COTONOU, 14 jan (IPS) – Sur la ferme pilote de Guié, au centre du Burkina Faso, une expérience unique de refertilisation des sols et de reforestation se mène pour redonner vie à des terres desséchées et rendues stériles par la désertification.
De 1980 à 1992, les superficies des formations forestières ont régressé de 1,26 millions d'hectares, passant de 15,42 millions d'hectares en 1980 à 14,16 millions d'hectares en 1992. En 1996, le Ministère de l'Environnement et de l'Eau estimait à 105.000 hectares par an la régression générale des superficies forestières, selon le Plan d’action national de lutte contre la désertification (PANLCD), adopté en 1999. (Ces statistiques sont les plus récentes que IPS a pu obtenir.) Il y a une centaine d’années, les terres du village de Guié, dans le département de Dapelogo, étaient encore recouvertes de forêt.
‘’La terre, à l’époque, était fertile. Mais elle s’épuisa peu à peu, et fut finalement abandonée. Des années de sécheresse successives la transformèrent en un tertre rocailleux. Privé de sa couverture d’humus, le sol devint dur comme du béton et les pluies, même torrentielles, ne pouvaient plus s’y infiltrer. Le processus de désertification était ainsi amorcé’’, relate le site Internet de l’ONG française SOS Enfants, parrain de l’Association Zoramb Naagtaba (AZN) qui conduit l’expérience de Guié.
L’AZN (les amis associés en langue locale Mossi), une association qui s’occupe de développement villageois, de l’éducation des jeunes et d’agriculture, décide alors d’installer en 1991 une ferme pilote sur ce sol en ruines afin de le reconstruire et lui redonner vie.
La technique consiste à creuser de petites digues dans le sol afin de retenir l’eau de pluie et lui permettre de s’infiltrer progressivement dans le sol au lieu de ruisseler.
La suite consiste à créer un large bassin d’infiltration au dessus de la diguette. Ce bassin permettra d’implanter une haie d’arbres ou d’arbustes qui, peu à peu, serviront de protection contre le vent, serviront de bois de chauffe, de fourrage, et donneront des fruits.
Une fois ce travail fait, le sol est recouvert de pailles au cours de la saison sèche. Le but de l’opération, appelée paillage, est de ‘’maintenir la fraîcheur du sol jusqu’au semis, durant la période où le soleil est le plus ardent’’, indique le site.
Le paillage pouvant causer l’asphyxie des cultures en cas de fortes pluies, des ouvertures de 30 à 50 centimètres sont faites dans le paillage pour fertiliser le sol au compost.
Ce traitement du sol à base de paille, compost et d’azote, redonne rapidement vie à la terre en une seule saison. L’humus se reconstitue et une végétation luxuriante apparaît avec possibilité d’y faire à nouveau des cultures pour le bonheur des agriculteurs.
Guié est aujourd’hui devenu un village ‘’vert’’ où les paysans font de l’agriculture, de l’élevage et même du maraîchage, ce qui était impossible autrefois.
‘’Les expérimentations menées sur la ferme pilote de Guié démontrent que seul, un embocagement massif des terres peut stopper l’avancée de la désertification’’ comme ce fut le cas en Normandie (en France) ‘’qui n’était pas la région fertile qu’elle est aujourd’hui’’, précise SOS Enfants sur son site.
Emerveillés par les résultats obtenus par les jeunes de AZN, les paysans des villages voisins rapprochés de l’association pour apprendre cette nouvelle technique. Ils aménagent eux-mêmes leurs terres sous l’encadrement de l’AZN.
Plusieurs groupes de paysans d’autres villages ont ainsi demandé à participer à ce programme de développement. De nouveaux périmètres sont aménagés chaque année. Environ 130 hectares ont été aménagés en 2006 et déjà, le périmètre de 2007 est à l’étude, indique l’AZN.
C’est dire que cette technique modeste, réalisable à n’importe quelle échelle et à coût réduit, a redonné espoir aux paysans Burkinabé.
Et si l’on prend en compte que ‘’le Burkina-Faso connaît depuis le début des années 70 une sécheresse chronique dont les phases les plus critiques ont été les années 1973-74 et 1983-84’’ – selon le PANLCD, cette œuvre de l’AZN est saluée comme une prouesse.
Au pays des hommes intègres (signification du nom du pays, Burkina Faso), l’économie est dominée par l’agriculture et l’élevage qui occupent plus de 85 pour cent de la population et assurent près de 70 pour cent des exportations, selon la même source.
La situation géographique du pays, selon le PANLCD, se caractérise par ‘’une baisse constante de la pluviométrie, une sécheresse endémique ; une destruction du couvert végétal, la réduction de la fertilité des sols, une érosion intense des sols ; une croissance démographique galopante et une forte pression animale entraînant une occupation maximale des terres’’.
Malgré ce fabuleux progrès technique, la désertification est loin d’être vaincue au pays des hommes intègres. A titre d'exemple, indique le PANLCD, près de 75.000 hectares de terres sont défrichés annuellement à l'occasion de l'ouverture de nouveaux champs.

