SANTE-CONGO-BRAZZAVILLE: Grâce aux ONG, la moustiquaire imprégnée arrive dans les zones enclavées

BRAZZAVILLE, 5 avr (IPS) – “A Louenga, une localité située à 50 kilomètres de Boko, dans le Pool (sud du Congo), nous avons trouvé en janvier dernier des populations qui n'ont jamais entendu parler de moustiquaire imprégnée”, selon une organisation non gouvernementale (ONG) protestante basée à Brazzaville, la capitale.

“Après notre campagne de sensibilisation, ils ont été des dizaines à se bousculer pour prendre des moustiquaires pour se protéger contre le paludisme”, a témoigné à IPS, Victor Moussoki Mpandi, responsable du programme humanitaire de l'Action de secours et de développement humanitaire (ASUDH). Il a ajouté : “Nous avons vu pire à Zanaga dans la Lékoumou (sud-ouest du pays) où les populations enclavées n'ont pas eu de quoi acheter la moustiquaire imprégnée que nous vendons pourtant à un prix promotionnel de trois dollars pour recouvrer les coûts de stockage et de transport, ou de prise en charge de nos animateurs de terrain. On était obligé de les leur céder à un ou deux dollars”.

Pour sa part, Alain Francis Nsende, assistant de programme à Caritas Congo, une ONG catholique basée à Brazzaville, a déclaré à IPS : “A Mindouli, dans le Pool, il nous est arrivé de vendre, à la sortie d'une messe, 1.250 moustiquaires imprégnées, mais sans pour autant satisfaire les besoins des populations qui en voulaient encore”. Ces deux ONG ont pris le relais de l'Etat dans la vulgarisation et la distribution de la moustiquaire imprégnée dans les zones enclavées du Congo-Brazzaville. Elles se servent de leurs paroisses pour atteindre les populations. “Dans ces zones enclavées, si nous n'avons pas de paroisse, on doit au moins avoir une annexe. Cela nous permet d'atteindre avec efficacité notre population cible”, a expliqué Moussoki Mpandi.

Sur le terrain, ces organisations disposent des “animateurs communautaires” qui font le travail de sensibilisation. Ils haranguent les foules, leur parlent des dangers du paludisme et des bienfaits de la moustiquaire imprégnée. “Ils font le tour du village avec des mégaphones. Et le lendemain, notre poste de fortune est pris d'assaut par les populations qui veulent à tout prix avoir la moustiquaire. Nous touchons les leaders d'opinion tels que les chefs de groupements agricoles, les pasteurs et les prêtres, les chefs de quartier”, a ajouté Moussoki Mpandi, de l’ASUDH. En deux tours dans les départements, l'ASUDH a distribué 10.000 moustiquaires imprégnées dont plus de 7.000 auprès des parents dont les enfants de zéro à cinq ans. Caritas Congo a atteint, en particulier dans la partie nord du pays, plus de 17.000 personnes entre 2005 et 2006. “Tout le monde veut l'avoir, et c'est l'enthousiasme partout où nous passons”, a affirmé Placide Aimé Milongo, coordonnateur des programmes dans cette ONG. Les résultats enregistrés par ces organisations en deux ans sont étonnants. “Nous sommes partis d'un niveau très bas en 2004 avec six pour cent seulement de couverture nationale en moustiquaire imprégnée. Aujourd'hui, nous sommes à 27 pour cent, ceci grâce au travail fourni par ces ONG. Notre objectif cette année, c'est d'atteindre 50 pour cent”, a déclaré à IPS, Dr François Libama, le responsable du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP).

Le Fonds des Nations pour l'enfance (UNICEF) a dit avoir distribué 230.000 moustiquaires imprégnées dans le pays, et aidé à la formation de 281 relais communautaires. L'UNICEF a reçu un don du gouvernement japonais de plus de trois millions de dollars pour l’acquisition des moustiquaires dont elle a donné une partie au gouvernement pour le PNLP, et une autre partie aux ONG qui ont des possibilités d'atteindre les régions reculées du pays pour la distribution.

“La moustiquaire imprégnée a fait ses preuves au Congo. Les constats ont montré que dans une famille où on a utilisé ces moustiquaires, les fréquences de signes de paludisme ont baissé. Donc c'est une stratégie privilégiée à cause de son efficacité”, a indiqué Dr Libama. Selon lui, 60 pour cent des cas de paludisme au Congo-Brazzaville sont pris en charge par la communauté. “Ils ne font pas que de la distribution de la moustiquaire imprégnée. Ils savent aussi déceler les cas de paludisme, faire de la serviette et référer les malades au centre de santé. Grâce au travail fait par ces organisations, beaucoup de vies ont été sauvées”, a-t-il affirmé. D'après les statistiques du ministère de la Santé, plus de 50 pour cent des cas d'hospitalisation sont dus au paludisme, qui est aussi responsable de plus de 50 pour cent des cas de décès, dont 32 pour cent enregistrés dans les centres de santé. Les autorités sanitaires congolaises ont reconnu que le traitement à base de la chloroquine n'est plus efficace avec plus de 80 pour cent de résistance. Grâce au don du gouvernement japonais, l'UNICEF a également mis à la disposition du PNLP, plus de 8.000 doses de médicaments contre le paludisme, faits à base de “l'Artesime”.

“Concernant les médicaments, nous ne traitons qu'avec les formations sanitaires. C'est-à-dire, nous remettons tous les médicaments au ministère de la Santé qui se charge de faire la distribution selon un plan bien défini par le PNLP”, a expliqué à IPS, le chargé de la communication de l'UNICEF au Congo, Jean-Marie Samuel Ouenabio.

Les médicaments distribués par l'UNICEF s'appellent “Arsucam”, a-t-il dit. En 2006, plus de 12.600 femmes enceintes ont été mises sous traitement préventif intermittent. Selon Dr Libama, ce traitement préventif intermittent est une combinaison de trois comprimés par prise (deux de couleur jaune et un blanc). Il est administré dans les centres de santé aux enfants de zéro à cinq ans et aux femmes enceintes.