LOME, 26 fév (IPS) – Le Togo mène depuis la semaine dernière une vaste campagne de vaccination de masse de quinze jours contre la fièvre jaune dont cinq cas ont été signalés dans la région septentrionale de ce pays d'Afrique de l'ouest, de cinq millions d'habitants.
Cette opération est une riposte contre l'épidémie de la fièvre jaune et vise à vacciner gratuitement 1,5 million de personnes — hommes, femmes et enfants âgés de neuf mois et plus. Mais les enfants de moins de neuf mois et les femmes enceintes ne sont pas concernées. L'apparition des cas de fièvre jaune dans le nord du Togo a inquiété les autorités médicales du pays, la maladie étant mortelle. “Depuis 1985 que j'exerce au Togo en qualité de médecin, jamais je n'ai vu de tels cas”, a affirmé aux journalistes, Potchoziou Karabou, directeur régional de la santé de la Kara, une région située dans le nord, à 400 kilomètres de Lomé, la capitale togolaise. “La présence d'un seul cas d'infection constitue une menace”, selon lui. Kodjo Bafdjo, neuf ans, élève dans le village de Nawaré situé dans le nord, a été sauvé de justesse par les médecins grâce à l'intervention du directeur de son école qui ne le voyait plus à l'école. Le directeur s'est rendu compte de l'absence prolongée de trois semaines de l'enfant à l'école et il a cherché à en savoir les raisons en allant voir ses parents, a raconté Bafdjo à IPS. Le directeur de l’école s'est alors rendu compte de la dégradation de l'état de santé de l'enfant, et a alerté les médecins de la localité qui ont diagnostiqué, après des analyses, que Bafdjo avait contracté la fièvre jaune.
“Quand j'étais malade, je n'avais pas d'appétit, j'avais mal au ventre et j'avais le corps chaud, mais maintenant, je ne sens rien”, a expliqué Bafdjo.
“Il va mieux maintenant, mais il faut qu'il s'alimente normalement en glucide et protéine”, a indiqué Dr Naba Adoukarou, un des médecins de la localité qui ont traité l’enfant. “Dès que ce cas a été détecté, nous avons installé des unités d’alerte dans la zone, et nos agents n’ont pas arrêté d’expliquer les manifestations de la maladie aux habitants des localités avant que la vaccination ne commence”, a-t-il dit à IPS.
La fièvre jaune est une maladie hémorragique, virale grave transmise à l'homme par la piqûre de moustiques porteurs du virus amaril appelé 'acedes aegypti', selon les spécialistes.
“Elle n'est dépistée qu'après des analyses appropriées, mais les signes cliniques qui permettent de soupçonner la maladie chez une personne sont, entre autres, une fièvre forte, l'ictère, la jaunisse, les céphalées, la grippe et une hémorragie interne provoquant des vomissements de sang rouge, parfois teinté de noir”, a expliqué à IPS, Dr Ibrahim Nassouri, responsable de la division épidémiologie au ministère de Santé du Togo.
Selon Nassouri, la fièvre jaune entraîne la mort des victimes dans 50 pour cent des cas. “En raison de la gravité de cette maladie d’origine virale pour laquelle nous n’avons pas de médicaments mais pour laquelle nous avons un vaccin très efficace qui protège à 95 pour cent des cas pendant 10 ans, nous irons dans tous les hameaux reculés pour l’opération de vaccination”.
Charles Kondi Agba, ministre de la Santé du Togo, indique que la fièvre jaune réapparaît au Togo après plus de 20 ans. “Cette résurgence de la maladie est due au fait que les résistances immunitaires de la population se sont amoindries”, a-t-il déclaré à IPS.
La dernière campagne de vaccination de masse contre la fièvre jaune a été menée en 1987 et la proportion de personnes immunisées est de plus en plus faible, d'où un risque de contamination plus accentuée au niveau de la couche jeune de la population, explique le ministre.
La vaccination constitue seul moyen de prévention et de protection contre cette maladie, et le vaccin contre la fièvre jaune a une durée de 10 ans, ajoute Agba. “Nous utilisons un matériel très particulier : les seringues autobloquantes”. La campagne est un succès en raison de l'affluence autour des postes de vaccination. “Les gens ont compris le message et sortent massivement pour se faire vacciner”, témoigne Naba Adoukarou, une femme ménagère du village de Nawaré.
La campagne de vaccination a coûté environ 1,5 million de dollars, selon le gouvernement togolais qui déclare avoir reçu le soutien de différents partenaires dont le 'Global Alliance for Vaccination and Immunisation' (Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination), et l'Organisation mondiale de la santé (OMS). L'OMS a dépêché une équipe médicale, en plus d'un important lot de vaccins et de seringues envoyés au Togo.
Selon Dr Tankari Kadri, le représentant-résident de l'OMS au Togo, 200.000 cas de fièvre jaune ont été enregistrés dans le monde en 2006, avec plus 30.000 décès dont la majorité en Afrique.
Les autorités sanitaires du Togo demandent, par voie de presse, à la population de se référer rapidement aux centres de santé en cas de fièvre, jaunisse ou de courbature.
Par ailleurs, le ministère de la Santé estime qu'en plus de cette campagne de vaccination, la population devra désormais utiliser des moustiquaires imprégnées pour se préserver des piqûres de moustiques.

