CONAKRY, 29 mai (IPS) – La présence des sachets plastiques dans les rues de Conakry est un spectacle presque banal. Mais quand ces sachets plastiques prennent d’assaut les plages de la capitale guinéenne, ce n’est plus seulement l’environnement qui est menacé, c’est le plaisir de se promener en ces lieux qui l’est également.
Sur les plages situées au bas de la falaise de Sandervaliah, au cœur de Conakry, les sachets plastiques et déchets de toutes sortes couvrent maintenant le sable fin.
En lieu et place des promeneurs et des gens à la quête d’un lieu de détente, l'endroit n'attire plus que des enfants, quelques fois des drogués et des marginaux qui fouillent dans les tas d'immondices, bourrés de sachets plastiques, à la recherche d’on ne sait quel bien précieux.
‘’Les sachets plastiques ont rendu impraticables la quasi-totalité des plages de Conakry’’, déplore Mody Mahi Barry, directeur du Service public de transfert des déchets (SPTD).
Les déchets plastiques sont en effet devenus un véritable casse-tête pour les autorités chargées de leur gestion car il n’y a plus une seule ruelle de Conakry qui ne soit envahie… Les populations, par ignorance, incivisme ou par manque de solution alternative, sont évidemment les principaux acteurs de cet état des choses à l’image de cette ménagère, Fatoumata Diouara, surprise en train de se débarrasser d’une grande quantité de déchets plastiques, en pleine nuit, dans une ruelle du quartier Dixinn de Conakry.
‘’Je suis obligée de procéder ainsi parce que ceux qui sont chargés du ramassage des ordures ne sont pas arrivés chez nous depuis une semaine’’, explique à IPS la jeune femme de 23 ans.
La situation s’est aggravée lors de la grève générale qui a secoué le pays en janvier et février 2007. Les organisations de ramassage d’ordures ne passaient plus dans les maisons, et Conakry était pratiquement devenue la poubelle des plastiques.
Environ 50 pour cent des déchets plastiques de Conakry sont des sachets d’eau minérale, rapporte Mamadou Saliou Diallo, responsable de l’organisation non gouvernementale Guinée Ecologie.
‘’La situation est grave car ces sachets plastiques qui trainent partout dans Conakry contribuent à la dégradation de l’environnement et constituent un danger pour la santé publique’’, admet Diallo.
Le SPTD reconnaît qu’il est débordé par la situation. ‘’Les déchets plastiques constituent un problème critique pour nos services’’, admet Barry du SPTD.
Environ 800 tonnes d’ordures ménagères sont produites chaque jour à Conakry. Quinze pour cent de ces ordures sont des déchets plastiques.
Barry confesse que 90 pour cent de ces plastiques s’envolent lors de leur transfert vers la décharge publique et vont salir la voie publique parce qu’il ‘’est extrêmement difficile de compacter ces produits’’, souligne-t-il.
‘’Quand je pense que nous sommes obligés de subir la loi des marchands de produits plastiques à la recherche de gain facile, je me demande ce que l’Etat attend pour agir’’, s’énerve Ibrahima Mansare, un habitant de la banlieue de Conakry.
Mansare pointe du doigt le grand dépotoir d’ordures en plein milieu du marché de Matoto et dénonce les odeurs nauséabondes qui envahissent la ville.
Malheureusement, ils sont peu nombreux, les habitants de Conakry qui sont conscients du danger que représentent ces éléments non dégradables dans leur environnement.
Le danger de ces sacs plastiques dans une ville, explique Diallo de Guinée Ecologie, c’est qu’ils annihilent les efforts de reboisement.
‘’Lorsqu’ils sont transportés par le vent, beaucoup d’entre eux finissent par se coller aux jeunes plants et les étouffer. Ils tuent la germination en plusieurs endroits et empêchent la régénération naturelle des plantes’’.
Infiltrés dans le sol, ils se mêlent aux racines des arbres et les empêchent de pénétrer le sol.
En clair, semble dire Diallo, ces sachets plastiques, qui voltigent dans une ville, sont un danger pour les arbres, pourtant indispensables dans un pays déjà en proie à la désertification.
‘’Ce qu’il faut, c’est faire adopter aux femmes les sacs en fibres végétales, moins dangereuses pour l’environnement, en lieu et place des sacs en plastique ’’, conseille-t-il.
Pour le moment, les rares actions organisées pour le nettoyage des sachets plastiques et autres déchets solides se résument au balayage des rues de la commune de Kaloum, au cœur de Conakry, par des femmes regroupées en association.
Conscient de la gravité de la situation, le gouvernement guinéen a annoncé en ce mois de mai la mise en route d’un programme de ramassage des déchets solides à Conakry grâce au soutien de la Banque islamique de développement (BID).
‘’Le gouvernement va engager une opération d’assainissement de la ville de Conakry avec le ramassage des ordures, le curage des caniveaux et la pulvérisation domestique. Le gouvernement a obtenu de la BID un montant de 400.000 dollars américains’’, a déclaré le porte parole du gouvernement, Justin Morel Junior.
La solution se trouve peut-être dans l’application de la règle du pollueur-payeur, suggère Diallo, car la loi guinéenne prévoit des peines et des amendes à l’encontre des personnes qui polluent l’environnement.
‘’On pourrait également organiser les jeunes gens à ramasser les déchets plastiques, moyennant de l’argent’’, suggère Diallo.

