ENVIRONNEMENT-NIGER: Dix projets pour faire reculer le désert

COTONOU, 26 jan (IPS) – Dans le cadre de la mise œuvre de son programme d'action national de lutte contre la désertification, le Niger exécute, depuis 2000 jusqu'en 2008, dix ambitieux projets dont le but est de faire reculer le désert dans un pays dont les trois quarts du territoire sont désertiques.

Dans un pays qui ne recueille, en certains endroits, que 100 millimètres d'eau par an, peut-on raisonnablement espérer vaincre le désert? Les hauteurs de pluies recueillies chaque année sont partout inférieures à 800 mm, et tombent même à moins de 100 mm sur près de la moitié du pays », précisait en octobre 2005 le 3ème rapport national sur la diversité biologique.

Les activités rurales sont la principale source de revenus des Nigériens. Cependant, elles sont exercées dans des conditions caractérisées par un zonage climatique contraignant.

On rencontre successivement, du sud au nord, la zone des cultures, puis la zone pastorale, et enfin la zone désertique.

La zone où sont pratiquées les cultures ne représente que le quart de la superficie du territoire où se concentre plus des trois quarts de la population nigérienne, souligne ledit rapport.

A l'est du Niger, s'étend le désert du Ténéré, qui couvre une superficie d'environ 350.000 km2 sur 1.267.000 que compte le pays.

Imaginez un territoire, le Ténéré, plus grand que l'Italie – 301.320 km2 – mais qui est totalement improductif. Aucune plante utile ne peut pousser sur cette terre ! Est-ce une chance pour le Niger ou un poids à traîner? Bien plus alarmant, selon le ministère nigérien de l'Environnement, le désert progresse chaque année de six kilomètres dans le pays.

Sur le plan climatique, le Niger est situé dans l'une des régions les plus chaudes du monde, dont les températures peuvent parfois monter jusqu'à 45 degrés à l'ombre par les temps de forte saison sèche.

On rencontre au Niger plusieurs types de sols dont les plus fréquents sont les sols minéraux bruts, couvrant plus de la moitié du territoire, et qui ne sont pas du tout propices à l'agriculture et à l'élevage, indique le rapport.

Dans ces conditions, doit-on alors s'étonner que le Niger était classé 177 ème en 2006 – soit dernier – sur la liste des pays les plus pauvres au monde, selon l'Indice de développement humain publié chaque année par le Programme des Nations Unies pour le développement? Dès lors, la question qui se pose, sous forme de défi, aux dirigeants Nigériens est de savoir comment nourrir une population de plus de 12,5 millions d'habitants, dont plus de 85 pour cent se consacrent à l'agriculture et à l'élevage, avec des terres aussi improductives? Il fallait donc prendre des initiatives pour vaincre le désert, créer des projets, utiliser la force de travail et l'ardeur des jeunes pour freiner la désertification, et lutter parallèlement contre la pauvreté.

Entre 2000 et 2008, le gouvernement nigérien exécute certains projets, dont les dix suivants, initiés dans le cadre du programme national de lutte contre la désertification, avec le soutien de bailleurs étrangers, méritent plus grande attention.

Le premier projet est appelé « projet envahissement des cuvettes par apport éolien : processus, impacts et moyens de lutte »'. Il a été financé par la coopération belge au développement pour un montant de 354.030 euros sur quatre ans (2003-2007).

Le deuxième est intitulé « projet Initiative terre et eau en Afrique ». Il a connu sa phase pilote entre 2004 et 2005. Il a été financé par la Banque mondiale et des fonds de la Convention contre la désertification (CCD) pour un montant de 257.809.000 francs CFA (FCFA) – 515.000 USD*.

Le troisième projet, intitulé « projet aménagement des forêts naturelles », a été financé par la Banque africaine de développement (BAD) et la CCD sur la période 2000-2005 pour un montant de 7.790.500.000 FCFA – 15.581.000 USD.

Le quatrième projet était appelé « projet de renforcement institutionnel du Programme d'action national ». Il a été financé par l'Italie pour un montant de 800.000 FCFA – 1.600 USD – entre 2002 et 2004.

Le cinquième projet est un projet de lutte contre la pauvreté intitulé « Projet corps des jeunes ». Il a été financé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la Convention contre la désertification pour un montant de 450.000 USD.

Le sixième projet appelé « programme spécial du président de la République du Niger » était consacré à l'insertion des jeunes dans la vie active et à la lutte contre la pauvreté sur la période 2001-2004. Il a été financé sur les fonds de l'Initiative pays pauvres très endetté (PPTE) pour un montant de 35 milliards de FCFA – 70 millions USD.

Le septième programme est toujours en cours d'exécution. C'est la deuxième phase d'un programme intitulé « programme cadre de lutte contre la pauvreté », financé pour un montant de 4 millions de dollars américains par le PNUD sur la période 2004-2007.

Le huitième programme est également un programme de lutte contre la pauvreté intitulé « programme d'actions communautaires », financé pour un montant de 39 millions de dollars par la Banque mondiale et le FEM, pour la période 2004-2008.

Le neuvième projet dénommé « programme forestier national », a été financé, pour un montant de 182.950.000 FCFA – 365.900 USD – par le Fonds des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) entre 2004 et 2006.

Le dixième et dernier de la liste, dénommé « projet de lutte contre l'ensablement du bassin versant du fleuve Niger » est financé par la Banque africaine de développement (BAD) et l'Autorité du bassin du Niger pour un montant de 4.820.476.000 FCFA – 9.640.952 USD – sur la période 2004-2008.

Tous ces projets, retracés dans le 3ème rapport du Niger sur la mise en œuvre de la CCD, ne sont que les derniers d'une longue liste d'actions qui ont commencé depuis la grande sécheresse des années 70 et qui ont déjà donné des résultats encourageants.

« La désertification n'est plus une fatalité au Niger. C'est un phénomène maîtrisable qui ne résiste pas à l'engagement constant des populations locales qui se sont investis dans la récupération des espaces dégradés », déclare l'ingénieur agro forestier nigérien, Larwanou Mahamane.

Le Niger a signé la Convention des Nations Unies contre la désertification (CCD) en 1994 et l'a ratifié en 1996. Dans le cadre de la mise en œuvre de la CCD, le Niger s'est doté d'un Plan d'action national de lutte contre la désertification et de gestion des ressources naturelles (PAN/LCD-GRN) qui constitue le cadre de référence national pour toutes les interventions en matière de lutte contre la désertification en décembre 2000, indique le Conseil national de l'environnement pour un développement durable (CNEDD).

L'espoir est donc permis, souligne le professeur Chris Reij, spécialiste des questions de ressources naturelles à l'université d'Amsterdam, au Pays-Bas.

« Tout le monde est en train de penser que les arbres disparaissent au Niger, que l'environnement se dégrade continuellement, mais nous avons remarqué au cours de nos missions sur le terrain, depuis 10 voire 20 ans, qu'il y a plus d'arbres que de populations au Niger », déclare-t-il plein d'espoir.