé la promotion de la visibilité et de la voix des femmes dans des processus de prise de décision à tous les niveaux, ce qui constitue le principe cardinal de la gouvernance démocratique", a fait remarquer le président Yoweri Museveni à l'ouverture de la réunion. Le Kenya voisin, en Afrique de l'est, a moins de succès dans ce domaine.

"Il y a eu plusieurs tentatives de soumettre un projet de loi sur des mesures de discrimination positive, mais les commissions parlementaires sélectionnant les projets de loi qui doivent être discutés sont dominées par des hommes", a souligné Alicen Chelaite, la ministre adjointe kenyane pour le Genre, les Sports, la Culture et les Services sociaux. En conséquence, a-t-elle ajouté, des efforts pour promouvoir la participation politique des femmes à travers des moyens légaux ont été effectivement mis en suspens. "Nous souffrons à cause de l'attitude des Kenyans vis-à-vis des inégalités de genre", a affirmé Chelaite à IPS.

Les chiffres de l'UIP indiquent que les femmes font juste 7,3 pour cent des législateurs au Kenya. Le Mozambique est l'un des membres du Commonwealth ayant la meilleure performance en ce qui concerne la représentation législative des femmes. L'UIP indique que 34,8 pour cent des sièges dans cette nation de l'Afrique australe sont occupés par les femmes.

En Afrique du Sud, 32,8 pour cent des sièges permanents à la Chambre basse du parlement — et 33,3 pour cent des sièges à la Chambre haute — sont détenus par des femmes.

Les ministres ont également noté que les femmes ne pourraient avancer en politique que si elles sont convenablement financées, soulignant dans leur communiqué "l'importance capitale de fournir, aux femmes en particulier, le financement et la formation sur le vote dans le but de promouvoir et de réaliser la démocratie non-discriminatoire et la bonne gouvernance". Ssentongo Theopista Nabulya, députée et syndicaliste ougandaise, approuve. "La politique a besoin d'argent : l'électorat a besoin d'argent pour les prospectus et les équipes de campagne doivent être payées. Parce que les femmes n'ont pas accès aux ressources, elles sont perdantes. Même les femmes, qui sont en mesure d'être de bons leaders, se sont retirées faute de financements", a-t-elle noté. "J'ai utilisé mon salaire (pour faire campagne) et comme ce n'était pas suffisant…,j'ai été obligée de faire des prêts que je suis en train de rembourser actuellement". Le Premier ministre mozambicain, Luisa Dias Diogo, a dit que son gouvernement avait abordé ce problème en dotant les partis politiques de fonds de campagne qui étaient disponibles pour les femmes candidates. "Même si des mesures de discrimination positive constituent la clé pour obtenir la représentation des femmes à tous les niveaux, il doit y avoir un budget national pour financer les femmes qui s'intéressent à la politique afin qu'elles puissent battre campagne pour des élections au même titre que leurs homologues hommes, a-t-elle déclaré à IPS.

Nabulya a bon espoir qu'une loi à soumettre bientôt au parlement permettra aux responsables ougandais de financer les partis politiques, mais elle est moins optimiste quant à la possibilité du financement des femmes en vertu de cette législation : "Nous ne sommes pas sûres que les partis alloueront des ressources aux femmes, parce qu'ils sont présidés par des hommes". Les délégués ont aussi demandé l'accroissement du financement pour atteindre l'égalité de genre dans d'autres domaines, indiquant qu'il était important de suivre la trace de cet argent. Parmi les autres points soulevés dans le communiqué, figurait la nécessité d'aider les femmes à accéder aux marchés, de soutenir les programmes du VIH/SIDA pour s'attaquer à la plus grande vulnérabilité des femmes à la pandémie — et d'inclure les hommes et les garçons dans des programmes pour améliorer la situation des femmes. La prochaine rencontre des ministres des Affaires féminines du Commonwealth se tiendra à la Barbade.

Toutefois, les problèmes soulevés durant la semaine écoulée seront probablement remis sur le tapis avant cette rencontre, au prochain sommet semestriel des chefs d'Etat du Commonwealth. Cette réunion se tiendra également à Kampala, en novembre. "Les pays qui n'ont pas atteint des résultats tangibles dans ce domaine (égalité de genre) seront nommés et couverts de honte. Des politiques doivent être faites pour assurer que les femmes viennent à bord", a déclaré à IPS Lindiwe Maseko, présidente des Femmes parlementaires du Commonwealth. Au moins 30 des 53 membres du Commonwealth ont pris part à la (8WAMM).

Le Commonwealth regroupe des Etats en provenance de toutes les parties du monde, la plupart d'entre eux étant des anciennes colonies de la Grande-Bretagne. Ses objectifs comportent la promotion de la bonne gouvernance et le développement économique dans les pays membres.