EDUCATION-MOZAMBIQUE: Le choix des orphelins : L'école ou la survie?

MAPUTO, 13 fév (IPS) – L'année scolaire commence au Mozambique avec une augmentation record du nombre d'enfants inscrits au cours primaire. Mais les perspectives en matière d'éducation restent peu reluisantes pour des orphelins comme Regina Massango.

Regina avait seulement 12 ans et avait fini à peine la deuxième année du cours primaire lorsque sa mère malade lui a demandé d'abandonner les classes. "Ma mère avait besoin de moi pour que j'aille travailler dans la maison de ma tante", déclare Regina.

Elle avait dû faire ses bagages et quitter sa mère fragile et trois frères et sœurs dans leur maison dans la petite ville ferroviaire de Moambo pour offrir ses services en tant que domestique dans la capitale, Maputo, à environ 45 kilomètres plus loin. Le père de Regina est mort il y a pratiquement dix ans.

"Dans la maison de ma tante, je commençais le travail à cinq heures du matin et j'allais jusqu'à cinq heures de l'après-midi, lavant les vêtements de la famille, faisant la cuisine, le nettoyage et m'occupant de ses trois enfants. Ma tante me battait, en se servant simplement de ses mains, quand je ne finissais pas tout." Regina raconte son histoire d'une voix plutôt triste qu'amère. Elle regarde dans le vide, ne parlant que lorsqu'on l'y encourageait.

C'était un manque de compensation qui l'a finalement poussée à partir. "Aunty avait accepté de me payer 200.000 meticais le mois (environ sept dollars US) mais elle n'a jamais fait cela et j'ai décidé de m'enfuir. Elle ne me traitait pas bien". Regina a réussi à retourner à la maison.

A la maison, elle s'est occupée de sa mère qui était toujours très malade. Sa mère est morte depuis. Regina n'est pas retournée à l'école.

Il est vrai que des progrès notables ont été faits dans l'amélioration de l'accès des enfants à l'éducation primaire au Mozambique. Entre 1992 et 2005, le nombre d'écoliers au cours primaire a triplé.

Toutefois, le gouvernement et ses partenaires sont préoccupés par l'incapacité du système éducatif à satisfaire les besoins spécifiques des démunis, dont la plupart ont perdu leurs deux parents pour cause de SIDA.

Par ailleurs, lorsque des enfants orphelins abandonnent les classes, ils sont particulièrement vulnérables aux abus sexuels et à l'exploitation qui augmente le risque qu'ils soient infectés par le VIH. La majorité des enfants qui quittent l'école prématurément est constituée de filles.

Des statistiques montrent que plusieurs enfants abandonnent les classes après avoir été à l'école pendant quelques années. Le taux d'achèvement au cours primaire en 2005 était de 34 pour cent seulement. Ce chiffre cache la dimension genre de l'abandon. Dans les détails, les statistiques représentent 28 pour cent de filles contre 40 pour cent de garçons.

Il y a de fortes chances qu'un grand nombre d'entre eux soit des enfants ayant perdu leurs deux parents.

Et puisque la pandémie du VIH/SIDA s'est installée dans ce pays d'Afrique australe — 16 pour cent de la population âgée de 15 à 59 ans vivent avec le virus — le nombre d'orphelins va probablement augmenter. Il y avait déjà 1,6 million d'enfants orphelins ayant moins de 18 ans en 2006, avec quelque 380.000 orphelins pour cause de SIDA.

D'ici à 2010, le nombre d'enfants ayant perdu leurs parents pour cause de SIDA devrait atteindre 630.000, selon des prévisions de l'Institut national des statistiques.

Le ministère de l'Education est conscient du fait que les enseignants ne peuvent pas être les seuls à s'occuper de l'identification des orphelins et à leur accorder l'attention spéciale nécessaire pour les maintenir ou les ramener à l'école.

Les enseignants sont déjà submergés dans des conditions où ils manquent de supports didactiques les plus élémentaires. En 2005, seulement 58 pour cent des enseignants du cours primaire étaient formés, et chaque enseignant avait en moyenne une classe de 74 élèves.

Pour essayer de s'attaquer au problème en impliquant d'autres agences, le ministère de l'Education collabore avec les ministères de la Femme et du Bien-être social et celui de la Justice ainsi qu'avec des partenaires comme la Banque mondiale et le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

Ensemble, ils conduisent une étude pilote depuis 2005, dans laquelle des écoles sélectionnées sont soutenues financièrement pour mener à bien diverses initiatives qui aideront les orphelins et autres enfants très pauvres à aller à l'école. Le soutien inclut la fourniture des matériels didactiques aux orphelins, et l'assistance dans l'enregistrement des naissances. L'UNICEF a également soutenu le ministère de l'Education pour créer ce qui est connu sous le nom d'écoles amies des enfants qui offrent un programme d'aide minimum.

Ceci incluait la formation dans des méthodes d'enseignement interactives élémentaires pour les enseignants, des cours en supervision et en gestion des écoles pour les directeurs d'écoles, et une formation dans les relations entre la communauté et l'école, et la gouvernance pour les membres du conseil d'école.

Les conseils sont composés d'enseignants, de leaders communautaires et d'élèves, y compris des orphelins. En outre, les écoles sont dotées de tables, bancs, de crayons et livres, et de soins de santé de base, ainsi que d'eau et de toilettes séparées pour les filles et les garçons.

L'idée est de s'assurer que les orphelins et autres enfants vulnérables, qui pourraient être chefs de ménages et manqueraient de soutien à la maison, obtiennent ce service des écoles.

L'étude pilote des écoles amies des enfants a été mise en œuvre dans le district de Maganja de Costa, dans la province centrale de Zambezia, qui est l'une des provinces les plus peuplées du pays, mais avec certains des pires indicateurs sociaux. Plus d'un tiers des enfants, âgés de sept à 18 ans en Zambezia, n'ont jamais été à l'école.

Le projet sera maintenant étendu à six autres districts modèles dans six provinces d'ici à 2009. L'objectif du programme est d'atteindre au moins 300.000 élèves dans plus de 750 écoles primaires.

Il y a également des programmes de sensibilisation sur le VIH/SIDA dans toutes les écoles ciblées. "C'est un élément clé, pour s'assurer que les orphelins sont soutenus et ne sont pas victimes de discrimination", souligne Meritxell Relano, responsable d'un projet de l'UNICEF sur l'éducation.

"Lorsque je me rends dans ces écoles amies des enfants, je remarque une solidarité et une compréhension spéciales entre les enfants", soutient Relano.

"Le principal défi maintenant est la généralisation de ces activités", ajoute Anya Manghezi, un conseiller technique au ministère de l'Education. "Il y a un manque de ressources humaines, en particulier d'enseignants formés".

Le ministère veut s'occuper de la formation des gens dans les communautés et souhaite que d'autres membres de la société civile se chargent des besoins spécifiques des enfants orphelins et vulnérables.

Pour le moment, les besoins de Regina ne font qu'augmenter davantage. Sa mère est morte en juillet dernier puis elle prépare et s'occupe maintenant de ses frères et sœurs, dont la plus jeune, Lydia, n'a que huit ans. "J'espère pouvoir retourner à l'école bientôt", affirme Regina alors qu'elle rangeait les quelques biens qu'ils possèdent dans leur minuscule concession de deux pièces, en terre de barre et en bois.