MASERU, 21 août (IPS) – Au moment où le sommet annuel de la Communauté de développement de l'Afrique Australe commençait jeudi, l'activiste zimbabwéen Bishop Shumba était sur place dans la capitale du Lesotho – Maseru – pour rappeler aux dirigeants de la région les difficultés politiques et économiques de son pays.
“Nous voulons montrer au monde que tout n'est pas bien au Zimbabwe, et que (le président Robert) Mugabe n'est pas désiré au Zimbabwe”, a-t-il dit, tenant une grande banderole qui affiche 'Nous plaidons pour une bonne gouvernance au Zimbabwe'.
Shumba, membre du Forum des exilés du Zimbabwe basé à Johannesburg, un groupe de pression, a rejoint les 24 autres exilés en route pour Maseru en vue de dénoncer les conditions chez le voisin du nord de l'Afrique du Sud.
Depuis 2000, la situation économique au Zimbabwe s'est détériorée de façon spectaculaire, ce qui est en partie attribué aux confiscations controversées des fermes et une implication coûteuse dans la guerre civile en République démocratique du Congo (RDC).
Les devises circulent peu et le carburant se fait encore plus rare, alors que l'inflation a grimpé à plus de 1.000 pour cent. Environ un million de citoyens sur les 11,7 millions que compte le pays reçoivent l'assistance du Programme alimentaire mondial. Avec la sécheresse et le SIDA, les occupations de fermes ont asséné un coup dur à l'agriculture — et à la capacité du Zimbabwe à se nourrir.
Les différentes élections organisées depuis 2000 ont été gâchées par des irrégularités et une violation des droits humains. Comme Tapera et Shumba, des millions de Zimbabwéens ont quitté leur pays pour gagner leur vie ailleurs, ou pour échapper à la persécution politique — beaucoup pour des nations limitrophes, et le Royaume-Uni.
“La situation au Zimbabwe est grave. Mugabe s'impose aux Zimbabwéens en truquant les élections en vue de s'accrocher au pouvoir”, a noté Shumba, au moment où les exilés zimbabwéens et d'autres militants criaient des slogans devant le complexe où se tenait le sommet.
La police les a empêchés de pénétrer à l'intérieur du centre de conférence.
Le Zimbabwe est l'un des 14 pays membres de la SADC.
Timothy Thahane, le ministre des Finances du Lesotho et président du Conseil des ministres de la SADC, a refusé de répondre mercredi à la question de savoir si les problèmes du Zimbabwe figuraient parmi ceux à l'ordre du jour du sommet de deux jours des chefs d'Etat et de gouvernement. “Je peux vous dire que les chefs d'Etat joueront la carte de la franchise entre eux au cours de leur huis-clos”, a-t-il dit aux journalistes lors d'un point de presse — même si des informations indiquaient plus tard que la situation au Zimbabwe figurait parmi les sujets à débattre au cours d'une session du sommet vendredi.
Sam Topera, un autre manifestant Zimbabwéen, a souligné : “Nous savions que Mugabe serait protégé par ses pairs. Voilà pourquoi nous sommes venus ici pour dénoncer les crises au Zimbabwe”.
“Les gens du Zimbabwe n'ont pas de voix. Ils ne sont pas autorisés à organiser des manifestations comme nous le faisons ici. Ils vivent sous la dictature”, a-t-il dit à IPS.
Le Zimbabwe n'était pas présent aux discussions lors de la conférence parallèle de trois jours organisée par des groupes de la société civile.
“Ce n'était pas à l'ordre du jour de notre réunion.
Nous pensons qu'il y a des processus internes de dialogue au Zimbabwe”, a indiqué Ted Nandolo, président du Conseil des organisations non gouvernementales du Malawi. “Nous n'avons pas de raison de diaboliser le Zimbabwe”, a-t-il dit à IPS.
Pour rétablir la stabilité du pays, le président sud-africain Thabo Mbeki s'est engagé dans une diplomatie discrète envers Harare, une politique qui a été largement remise en cause.
Mugabe met fréquemment les problèmes du Zimbabwe sur le dos de l'ex-puissance coloniale, la Grande-Bretagne, accusée de saper les intérêts du Zimbabwe en réponse aux occupations des fermes appartenant aux Blancs, qui ont commencé en 2000.
Mais, estime Shumba, “Mugabe est juste en train d'utiliser (le Premier ministre britannique) Tony Blair comme un bouc émissaire. Le problème, c'est Mugabe, et non Blair”.
Alors que le gouvernement du Zimbabwe a au départ décrit les confiscations de fermes comme une tentative spontanée des vétérans de la guerre d'indépendance des années 1970 destinée à corriger les déséquilibres raciaux en matière de possession de terres qui remontent à l'ère coloniale, les occupations étaient perçues par d'autres comme un stratagème pour remporter les élections législatives organisées en 2000.
Au pouvoir depuis l'indépendance obtenue de la Grande-Bretagne en 1980, Mugabe était arrivé au Lesotho mercredi, à la veille du sommet de la SADC.
Les seuls dirigeants de la SADC absents au sommet de Maseru étaient le président angolais José Eduardo dos Santos; le président congolais Joseph Kabila qui était dans l'attente des résultats des élections historiques tenues dans son pays le mois passé; et le roi swazi Mswati III. Ils se sont fait représenter par des officiels haut placés de leur gouvernement.
Selon certaines informations, une attention devrait être accordée également au Swaziland lors de la session de vendredi au cours de laquelle les problèmes du Zimbabwe devraient être abordés.
Les partis politiques sont bannis au Swaziland, la dernière monarchie absolue d'Afrique. Mswati a en outre provoqué le courroux des militants des droits humains en menant un train de vie fastueux à un moment où environ les deux-tiers de ses citoyens vivent avec moins d'un dollars par jour û- et pendant que le pays est ruiné par le SIDA (le Swaziland a actuellement la prévalence du VIH la plus élevée du monde, en moyenne 33,4 pour cent).
Au nombre des autres problèmes qui devraient être discutés au sommet, figuraient l'intégration économique des Etats de la SADC, la sécurité alimentaire, et le développement des infrastructures.
La communauté est composée de l'Angola, du Botswana, de la RDC, du Lesotho, du Madagascar, du Malawi, de l'Ile Maurice, du Mozambique, de la Namibie, de l'Afrique du Sud, du Swaziland, de la Tanzanie, de la Zambie et du Zimbabwe.

