COTONOU, 14 jan (IPS) – Le colonel Benoît Avononmadégbé est le coordonnateur du Programme de gestion des forêts et terroirs riverains (PGFTR) initié en 2002 par le gouvernement béninois pour mieux lutter contre la dégradation de certains massifs forestiers. Dans cet entretien avec Michée Boko de IPS, Avononmadégbé parle de son programme et de ses implications dans la lutte contre la désertification.
IPS: Colonel Avononmadégbé, dites nous à quel besoin répond le Programme de gestion des forêts et terroirs riverains ?
Benoît Avononmadégbé (BA) : C’est un programme qui a été initié pour inverser le processus de dégradation de nos ressources naturelles. Avec la poussée démographique, nous avons vu que les besoins de plus en plus croissants font que ces populations, soit à la recherche du bois d’œuvre, du bois de chauffe, et surtout de terres agricoles, ont commencé à exercer de fortes pressions sur ces forêts. Il était donc impérieux de les associer pour d’abord connaître leurs besoins, et à partir de ces besoins, voir comment les associer à la gestion des forêts pour qu’elles deviennent leur patrimoine.
IPS: De quelle façon impliquez-vous les populations ?
BA : Ces populations vivent de la forêt. C’est la forêt qui les nourrit. Elles peuvent donc les détruire comme les entretenir. Nous faisons d’abord des analyses systémiques pour connaître les problèmes de ces populations et les amener à proposer des solutions à ces problèmes. Sur la base donc de ces propositions, nous arrêtons ensemble les actions à entreprendre. Elles sont insérées dans un plan d’aménagement. Et ce sont les populations elles-mêmes qui exécutent ce plan avec l’appui de l’administration forestière.
IPS: Depuis quand existe le PGFTR ?
BA : Le PGFTR a démarré timidement en 2002, mais il est rentré dans sa phase active en 2003. Son financement est acquis pour le moment jusqu’en 2011.
IPS: Ce programme intervient-il dans les zones désertiques du Bénin ?
BA : Comme vous le savez déjà, la désertification, c’est la dégradation des sols. Ce programme comporte donc des actions liées à l’amélioration des systèmes de production en vue de protéger les sols, surtout dans les zones où les forêts sont menacées de dégradation comme les départements du Borgou, de l’Alibori, de l’Atacora, et de la Donga. Le programme intervient également dans le terroir presque désertique de Djidja, dans le département du Zou, qui n’est pas adjacent à une forêt classée, mais où les problèmes de bois de chauffe et de charbon de bois se posent avec acuité. Le programme essaie de faire diminuer la pression que les populations exercent sur les ressources naturelles de cette localité.
IPS: Combien de forêts classées sont concernées par ce programme ?
BA : De façon globale, le Bénin compte 46 forêts classées, mais le programme intervient seulement au niveau de 22 d’entre elles qui se situent dans huit départements sur les 12 que compte le pays.
IPS: Vous prenez en compte 22 forêts sur 46, et les autres alors, elles ne sont pas menacées ?
BA : Au niveau de la Direction des forêts et ressources naturelles (DFRN), il y a un programme de réhabilitation de toutes ces forêts. Le PGFTR que je dirige n’est pas le seul programme en exécution au Bénin. D’autres programmes interviennent au niveau des autres forêts. Seulement, tous les autres massifs forestiers ne sont pas encore couverts. L’effort est en train d’être fait pour trouver des financements et couvrir tous les autres massifs. L’objectif, c’est de doter ces 46 massifs d’un plan d’aménagement participatif afin de les sauver de la destruction, voire la désertification.
IPS: Est-il déjà arrivé au Bénin que les populations détruisent une forêt au point de faire la place à la désertification ?
BA : Oui, c’est déjà arrivé dans la zone de Malanville et Karimama, à l’extrême nord du pays, où les populations ont détruit des étendues de rôniers faisant de ces zones des poches de désertification aujourd’hui.
IPS: Que faut-il alors faire maintenant ?
BA : Ces zones ont besoin d’une action de reconstitution du massif forestier. C’est pourquoi il y a en gestation un projet de ceinture verte autour de la zone de Karimama et Malanville pour empêcher que la désertification n’évolue plus vers le sud.
IPS: Quels sont les résultats que vous avez obtenus et dont vous êtes le plus fiers ?
BA : Nous avons pu amener les populations riveraines des forêts à acquérir par exemple la notion de pépinière. Ce sont elles-mêmes qui produisent les plants et les mettent en terre, soit dans les terroirs, soit dans les forêts sous forme d’enrichissement. Ce sont les populations elles-mêmes qui font les travaux d’entretien et d’exploitation au niveau de ces forêts. C’est une grande avancée par rapport aux années 80 où c’est l’Etat lui-même qui faisait ces activités.

