DEVELOPPEMENT-AFRIQUE AUSTRALE: Deux jours, et beaucoup de problèmes

MASERU, 18 août (IPS) – Un appel a été lancé pour que la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) implique la société civile dans son processus de prise de décision — en acte ainsi qu'en parole.

Cet appel vient en prélude au sommet annuel de la SADC réunissant les chefs d'Etat et de gouvernement, qui a commencé jeudi à Maseru, la capitale du Lesotho.

La constitution de ce regroupement de 14 Etats membres prévoit la participation des organisations non gouvernementales (ONG) au processus.

Mais, “Dans la pratique, ils ne nous consultent pas”, a déclaré Abie Ditlhake, secrétaire générale du Conseil des organisations non gouvernementales de la SADEC (SADC-CNGO). “Nous n'avons pas de participation directe à ce sommet. Ceci est déjà un problème”.

SADC-CNGO fonctionne depuis la capitale du Botswana, Gaborone, où est également basé le secrétariat de la SADC.

La question est de savoir si la kyrielle de problèmes auxquels la SADC est confrontée pourrait inclure ces préoccupations à l'ordre du jour du sommet.

“Pendant que la région a enregistré une croissance globale de cinq pour cent en termes réels de PIB (produit intérieur brut) en 2005, avec une projection de croissance de six pour cent en 2006, la région a encore besoin de travailler dur — comme cela reste en dessous de la projection de sept pour cent pour les nations en développement pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement d'ici à 2015”, a indiqué Timothy Thahane, ministre des Finances du Lesotho et président du Conseil des ministres de la SADC, aux journalistes à Maseru, mercredi.

Le Conseil des ministres est un organe qui se réunit deux fois l'an — en février et en août respectivement — pour approuver le budget de la SADC et préparer le sommet annuel.

Thahane a déclaré que l'investissement étranger détient la clé d'une meilleure croissance : l'Afrique subsaharienne attire entre un et deux pour cent de l'investissement global direct étranger. Hormis le Nigeria, l'Afrique du Sud et l'Angola, vous vous retrouvez avec moins de 0,5 pour cent de l'investissement direct étranger pour le reste de l'Afrique subsaharienne”.

Le ministre a parlé du problème de production alimentaire en des termes plus positifs, faisant remarquer des améliorations dans certains Etats.

“Ceci est attribué au meilleur accès aux intrants par les fermiers et à l'augmentation de la pluviométrie durant la saison 2005/2006”, a-t-il observé.

“En dépit de la baisse globale de 11 pour cent dans la production du maïs, de 20,01 millions de tonnes en 2005 à 17,76 millions de tonnes en 2006, au moins quatre Etats membres de la SADC (Malawi, Mozambique, Afrique du Sud et Zambie) ont annoncé des excédents, tandis que quatre autres (Botswana, Lesotho, Namibie et Tanzanie) ont enregistré un accroissement de leur production”.

Pourtant, un nombre de pays dans la région continue de se débattre avec la sécurité alimentaire.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies dit qu'il a besoin de 86 millions de dollars environ pour venir en aide à quelque trois millions de personnes en Afrique Australe, jusqu'en décembre.

Parfois durant les cinq dernières années, les vivres du PAM sont parvenus à jusqu'à 13 millions de gens confrontés aux pénuries alimentaires généralisées causées par un climat défavorable, de mauvaises politiques gouvernementales, la stagnation économique et des pénuries de semences et d'engrais”, a noté l'agence le 28 juin, dans un communiqué de presse, qui a également mis l'accent sur le rôle du SIDA dans la sécurité alimentaire critique de la région.

La pandémie retient les gens loin des champs, avec pour conséquence une plus faible production, une pauvreté et une faim qui s'aggravent — pendant que la mort prématurée des adultes empêche également de léguer d'importantes techniques agricoles à la génération suivante.

Le communiqué de presse du PAM, en juin, cite plus tard le directeur général James Morris qui aurait déclaré : “Aussi longtemps que le VIH/SIDA restera à de telles proportions à travers l'Afrique australe, un grand nombre de gens sera confronté à une souffrance terrible à moins que l'assistance internationale soit disponible. De bonnes récoltes ne signifient pas nécessairement que les gens ont assez à manger”.

Selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA, l'Afrique australe est l'épicentre de la pandémie : dans une fiche d'informations publiée le 25 mai, l'agence note qu'à peu près un tiers de toutes les personnes séropositives vit dans cette région. La nation d'Afrique australe, le Swaziland, a le taux le plus élevé de prévalence du VIH — en moyenne 33,4 pour cent.

Néanmoins, la SADC devra trouver un moyen pour contourner ces obstacles, estime Tomaz Salomao, le nouveau secrétaire exécutif de la communauté.

“Pour nous, en tant que région, nous ne pouvons pas continuer à mendier de la nourriture. Nous avons de l'eau, la terre et les hommes. C'est une question de fierté que de produire ce que nous consommons”, a-t-il dit aux correspondants à Maseru.

Au nombre des autres problèmes à discuter au sommet de deux jours, figure la question de savoir comment mieux atteindre les différents objectifs que la SADC s'est fixés pour une intégration économique, tels que la création d'une zone de libre échange vers 2008, et une monnaie unique vers 2018. A présent, dans la région, se trouvent aussi bien un pays où on espère réaliser une croissance à deux chiffres cette année comme une conséquence des revenus pétroliers (Angola) — qu'un autre où l'inflation à trois chiffres est devenue monnaie courante (le Zimbabwe).

Les dates butoirs pour l'intégration sont prises avec des réserves par Ted Nandolo, président du Conseil des ONG du Malawi basé à Lilongwe : “Ceci est un emploi du temps irréaliste”, a-t-il déclaré à IPS, ajoutant qu'une attention doit être accordée au renforcement du secrétariat de la SADC.

“Le secrétariat de la SADC n'a pas le pouvoir de mettre en œuvre des accords. Ce n'est pas comme l'UE (Union européenne), qui a le pouvoir d'appliquer des décisions. Nous voulons que les chefs d'Etat examinent ce problème de très près”, a indiqué Nandolo.

“De nos jours, vous trouvez une unité au sein de la SADC qui n'a qu'un seul individu comme personnel. Cela n'est pas bon”.

Certains ont exprimé leurs préoccupations que le budget de 46 millions de dollars de la SADC pour 2006/2007 est insuffisant pour les besoins de l'organisation — qui est au service d'une population de 230 millions de personnes.