WASHINGTON, 29 sep (IPS) – Des efforts renouvelés pour amener le président américain George W. Bush à accroître les pressions sur le Soudan jusqu'à ce qu'il autorise le déploiement de soldats de maintien de paix de l'ONU dans le Darfour déchiré par la violence, n'ont pas réussi à dissiper les inquiétudes des activistes qui doutent que son administration impose des sanctions sévères ou d'autres mesures contre le régime à Khartoum.
Leur évaluation vient à la suite de l'adoption définitive par le Congrès, à Washington mardi, de la Loi sur la responsabilité et la paix au Darfour (DPAA), qui instruit le président de geler les avoirs financiers et d'annuler les visas des autorités de Khartoum qui seraient impliquées dans des crimes de guerre au Darfour.
Avant l'adoption définitive, toutefois, sa sanction la plus pertinente — une disposition qui aurait permis aux Etats américains de retirer l'investissement des compagnies qui investissaient ou faisaient des affaires au Soudan — a été supprimée de la loi en grande partie sur l'ordre de l'administration elle-même.
L'adoption de la loi est également intervenue une semaine après que Bush a cédé aux demandes des groupes humanitaires et de défense de droits humains en faveur de la nomination d'un envoyé spécial du président au Darfour pour travailler à plein temps sur la fin d'un conflit qui a fait entre 250.000 et 500.000 morts et déplacé quelque 2,5 millions d'autres — la vaste majorité d'entre elles des membres de groupes ethniques africains — depuis le début de 2003.
Le nouvel envoyé, Andrew Natsios, ancien administrateur de l'Agence américaine pour le développement international (USAID), a déclaré aux journalistes à New York, à la fin de la semaine dernière, que l'impasse autour du refus de Khartoum d'accepter le déploiement de près de 21.000 soldats des Nations Unies dans la région de la taille de la France pourrait encore être surmontée, même s'il a refusé de donner plus de détails.
Les derniers développements sont intervenus au milieu des inquiétudes croissantes sur ce que l'ONU et d'autres observateurs ont décrit comme une situation se détériorant rapidement au Darfour, où le gouvernement et les milices tribales arabes, dénommées les janjaweed, ont lancé une offensive militaire majeure contre des groupes rebelles qui ont refusé de signer l'Accord de paix sur le Darfour (DPA) en mai dernier.
La violence la plus récente aurait déplacé des dizaines de milliers de personnes dans le nord Darfour et s'est propagée à l'est du Tchad, où quelque 300.000 Darfouriens ont trouvé refuge, en rajoutant à ce que l'ONU a constamment qualifié, l'année dernière, de pire crise humanitaire au monde.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a autorisé, le mois dernier, le déploiement de 21.000 soldats de maintien de la paix au Darfour pour remplacer une force d'observation de l'UA de 7.200 hommes, mal équipée et sous financée, qui s'est révélée de plus en plus incapable de protéger des civils et même des travailleurs humanitaires contre des attaques des forces gouvernementales, des janjaweed, et des groupes rebelles.
La résolution, qui "sollicite(ait)" — mais n'a pas exigé — l'accord du gouvernement soudanais pour un tel déploiement, semblait offrir la possibilité que le Conseil de sécurité envoie unilatéralement des troupes même si Khartoum ne donnait pas son approbation.
En effet, le président soudanais Omar Hassan el-Béchir a, à maintes reprises, rejeté le déploiement d'une quelconque troupe de l'ONU dans la région.
"(L'ONU) veut prendre prétexte de la question du Darfour pour nous contrôler et re-coloniser le Soudan", a-t-il dit aux journalistes au Soudan, dimanche. "Ces puissances sont impérialistes. Nous devons agir pour faire échec à toute cette agression contre le Soudan…" Au même moment, Khartoum est pourtant d'accord avec une autre résolution du Conseil de sécurité approuvée la semaine dernière pour prolonger de trois mois supplémentaires le mandat de la force de l'UA, qui devait expirer à la fin de ce mois, en attendant d'autres discussions sur le déploiement de l'ONU. Le président soudanais a également indiqué sa bonne volonté d'autoriser la force de l'UA à ajouter jusqu'à 4.000 soldats et policiers supplémentaires à la force existante et peut-être à permettre à un petit nombre de conseillers de l'ONU de travailler avec elle. Mais les activistes à Washington craignent que même une force élargie de l'UA, avec un nombre symbolique de conseillers de l'ONU, ne puisse améliorer la situation sanitaire étant donné la violence croissante et le chaos dans la région. Ils voient les derniers signes de flexibilité de Khartoum simplement comme une façon de gagner du temps.
"En maintenant l'UA là et en disant qu'ils vont en discuter, ils sont essentiellement en train de préserver le statu quo, et c'est leur objectif", a déclaré Eric Reeves, un organisateur anti-Khartoum clé à Washington, ajoutant que même une force élargie de l'UA ne peut probablement pas protéger quelque quatre millions de personnes déplacées aussi bien au Darfour que dans l'est du Tchad.
"Tous ceux à qui je parle sur le terrain disent la même chose : L'UA est à genoux, elle se sent en difficulté, et elle peut protéger de moins en moins de personnes. Tant que nous n'aurons pas une version de la force de (l'ONU) approuvée par le Conseil de sécurité, la situation sécuritaire continuera par se détériorer".
Il a attiré l'attention sur une déclaration du président de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré, à Caracas lundi qu'il a qualifiée de particulièrement inquiétante. Konaré, un ancien président du Mali, a dit à un journaliste de la télévision qu'aucun soldat de l'ONU ne serait déployé au Soudan sans le consentement de Khartoum. "Cette déclaration est un autre coup funeste au déploiement non consensuel, peu importe combien de centaines de milliers de vies sont perdues", estime Reeves, qui, avec plusieurs groupes à Washington, a indiqué que l'ONU, conformément à la résolution du mois dernier et à sa déclaration du Sommet mondial de 2005 qui admet une "responsabilité de protéger" des victimes de génocide et autres crimes de guerre, a le pouvoir d'intervenir sans l'approbation de Khartoum.
'Africa Action', l'un des groupes d'activistes ayant plaidé en faveur d'une action plus vigoureuse, a dit qu'il était encouragé par les remarques de la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice à la rencontre ministérielle du Conseil de sécurité vendredi dernier (22 septembre) au cours de laquelle elle a qualifié la violence croissante au Darfour de "test profond pour la communauté internationale", et a prévenu que si Khartoum n'acceptait pas une force de l'ONU, "il y a d'autres mesures à la disposition de la communauté internationale".
Mais Reeves a affirmé que ce genre d'avertissement, en l'absence d'autres actions démontrant que l'administration considérait le Darfour comme une priorité de politique étrangère de "haut niveau", équivalait à une "fanfaronnade".
A cet égard, l'insistance de l'administration la semaine dernière pour que le Congrès supprime la disposition de la DPAA qui aurait permis aux Etats — qui contrôlent des centaines de milliards de dollars dans la pension publique et autres fonds — de désinvestir des compagnies ayant des investissements au Soudan, n'a servi qu'à réduire la valeur du message de Rice.
Avec la signature, par le gouverneur Arnold Schwarzenegger, d'une loi d'Etat à Sacramento lundi, la Californie s'est jointe à quatre autres Etats — Illinois, New Jersey, Oregon, et Maine — pour voter des lois sur le désinvestissement visant le Soudan. Vingt autres Etats sont actuellement en train d'étudier une telle législation.

